L’honorable Andrew Cardozo : Honorables sénateurs, je tiens à remercier les autres sénateurs qui ont pris la parole aujourd’hui — les sénateurs Wells, Hay, Cormier et Pate. Vous faites de cet endroit un lieu très spécial. Je vous remercie de vos discours. J’ai l’impression d’être le cinquième relayeur d’une course à quatre, mais je ferai de mon mieux pour vous mener jusqu’à la ligne d’arrivée.
L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat organisée en septembre 2025 a été un événement marquant. Elle a réuni au Parlement 33 jeunes Canadiens enthousiastes venus de tout le pays, ce qui montre qu’un Sénat indépendant peut favoriser l’émergence de nouvelles idées et l’engagement civique.
À tous ces jeunes participants éloquents qui ont apporté leur contribution, merci pour votre dynamisme, votre esprit visionnaire et votre passion.
[Français]Je tiens également à remercier la sénatrice Mary Coyle non seulement d’avoir lancé cette interpellation essentielle sur l’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat et sur son rapport final, mais aussi de son leadership visionnaire en tant que coprésidente du groupe Sénateurs pour des solutions climatiques. Sénatrice Coyle, votre capacité à faire entrer l’énergie et les voix de la prochaine génération au cœur de notre processus parlementaire est d’une importance capitale.
[Traduction]Je remercie aussi les sénateurs Kutcher et Quinn, qui ont précédemment été co-présidents, ainsi que la sénatrice Muggli, qui a accepté un rôle de co-dirigeante au sein de ce groupe.
Dans mes réflexions sur le rapport de l’assemblée et la tâche qui nous attend, je ferai valoir trois points.
Tout d’abord, nous devons être honnêtes quant à l’ampleur du défi climatique. Même si les émissions mondiales cessaient dès aujourd’hui, la température de la planète serait probablement supérieure de 1,5 °C à la moyenne préindustrielle — l’objectif de l’Accord de Paris. Or les émissions ne cesseront pas aujourd’hui. Les choix que nous faisons aujourd’hui peuvent modifier considérablement l’issue de la situation, mais quoi que nous fassions, les jeunes Canadiens vivront sur une planète bien plus chaude que celle à laquelle l’humanité a été habituée.
Un certain réchauffement est maintenant « coulé dans le béton », pour reprendre une expression courante. Notre défi consiste à déterminer dans quelle mesure nous pouvons réduire son impact, limiter les dégâts et nous adapter à notre environnement. Dans cette lutte, chaque fraction de degré compte.
Deuxièmement, l’assemblée de la jeunesse a conclu que nous devons nous engager à investir les sommes nécessaires pour relever ce défi. Il faudra prévoir de consacrer environ 5 % de notre PIB chaque année, soit environ 125 milliards de dollars en valeur actuelle. Nous devrons maintenir cet effort chaque année où nous ne parviendrons pas à réduire suffisamment les émissions; la tâche deviendra de plus en plus ardue.
Le gouvernement a admis que nous raterons nos cibles de réduction des émissions pour 2030 et 2035. Voilà qui augure mal. Il reste encore beaucoup à faire, mais, heureusement, nous sommes encore en mesure d’agir.
Troisièmement, l’assemblée a noté que nous devons considérer cette transition non pas comme un fardeau, mais comme une occasion historique. Dans nos dépenses destinées à assurer un avenir durable, comme la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, la production d’énergie propre, l’électrification, le transport en commun, la modernisation des infrastructures et d’autres adaptations connexes, nous devrions toujours avoir à l’esprit que nous devons nous attaquer simultanément aux problèmes.
L’une des recommandations de l’Assemblée de la jeunesse sur le climat était « [d’encourager] la création d’emplois durables et de qualité, incluant [des] initiatives ciblées pour les jeunes […] »
Chers collègues, vous vous souviendrez peut-être que j’ai soulevé la question de la crise du chômage chez les jeunes ces derniers mois. Le taux de chômage chez les jeunes a toujours été deux fois plus élevé que le taux de chômage national moyen. Le taux de chômage chez les moins de 25 ans se situe actuellement autour de 13 %. Nous avons l’occasion de créer des emplois de qualité et bien rémunérés pour les jeunes, ce qui leur permettra d’acquérir des compétences et de l’expérience qui leur permettront de se bâtir une carrière pour la vie.
Je salue le gouvernement pour l’annonce du service jeunesse pour le climat l’automne dernier, dans le budget de 2025. C’est exactement le genre de créativité dont il faut faire preuve pour être à la hauteur de la situation. Cette annonce répond en effet à la recommandation faite par l’Assemblée de la jeunesse sur le climat dans son rapport, mais elle pourrait être plus ambitieuse encore.
Le budget de 2025 prévoit 20 millions de dollars par année, cette année et l’année prochaine, pour ce programme. D’après mon calcul approximatif, cela permettrait de créer l’équivalent d’environ 500 emplois à temps plein par année. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas énorme non plus. C’est loin d’être suffisant pour réduire le chômage des jeunes ou atténuer les changements climatiques.
Plus de 400 000 jeunes de moins de 25 ans sont actuellement à la recherche d’un emploi. Près d’un million de jeunes de moins de 29 ans ne sont pas aux études, ne travaillent pas et ne suivent pas non plus un programme de formation. C’est un potentiel gaspillé pour notre société et notre économie. Nous pourrions former ces jeunes pour qu’ils accomplissent toutes sortes de choses utiles, notamment dans l’optique d’atténuer la crise des changements climatiques.
Selon le rapport sur le chômage intitulé Failure to Launch, qui a été publié récemment par la Fondation du roi au Canada, que dirigeait encore, il y a un an, notre collègue la sénatrice Farah Mohamed, la réduction du chômage parmi les jeunes pourrait hausser le PIB du Canada de 18,5 milliards de dollars d’ici 2034, et il s’agit probablement d’une estimation prudente.
Les dépenses nécessaires pour réduire les émissions et limiter les effets des changements climatiques ne constituent pas un fardeau. Il est désormais bien établi que ces dépenses sont, au bas mot, inférieures à ce qu’il en coûterait de continuer d’émettre sans limites des gaz à effet de serre. On ne peut que s’interroger sur le taux de chômage qui sévira si certaines prévisions parmi les plus sombres concernant les changements climatiques se réalisent.
[Français]Ce dont nous parlons ici, c’est d’investissements dans l’avenir de notre pays, de notre planète et de nos jeunes. Nous pouvons choisir non seulement de leur laisser un Canada habitable, mais aussi de le faire d’une manière qui leur offre des possibilités et des compétences qui stimulent notre économie, créent de la richesse et bâtissent la main-d’œuvre de demain.
[Traduction]L’Assemblée canadienne de la jeunesse sur le climat nous a rappelé que le changement climatique représente un défi majeur pour les décideurs d’aujourd’hui. Cependant, tout n’est pas perdu pour autant. Il y a là des occasions de transformer notre économie. Nous devrions les saisir avec le même enthousiasme que celui dont a fait preuve l’assemblée. Nous devons suivre leur exemple, celui de la jeunesse. Après tout, cette planète sera la leur bien plus longtemps qu’elle ne sera la nôtre. Merci.

