Deuxième lecture du projet de loi S-246, Loi instituant le Mois du patrimoine libanais

Par: L'hon. Jane Cordy

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L’honorable Jane Cordy propose que le projet de loi S-246, Loi instituant le Mois du patrimoine libanais, soit lu pour la deuxième fois.

— Honorables sénateurs, le Canada doit une bonne partie de son riche patrimoine aux immigrants qui sont partis des quatre coins du globe pour venir s’installer ici et réaliser le rêve d’une vie meilleure, pour eux et pour leur famille.

Le projet de loi S-246 vise à souligner et à célébrer l’histoire des Canadiens d’origine libanaise et leur contribution à notre pays.

Comme le dit le préambule du projet de loi, les Canadiens d’origine libanaise contribuent de manière importante, tant sur les plans social, économique, culturel, religieux, militaire, philanthropique que politique, au tissu social de notre pays ainsi qu’à la force, à la résilience et à la diversité de nos communautés, et ce, depuis plusieurs générations.

Chers collègues, je tiens avant toute chose à saluer la députée d’Halifax-Ouest, Lena Metlege Diab, dont le leadership a été absolument crucial dans ce dossier.

Mme Diab est depuis longtemps une personnalité influente dans son coin de pays et elle est très active au sein de la communauté libanaise d’Halifax. En 2010, la chambre de commerce libanaise de la Nouvelle-Écosse lui a remis le prix de Professionnelle par excellence de l’année.

Elle a aussi occupé la présidence de la société libano-canadienne d’Halifax à plusieurs reprises depuis 1993. C’est notamment elle qui était à la tête de l’organisme quand celui-ci a fêté son 75e anniversaire, en 2013.

Honorables sénateurs, selon les données du recensement de 2016 concernant les répondants qui se sont identifiés comme libanais, le Canada compte 220 000 Canadiens d’origine libanaise. Toutefois, des estimations non officielles d’Affaires mondiales Canada situent ce nombre entre 200 000 et 400 000. Les plus grandes communautés libanaises se trouvent à Montréal et à Toronto. La reconnaissance et la célébration d’un mois du patrimoine libanais encourageront les Canadiens d’origine libanaise de tout le pays à partager leurs histoires, leurs traditions et leur culture avec tous les Canadiens.

Avec l’adoption du projet de loi, chaque année, partout au Canada, le mois de novembre sera désigné Mois du patrimoine libanais.

Honorables sénateurs, pourquoi faire du mois de novembre le Mois du patrimoine libanais? Depuis des temps immémoriaux, la région de l’actuel Liban a été sous la domination d’un certain nombre d’empires, de dynasties ou de puissances coloniales.

En 1920, la région est passée sous la domination coloniale française. En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy, installé par les nazis, a pris le pouvoir au Liban. La guerre s’est poursuivie, et le gouvernement de Vichy a été destitué en 1941 alors que le contrôle nazi sur l’Europe s’effritait et que les forces alliées gagnaient du terrain dans la région.

Le général Charles de Gaulle s’est rendu au Liban peu après que la France de Vichy ait abandonné le contrôle de la région. Les dirigeants nationaux du Liban ont demandé l’indépendance à de Gaulle. Le 26 novembre 1941, le général Georges Catroux, délégué par de Gaulle, a proclamé l’indépendance du Liban.

Toutefois, cette proclamation était essentiellement un geste vide, car la France a maintenu le contrôle administratif et politique de la région. Après des élections nationales au début de novembre 1943, le premier point à l’ordre du jour du nouveau gouvernement, pour défier la France, était de modifier la Constitution libanaise pour abolir le mandat français au pays.

Le 11 novembre 1943, le drapeau libanais a été hissé pour la première fois au Liban.

Le gouvernement français a réagi en arrêtant et en emprisonnant le président, le premier ministre et plusieurs autres ministres nouvellement élus.

Toutefois, vu l’immense pression exercée par d’autres pays et par ses alliés en temps de guerre, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, les États arabes et l’Union soviétique, la France n’a eu d’autre choix que de changer son fusil d’épaule. Le matin du 22 novembre 1943, la France a libéré ses prisonniers politiques et, après 23 ans de régime colonial français, le Liban est officiellement devenu un État indépendant.

Depuis, le 22 novembre est la date où l’on célèbre l’indépendance du Liban. Le mois de novembre revêt une grande importance pour la population du Liban, pour les ressortissants libanais et pour leurs descendants partout dans le monde.

Honorables sénateurs, en 2018, ma province, la Nouvelle-Écosse, est devenue la deuxième province à désigner le mois de novembre comme étant le Mois du patrimoine libanais. L’Ontario a été la première province à le faire en 2017.

La Nouvelle-Écosse possède une importante communauté libanaise dont l’histoire est très riche. Bon nombre des premiers immigrants libanais au Canada ont débarqué en Nouvelle-Écosse dès la fin des années 1800 et ont décidé de s’y établir en permanence.

En 2018, on a dévoilé une statue commémorant les immigrants libanais à Halifax. Elle représente un voyageur libanais qui porte un habit traditionnel. La plaque qui accompagne la statue porte ce message :

Ce monument représente le symbole universel de la communauté libanaise, fière, forte et unie dans le monde. La statue rend hommage aux premiers colons libanais qui se sont installés dans ce pays il y a 130 ans, y tissant des liens de loyauté, de foi et de persévérance. Nous sommes reconnaissants à la communauté néo-écossaise pour les liens d’amitié durable que nous avons établis dans notre nouveau pays, le Canada.

La Nouvelle-Écosse accueille également la Canadian Lebanon Society d’Halifax, l’une des plus anciennes sociétés libanaises en Amérique du Nord.

La fin de semaine dernière, la 15e édition du Festival des cèdres a eu lieu à Halifax. Ce festival libanais annuel s’est tenu pour la première fois en 2006, le fruit du travail du père Pierre Azzi et du conseil de la paroisse Notre-Dame du Liban. Le mandat du Festival des cèdres est le suivant :

[…] promouvoir et favoriser la culture et les traditions libanaises comme parties intégrantes de la mosaïque multiculturelle du Canada, en plus d’offrir une occasion aux Canadiens d’ascendance libanaise de renouer avec leurs riches racines ancestrales. Le Festival des cèdres est une occasion pour les familles et pour tous les groupes d’âge de se rassembler et de découvrir la culture et le patrimoine dans un environnement amusant, libre et sécuritaire.

Honorables sénateurs, samedi dernier, mon époux et moi avons passé l’après-midi au Festival des cèdres. C’était une célébration formidable par un temps ensoleillé; il y avait des danses et des jeux pour les enfants. Évidemment, on pouvait y déguster des plats libanais traditionnels. Mais le mieux, c’était de voir de nombreux visages souriants et des gens chaleureux.

En cette première édition du festival depuis la COVID, les participants avaient le sentiment unique de se retrouver enfin. Quand le festival a été annulé en 2020, la communauté s’est concertée pour faire don de 2 000 repas libanais à des premiers répondants, à des travailleurs de la santé et à des organismes de charité.

Honorables sénateurs, l’histoire du Canada a été marquée par l’immigration. Des gens du monde entier ont quitté leur terre natale, certains par choix, mais un trop grand nombre parce qu’ils y étaient forcés par les circonstances, pour bâtir une nouvelle vie au Canada.

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Nous savons que l’immigration enrichit la société canadienne, qu’elle fait croître l’économie des collectivités grandes ou petites, urbaines, rurales ou éloignées, et qu’elle renforce le commerce et les liens culturels que le Canada entretient avec d’autres pays.

Le Canada n’est pas vraiment le creuset dont on nous a parlé lorsque nous étions enfants. Il ressemble plutôt à une grosse salade dans laquelle chaque culture ajoute un nouvel ingrédient et une nouvelle saveur. Les diverses cultures ne se perdent pas comme elles le feraient dans un creuset. Elles se conjuguent plutôt pour former une saveur typiquement canadienne.

Honorables sénateurs, en 2015, le Halifax Partnership et la Chambre de commerce Canada-Liban ont publié un rapport intitulé Economic Benefits of Immigration : The Impact of Halifax’s Lebanese Community. Ce rapport visait à fournir une étude de cas et un sommaire des effets qu’ont les immigrants sur l’économie du Canada et sur celle d’Halifax, en mettant l’accent sur l’expérience libanaise à Halifax.

Selon l’Enquête nationale auprès des ménages, la communauté libanaise à Halifax comptait 4 500 personnes en 2015. Des estimations non officielles situent toutefois ce nombre à près de 7 000.

La communauté libanaise représente officiellement 3,75 % de la population d’Halifax, et près de 20 % de ses membres sont des travailleurs autonomes. La chambre de commerce libanaise d’Halifax comprend de nombreux propriétaires de restaurants, d’épiceries et de dépanneurs, ainsi que d’entreprises de construction et de développement immobilier. Ce sont des innovateurs et des entrepreneurs.

Selon les estimations du rapport, les promoteurs de la communauté libanaise ont réalisé des projets de construction totalisant près de 4 milliards de dollars en Nouvelle-Écosse de 2005 à 2015, et ce montant a augmenté considérablement depuis. Le rapport estime également que les emplois directs et indirects liés à la communauté libanaise d’Halifax et aux activités connexes dans cette région représentent de 4 000 à 5 000 emplois à temps plein.

Honorables sénateurs, la communauté canado-libanaise, comme toutes les communautés d’immigrants qui ont choisi de s’installer ici, a grandement contribué au tissu social et à l’enrichissement de la culture du Canada. Dans ma province, les entreprises libanaises ont laissé une marque indélébile sur la ville d’Halifax avec des projets de construction de milliards de dollars.

N’oublions pas une autre contribution culturelle importante à ma province. La petite histoire veut que, en 1901, l’immigrant libanais George Shebib ait introduit le jeu de cartes officieux de Cap‑Breton : le tarabish. Pour ceux d’entre vous qui viennent de Cap‑Breton, vous avez probablement tous joué à ce jeu. Je sais que, encore aujourd’hui, de nombreux habitants de Cap-Breton prennent plaisir à s’installer à la table de cuisine pour jouer une partie de tarabish avec des amis.

Honorables sénateurs, j’espère que vous vous joindrez à moi pour appuyer ce projet de loi en reconnaissance de la riche histoire de la communauté libanaise et de ses importantes contributions à la société canadienne. J’ai hâte d’en savoir plus sur les contributions des Canadiens d’origine libanaise dans votre coin de pays. Merci.

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