Un avenir à zéro émission nette—Interpellation

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L’honorable Amina Gerba : Honorables sénateurs, j’ai l’honneur de m’adresser à vous à partir du territoire non cédé du peuple algonquin anishinabe.

Je prends la parole aujourd’hui dans le cadre de l’interpellation no 4 soumise au Sénat par notre collègue la sénatrice Mary Coyle, qui porte sur la nécessité d’apporter en toute urgence des solutions aux effets des changements climatiques dans notre pays et ailleurs dans le monde. Je remercie la sénatrice de nous avoir rappelés à nos devoirs au moment même où, selon un très récent sondage Léger, 70 % des Canadiens sont inquiets, voire très inquiets quant aux effets des changements climatiques.

Chers collègues, du 6 au 18 novembre se tiendra la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP27) à Charm el-Cheikh, en Égypte.

Les parties présentes à la précédente conférence, la COP26, réunies à Glasgow, ont réaffirmé l’objectif retenu par la communauté internationale et connu sous l’appellation de l’Accord de Paris pour le maintien de l’objectif d’un réchauffement qui n’excède pas 1,5 degré Celsius. Glasgow a aussi insisté sur le besoin d’une intensification urgente des actions clairement énoncées, du financement visant le renforcement des capacités et du développement des technologies afin de renforcer l’indispensable résilience et de réduire la vulnérabilité d’un grand nombre, sinon de tous, aux changements climatiques.

Un nouveau rapport d’ONU Climat montre que les pays infléchissent à la baisse de la courbe des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais souligne que ces efforts restent insuffisants pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius d’ici la fin du siècle. Selon ce rapport, les engagements climatiques combinés des 193 parties à l’Accord de Paris pourraient mettre le monde sur la voie d’un réchauffement d’environ 2,5 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Le rapport publié montre également que les engagements actuels feront augmenter les émissions de 10,6 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2010.

Chers collègues, les changements climatiques ne sont pas une vue de l’esprit. Ils frappent durement sur tous les continents et ils ont, ces derniers temps, touché sérieusement notre pays, notamment la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador et une partie du territoire québécois. Ils sont, hélas, une triste réalité. Les effets sont visibles partout.

Ils le sont en Afrique où les gouvernements et les groupes de la société civile multiplient leurs efforts en matière de résilience climatique. Selon les experts, l’Afrique subit durement les effets du réchauffement climatique même si le continent pollue nettement moins que tous les autres continents. En effet, l’Afrique émet à peine 4 % des gaz à effet de serre, mais subit un réchauffement accéléré, une augmentation continue des températures bien au-delà de la moyenne mondiale, terres et mers confondues.

Les effets de ces mutations sont considérables : élévation du niveau de la mer; fonte des glaciers des montagnes africaines à l’instar du mont Kenya, au Kenya, des monts Rwenzori, en Ouganda, et du mont Kilimanjaro, en Tanzanie, et sécheresse qui s’étend sur le continent. Notamment, 14 des 23 pays qui ont connu des situations d’urgence liées à la sécheresse au cours des deux dernières années se trouvent sur le continent africain.

La sécheresse touche à la fois les rivières et les lacs, comme c’est le cas du lac Tchad, elle accélère la désertification et la dégradation des terres agricoles, produit un déplacement des populations et provoque la famine. À l’heure actuelle, on estime à 1 million le nombre de déplacés climatiques en Somalie, et plus de 20 millions de personnes font face à un risque de famine en Afrique de l’Est, selon le Programme alimentaire mondial.

Un autre effet des changements climatiques en Afrique concerne les inondations qui s’intensifient sur le continent. Leurs conséquences sont terribles : destruction des biens et multiplication des épidémies, entre autres. Au Nigeria, des inondations dont l’ampleur est sans précédent ont fait 363 morts, près de 2 millions de déplacés et plus de 618 000 maisons détruites. En Afrique du Sud, en avril dernier, de graves inondations ont fait près de 400 morts.

À défaut d’interventions décisives dans le monde et en Afrique, on prévoit que d’ici à 2030, 100 millions d’Africains vivant dans l’extrême pauvreté seront durement touchés par les effets des changements climatiques; 100 millions, c’est presque trois fois la population du Canada.

Devant de telles calamités actuelles et futures, une question se pose : y a-t-il une perspective africaine et des solutions africaines aux défis posés par les changements climatiques?

Chers collègues, lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies à New York, le président sénégalais et président en exercice de l’Union africaine, Macky Sall, a déclaré ceci, et je cite :

[…] il existe aussi une Afrique des solutions, forte de ses ressources naturelles, humaines et agricoles, dotée de gouvernements à la tâche, d’une jeunesse vibrante et créative, qui innove, entreprend et réussit.

Honorables sénatrices et sénateurs, plusieurs initiatives ont été entreprises par les pays africains dans le but de réduire la vulnérabilité du continent aux effets du changement climatique et d’augmenter la capacité des populations à y faire face. Des solutions trouvent leur force dans la nature même. Il s’agit notamment d’utiliser les atouts du monde naturel pour freiner l’évolution des changements climatiques et y faire face.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la protection des forêts et des mangroves pourrait permettre d’éviter à l’Afrique jusqu’à 500 milliards de dollars de pertes liées au changement climatique. Des experts du PNUD pour les questions climatiques en Afrique pensent que « [l]es forêts du bassin du Congo par exemple ont un potentiel d’atténuation du changement climatique très important. »

Dans cette optique, le Madagascar a récemment introduit la culture des plantes aquatiques encore appelée rambo ou laîche de sables. Cette culture permet de mieux résister à la sécheresse et favorise la disponibilité des surfaces agraires cultivables. Les îles Comores et le Malawi ont, pour leur part, opté pour la plantation en continu d’arbres pour faire face aux effets du changement climatique sur l’environnement et les populations. Les Seychelles, de leur côté, ont décidé de creuser des digues pour faire face aux inondations.

La transition vers les énergies renouvelables en Afrique a également progressé de manière impressionnante au cours de la dernière décennie. En effet, de nombreux pays se sont efforcés d’accroître leur capacité en vue de passer à un avenir énergétique durable. Au Maroc, par exemple, plus d’un tiers de l’électricité est déjà renouvelable, grâce à la centrale solaire de Noor Quarzazate, qui est le plus grand parc solaire concentré au monde.

C’est aussi le cas des centrales éoliennes en Éthiopie et au Cap-Vert qui, de manière croissante, réduisent l’usage des fossiles combustibles, et par là même, les émissions des gaz toxiques. Selon les prévisions de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, ces énergies pourraient représenter jusqu’à 67 % de la production d’électricité en Afrique subsaharienne d’ici 2030.

Certains pays africains ainsi que la Banque africaine de développement font la promotion et investissent dans les transports durables. Au Sénégal, par exemple, les transports publics de Dakar comptent maintenant un train express et un système de transport en commun rapide par bus avec des véhicules électriques. En 2021, le Kenya s’est équipé de milliers de motocycles électriques pour les déplacements en ville et encourage depuis les populations à adopter ces modes de déplacement.

Chers collègues, vous aurez compris que les pays africains travaillent de plus en plus à augmenter la résilience des populations locales ainsi que leur capacité d’adaptation pour faire face aux changements climatiques.

Toutefois, la plus grande initiative en matière de résilience climatique en Afrique est la Grande muraille verte. Il s’agit du programme phare du continent qui vise à combattre la désertification et à lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Ce programme a l’ambition de transformer les vies de millions de personnes en créant une vaste mosaïque de paysages verts et productifs partout en Afrique du Nord, au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Adoptée par l’Union africaine en 2007, l’Initiative de la Grande muraille verte rassemble plus de 20 pays africains ainsi que des organisations internationales, des instituts de recherche, des membres de la société civile et des organisations communautaires. Cette muraille doit relier Dakar, la capitale du Sénégal, à Djibouti, ce qui représente 11,7 millions d’hectares.

Cependant, bien que l’Afrique présente des solutions innovantes pour la résilience climatique, il faut reconnaître que le continent africain fait face à des défis de financement pour accélérer cette résilience climatique.

Je souhaite que le Canada se fasse le champion du respect de ces engagements envers le continent aux Nations unies, au G7, à l’OCDE, à la COP27, bref, dans tous les forums où l’urgence climatique est à l’ordre du jour. J’espère vivement que le Canada y plaidera dans le but de soutenir les demandes d’appui des pays d’Afrique à leurs politiques dans ce domaine.

Lors du lancement du groupe des Sénateurs pour des solutions climatiques, notre collègue Stan Kutcher a déclaré ce qui suit, et je cite :

L’histoire ne nous jugera pas sur le bien-être économique ni sur la force du PIB. L’histoire nous jugera sur nos actions en faveur des plus vulnérables, en faveur des générations futures, en faveur de l’humanité. La lutte contre les changements climatiques est donc l’un des aspects sur lesquels l’histoire nous jugera.

Chers collègues, je vous encourage tous à vous exprimer sur ce sujet important, selon vos propres points de vue et perspectives, et, si ce n’est déjà fait, je vous invite à vous joindre au groupe des Sénateurs pour des solutions climatiques.

Merci.

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