Troisième lecture du projet de loi C-14, Loi no 2 concernant certaines mesures en réponse à la COVID-19 – Sen. Harder

Par: L'hon. Peter Harder

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L’honorable Peter Harder : Merci, sénateur Munson, de me laisser les quelques minutes qui restent.

Honorables sénateurs, nous vivons une période de profondes turbulences qui vient bousculer la façon dont nous vivons, dont nous travaillons et dont nous jouons. De la moindre ferme aux grands centres urbains, le Canada et le monde au grand complet sont touchés, et nous sommes encore incapables de prédire avec précision comment tout cela finira, et quand.

Parce qu’elle est exceptionnelle, la période actuelle requiert des efforts exceptionnels de la part des Canadiens, des municipalités, des provinces, du gouvernement du Canada et, de plus en plus, des organismes internationaux. Aujourd’hui, nous approuverons une de ces mesures exceptionnelles afin de subventionner une part importante du salaire d’un grand nombre de travailleurs canadiens des secteurs privé, caritatif et à but non lucratif.

C’est du jamais vu pour le Canada, ce qui en dit long sur la nature encore inédite du défi que nous devons encore relever. L’objectif de cette politique publique est clair : l’économie ne doit pas manquer de liquidités, les ménages doivent pouvoir subvenir à leurs besoins et les travailleurs doivent conserver leur emploi si nous voulons survivre à court terme et retomber sur nos pieds dès que les circonstances le permettront.

Quand cette initiative a été annoncée, il y a une dizaine de jours, un grand nombre de chefs d’entreprise m’ont appelé pour me témoigner de leur appui le plus complet et pour me dire qu’ils n’auraient plus besoin de remercier leurs employés, car ils auraient désormais les moyens de survivre et de se préparer à reprendre le collier le moment venu.

Les organismes caritatifs et à but non lucratif, de leur côté, m’ont dit que, grâce à ce soutien, ils pourront voir aux besoins immédiats tout en commençant à se réinventer.

Rien que par cette mesure, nous augmentons considérablement notre déficit collectif à court terme pour atténuer les coûts du ralentissement économique et mieux nous équiper collectivement pour un retour à une situation économique plus normale. Le gouvernement du Canada ne peut pas être le trésorier pour toujours, mais il peut et doit l’être pour l’instant. Ce projet de loi mérite notre soutien.

La grande perturbation du dernier mois a révélé beaucoup de choses sur nous-mêmes. J’aimerais souligner brièvement certains des faits que j’ai observés.

Premièrement, le fédéralisme canadien fonctionne. Les gouvernements provinciaux sont intervenus et, dans certains cas, ont surpris leurs citoyens par la façon dont ils ont collaboré avec les villes de leur juridiction, et avec le gouvernement fédéral. Un Sénat voué aux intérêts des régions devrait marquer une pause et dire d’une seule voix : les choses vont très bien. Il suffit en effet de regarder à quelques kilomètres au sud pour constater que le fédéralisme peut être mis à rude épreuve dans des moments comme celui-ci.

(1940)

Certes, tous les gouvernements comptent, mais je m’inquiète de plus en plus des instances de coordination internationale, telles que le G7, le G20, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et les autres organismes des Nations unies. Plus précisément, ce n’est pas leur insuffisance que je déplore, mais le fait que leurs États membres ne leur donnent pas les outils nécessaires pour faire le travail qui doit être accompli. Je m’inquiète, chers collègues, pour l’Afrique, mais c’est un autre sujet.

Deuxièmement, la science et l’expertise comptent, de même que les agents de première ligne en cas d’urgence, les premiers intervenants, les chercheurs. La gestion du secteur privé en cette période de crise est remarquable. Lorsqu’on voit certaines entreprises se réorganiser et se rééquiper aussi rapidement, on constate qu’elles ont bénéficié, si l’on peut dire, de l’expérience de 2008-2009. Par exemple, l’Ontario a perdu 50 000 entreprises manufacturières au cours de ces années. Cela signifie que celles qui ont survécu ont une certaine résilience qui est manifestement mise à l’épreuve ces jours-ci, mais elles ont une certaine expérience pour s’en sortir.

Les institutions sont importantes. Elles sont importantes parce que la confiance est importante. Si nous ne croyons pas pouvoir compter sur les institutions pour donner des avis éclairés, utiles et justifiés, il nous sera impossible de respecter le principe de la distanciation sociale et d’adopter les comportements nécessaires. Par conséquent, nous devrions réfléchir à l’idée que nos institutions doivent davantage permettre la critique lorsqu’il s’agit de gérer des situations comme celle que nous vivons actuellement. La recherche de l’efficacité pure et simple dans nos institutions n’est pas dans notre intérêt à long terme.

Il faut être capable de s’adapter sans tarder dans une situation qui évolue rapidement. Cette capacité doit être respectée, et non ridiculisée, y compris au Sénat. Lorsque de nouvelles lacunes surviennent, nous devons être en mesure de réagir rapidement et être encouragés à le faire. La surveillance parlementaire est extrêmement importante, tandis qu’il n’est pas vraiment utile de remettre les décisions en question dans les coulisses.

Enfin, nous devons commencer à réfléchir à notre retour à la normale ou à notre nouvelle réalité. En cette période de transition, je dirais que nous devons acquérir une plus grande tolérance au risque dans le secteur public.

J’ai quelque peu critiqué les prétendues réformes sur la reddition de compte il y a 10 ans. J’ai dit une fois que, si la fonction publique était une partie de hockey, les équipes seraient composées uniquement de gardiens de but parce qu’il est préférable de ne pas se faire compter de but que d’en compter. Nous ne traverserons pas cette crise si nous n’avons pas une équipe de hockey complète, avec des attaquants et des personnes qui prennent des risques, des gens qui sont prêts à encaisser des buts parce que la partie doit être gagnée. Pour ce faire, il faut que les institutions publiques, comme le Sénat, la Chambre des communes, le Bureau du vérificateur général et les autres qui sont chargées d’assurer une surveillance adéquate, soient aussi conscientes de la nécessité d’insuffler une culture du risque et de l’innovation dans la fonction publique. Je félicite les fonctionnaires qui ont su nous amener jusqu’ici en prodiguant des conseils et en les appliquant, mais, chers collègues, la mise en œuvre du projet de loi que nous adopterons aujourd’hui signifie que des erreurs seront commises. Des gens déjoueront le système, et je suis persuadé que des sages nous diront comment tel ou tel choix n’aurait pas dû être fait.

La prise de risques est essentielle pour traverser cette crise.

Ainsi, ce que nous faisons est absolument nécessaire, mais pas viable à long terme. Pour que le Canada sorte de cette crise, il faut que tout le monde se montre patient, compréhensif et courageux.

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