L’honorable Tracy Muggli : Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui au sujet de l’interpellation concernant le rapport final de l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat. Je tiens à remercier sincèrement la sénatrice Coyle d’avoir lancé cette importante interpellation.
Bon nombre d’entre vous se souviendront peut-être que, un dimanche de septembre dernier, 33 jeunes Canadiens de partout au pays étaient rassemblés dans cette enceinte pour nous aider à formuler des recommandations pratiques en matière de politique climatique fédérale. Ces jeunes ont demandé au Parlement de trouver des solutions pragmatiques aux problèmes qu’ils ont cernés, et ce, dans l’intérêt du climat et de l’économie du Canada de demain.
Depuis, j’ai eu l’occasion de discuter avec Tari et Mohammad — deux participants qui viennent de la Saskatchewan — de leur expérience. Ce qui est ressorti de ces entretiens, c’est non seulement qu’ils sont heureux d’avoir été inclus dans le processus, mais aussi qu’ils se sont acquittés avec sérieux de la responsabilité de représenter leur génération et d’envisager son avenir.
Je tiens d’abord à souligner un des thèmes de l’assemblée qui me touche en tant que résidante de la Saskatchewan. L’assemblée a demandé aux gouvernements de renforcer la résilience des collectivités face aux répercussions des changements climatiques qui, nous le savons, se manifestent déjà, et de mieux nous préparer aux risques liés aux changements climatiques, comme les feux de forêt, les inondations et les autres phénomènes météorologiques extrêmes.
Je tiens à souligner que ces jeunes comprennent clairement la dimension humaine des répercussions des changements climatiques et la nécessité d’élargir les mesures de soutien en santé mentale pour les Canadiens qui vivent de la détresse et des traumatismes liés aux changements climatiques — une réalité que nous voyons trop souvent après des inondations et des feux de forêt, ou dans le secteur agricole, lorsque les changements climatiques ont une incidence néfaste sur le rendement.
L’association étudiante a également demandé qu’on accélère la transition vers les énergies propres en se tournant vers la production d’énergies renouvelables et en rattachant tout soutien résiduel aux combustibles fossiles à des cibles de réduction des émissions; qu’on renforce la reddition de comptes relative au climat par l’entremise de normes et de mécanismes rigoureux pour surveiller les progrès dans la lutte contre les changements climatiques et avoir des résultats mesurables ainsi que des rapports clairs sur les progrès; et qu’on donne une place aux jeunes et aux Autochtones, grâce à un dialogue constructif et continu sur la prise de décisions liées au climat et à un respect du leadership autochtone quant à la gestion des terres.
Lorsque j’ai parlé avec des représentants de la Saskatchewan ayant pris part à l’assemblée, un message est très clairement ressorti. Ils comprennent les réalités de l’économie canadienne et ils savent que des provinces comme la Saskatchewan jouent un rôle essentiel à titre de producteurs de ressources.
Ils ont clairement dit que malgré la transition vers les énergies renouvelables et les nouvelles technologies, les gens ne devraient pas pour autant perdre leur gagne-pain et les collectivités ne devraient pas être laissées pour compte. Il faudrait plutôt mettre l’accent sur les nouvelles technologies de production d’énergie et d’extraction des ressources pouvant soutenir de nouveaux emplois bien rémunérés dans une économie tournée vers l’avenir afin de renforcer en priorité la résilience économique à long terme du Canada. Nous n’avons pas à choisir entre l’environnement et l’économie, nous devons choisir les deux.
Cela m’amène à parler de l’importance d’établir un lien entre ces thèmes et la Saskatchewan, qui occupe une place unique dans le paysage climatique et économique du Canada. Notre province compte sur l’agriculture, la production d’énergie et l’exploitation minière. Ces secteurs sont au cœur de notre économie et de notre identité, mais ils sont aussi directement touchés par les changements climatiques.
Les agriculteurs de toute la province constatent déjà des changements dans les régimes de précipitations. Ceux-ci ont une incidence sur les cultures et sur les saisons de croissance. La fumée des feux de forêt provenant de l’Ouest canadien nuit de plus en plus à la qualité de l’air, et les municipalités rurales doivent faire face à des difficultés constantes liées aux phénomènes météorologiques extrêmes et à la capacité d’accéder aux marchés.
Ces difficultés ont des répercussions directes sur l’avenir des jeunes de la Saskatchewan. Elles touchent les fermes, les villes et les familles qui façonnent la vie quotidienne de notre province. L’accent mis par l’assemblée sur la résilience trouve donc un fort écho chez les habitants. Préparer les villes aux risques climatiques en améliorant les infrastructures, en élaborant des plans d’urgence et en adoptant des stratégies d’adaptation communautaire est une mesure pratique qui profite à tout le monde.
Je tiens à souligner, à titre d’exemple, les efforts déployés par la Ville de Saskatoon pour élaborer une stratégie de lutte contre les inondations. Cette initiative a permis de recenser neuf zones inondables dans la ville, et elle prévoit l’amélioration des infrastructures pour optimiser le drainage et détourner les eaux des habitations qui ont été inondées de façon récurrente par le passé.
Toujours sur le thème des municipalités, les Sénateurs pour des solutions climatiques ont récemment rencontré Valérie Plante, ancienne mairesse de Montréal. Elle a parlé du travail similaire entrepris par la Ville de Montréal pour adapter les infrastructures municipales de façon qu’elles retiennent mieux les volumes d’eau élevés et qu’elles les détournent des maisons et entreprises pour éviter les inondations.
Ces projets montrent comment des investissements concrets dans la résilience climatique peuvent protéger directement le gagne-pain, le portefeuille et la santé mentale des gens. Il s’agit de solutions concrètes qui leur profitent vraiment.
Les recommandations de l’assemblée sur l’énergie propre sont également liées à l’avenir économique de la Saskatchewan. Tari et Mohammad n’ont pas structuré la discussion comme un choix entre les emplois dans le secteur de l’énergie et la responsabilité environnementale. Ils ont plutôt parlé de diversification économique et de développement de nouveaux débouchés dans les industries traditionnelles exigeant beaucoup de ressources grâce à des technologies améliorées qui peuvent faire progresser la réduction des émissions dans les secteurs du pétrole, du gaz, des mines et de l’agriculture. Autrement dit, la transition qu’ils envisagent est bien planifiée et est axée sur la création de débouchés pour la prochaine génération.
Par exemple, j’ai eu l’occasion, grâce à une équipe de Foran Mining, d’en apprendre davantage sur le projet de la baie McIlvenna, qui, vous vous en souviendrez peut-être, était l’un des grands projets de la première série d’annonces. Cette entreprise vise notamment à devenir la première mine de cuivre carboneutre au Canada, en utilisant des éléments comme l’hydroélectricité, les véhicules électriques ainsi qu’une installation ultramoderne de stockage des résidus miniers et un système de remblais en pâte, qui réduiront son empreinte carbone et qui diminueront considérablement son impact environnemental. L’agriculture, en particulier, a aussi été désignée comme un secteur où la Saskatchewan peut contribuer positivement aux solutions climatiques. Tari, qui vient de…
Son Honneur la Présidente : Honorables sénateurs, il est maintenant 19 heures. Conformément à l’article 3-3(1) du Règlement, je dois quitter le fauteuil jusqu’à 20 heures, heure où nous reprendrons nos travaux, à moins que vous souhaitiez ne pas tenir compte de l’heure.
Vous plaît-il, honorables sénateurs, de ne pas tenir compte de l’heure?
Des voix : D’accord.
La sénatrice Muggli : Tari, qui est issu d’un milieu agricole, a clairement évoqué les pratiques actuellement mises en œuvre en Saskatchewan, comme la rotation des cultures, une meilleure gestion des sols et l’utilisation réduite des intrants chimiques, qui renforcent la santé des sols, améliorent la résilience face aux aléas climatiques et favorisent la durabilité à long terme des exploitations agricoles.
Les pratiques mises au point et utilisées en Saskatchewan font de notre province un chef de file non seulement au Canada, mais aussi à l’échelle mondiale, en matière d’agriculture durable permettant de réduire l’empreinte carbone dans la production agricole, comme l’a confirmé une étude menée par le Global Institute for Food Security de l’Université de la Saskatchewan. Il s’agit de méthodes que de nombreux agriculteurs de la Saskatchewan mettent déjà en application, et qui démontrent comment la protection de l’environnement et la productivité agricole peuvent aller de pair.
L’appel lancé par l’assemblée des jeunes en faveur d’une plus grande responsabilisation reflète également ce que nous entendons souvent de la part des jeunes Canadiens : ils veulent de la clarté, et ils veulent être sûrs que les gouvernements fixent des objectifs réalistes et respectent leurs engagements.
Lorsque j’ai évoqué certaines des études menées par le Comité de l’agriculture, comme notre étude sur les sols, désormais tristement célèbre — grâce au sénateur Black et au Comité de l’agriculture —, l’étude sur les feux de forêt, qui sera bientôt publiée, ainsi que l’étude en cours sur la sécurité alimentaire, Mohammad s’est montré étonné et reconnaissant d’apprendre que certaines de leurs priorités faisaient l’objet d’une étude approfondie.
Voilà qui met toutefois en évidence un problème manifeste : si les jeunes générations, qui considèrent la lutte contre les changements climatiques comme une priorité, ignorent les mesures prises par le gouvernement fédéral, comment le grand public pourrait-il en avoir connaissance? Comment pourrait-il participer ou contribuer à d’autres domaines d’action qui pourraient s’avérer nécessaires? Le Canada doit trouver des moyens plus efficaces pour atteindre le public et dialoguer avec les intervenants concernés.
Mohammad a souligné que les gens ont besoin d’information claire et compréhensible sur les initiatives climatiques, les données et les progrès réalisés, qu’il s’agisse d’agriculteurs s’intéressant à de nouvelles pratiques agricoles, de collectivités réfléchissant à des stratégies d’adaptation ou d’étudiants souhaitant comprendre la politique énergétique. En rendant les données et l’information accessibles et en facilitant la participation, on permet à davantage de Canadiens de s’engager dans l’élaboration et la mise en œuvre de solutions.
Chers collègues, l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat nous rappelle que la lutte contre les changements climatiques doit être à la fois ambitieuse et ancrée dans la réalité. Les jeunes Canadiens qui ont participé à ce processus ne se contentent pas d’appeler au changement; ils proposent activement des idées et souhaitent contribuer à la mise en œuvre de politiques qui façonneront le pays dont ils hériteront.
Il est important de noter que les jeunes de la Saskatchewan partagent ce point de vue. Pour notre province, répondre à ces attentes signifie continuer à investir dans des collectivités résilientes, soutenir des stratégies agricoles et de gestion des ressources durables et veiller à ce que la participation aux discussions sur la politique climatique englobe les perspectives de toutes les régions, tant rurales qu’urbaines. Le message des jeunes de la Saskatchewan est clair : la lutte contre les changements climatiques ne consiste pas à choisir entre l’environnement et l’économie; il s’agit de bâtir un avenir où les deux prospèrent ensemble.
Merci, meegwetch, marsee.

