L’honorable Julie Miville-Dechêne : Sénateur Moreau, de plus en plus de critiques se font entendre sur le terrain depuis que le gouvernement a décidé d’imposer un ticket modérateur aux demandeurs d’asile, qui doivent débourser 4 $ depuis le 1er mai pour chaque médicament sur ordonnance au moment de chaque renouvellement, mais aussi payer 30 % des coûts pour des soins dentaires urgents ou des services de santé mentale.
La pédiatre québécoise Tinh-Nhan Luong, que j’ai rencontrée, ainsi que la Société canadienne de pédiatrie jugent que ces compressions risquent d’avoir un impact majeur sur des populations qui vivent déjà dans une grande précarité financière. Ces compressions toucheront donc des personnes souffrant de différents traumatismes et de maladies, comme l’anémie falciforme ou le diabète, de même que des femmes enceintes qui risquent d’interrompre leur traitement, faute de moyens.
C’est une chose de vouloir accueillir moins de demandeurs d’asile, mais doit-on les traiter ainsi, alors qu’ils arrivent au Canada souvent en très mauvais état?
L’honorable Pierre Moreau (représentant du gouvernement au Sénat) : Sénatrice Miville-Dechêne, le Canada demeure un pays extrêmement accueillant pour les réfugiés. Vous savez sûrement que le coût des soins de santé est directement lié au volume des demandes et des demandeurs. L’objectif du gouvernement est donc d’assurer la viabilité des programmes et de montrer un souci d’équitabilité envers tous les contribuables. Les soins essentiels continuent d’être entièrement couverts sans copaiement, ce qui protège la santé des Canadiens et des demandeurs d’asile.
Vous l’avez mentionné, les modifications apportées à la couverture des produits et des services complémentaires sont volontairement modestes, soit de 4 $ pour une ordonnance et de 30 % pour les autres services. Tous les autres frais sont couverts; ce programme permettra d’harmoniser la couverture publique d’assurance-maladie avec les prestations des bénéficiaires de l’aide sociale, qui sont des résidents canadiens.
La sénatrice Miville-Dechêne : On pourrait débattre longtemps du caractère essentiel des soins en santé mentale, mais ces tickets modérateurs ne sont-ils pas un calcul à très court terme de la part du gouvernement? En effet, les demandeurs d’asile, qui ont peu ou pas de moyens, risquent d’être encore plus malades et de se retrouver aux urgences. Cela coûtera donc plus cher en soins médicaux et la facture sera prise en charge par les provinces. Qu’en pensez-vous?
Le sénateur Moreau : Ce que je pense n’a guère d’importance. C’est ce que le gouvernement pense qui est important. Je vais donc vous transmettre le message du gouvernement. Évidemment, on peut discuter du caractère essentiel des soins. Cependant, les soins essentiels continuent d’être entièrement couverts. De plus, les consultations chez un médecin et les hospitalisations sont entièrement prises en charge.
Je souligne au passage ce que le premier ministre a affirmé : ce qui distingue le Canada des États-Unis, c’est qu’ici, les gens ont le droit de recevoir des soins adéquats.

