L’honorable Jim Munson—Remerciements

Par: L'hon. Jim Munson

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Parliament, Ottawa

L’honorable Jim Munson : Votre Honneur, je sais qu’il est interdit d’utiliser des accessoires au Sénat, mais je vais bien dormir ce soir. Sénateur Cotter et tout le monde, voici le coussin dont le sénateur Cotter a parlé plus tôt. La déclaration que vous avez faite au nom de votre fille était touchante. Nous allons tous bien dormir ce soir avec ces coussins.

Soit dit en passant, il est également formidable de recevoir des hommages quand on est vivant. Le simple fait de les entendre est incroyable. Je suis profondément touché. J’aime toujours dire que l’on peut bien chercher à s’assagir en vieillissant, mais qu’il faut toujours regarder le monde avec des yeux d’enfant.

Le 2 février 2004, la sénatrice Landon Pearson, comme le veut la tradition — et vous savez ce que c’est — m’a pris par le bras, m’a mené dans l’enceinte du Sénat et m’a présenté comme le nouveau sénateur. À partir de ce moment, la sénatrice Pearson m’a guidé et a fait des droits des enfants le fil d’Ariane de mon travail au Sénat. Je reviendrai sur la sénatrice Pearson un peu plus tard.

Aujourd’hui, je m’adresse à vous en tant qu’enfant qui est devenu sénateur à l’âge adulte. J’espère raconter une histoire qui illustre mon propre parcours, celle des personnes qui m’ont aidé en cours de route et de leur influence sur moi.

Honorables sénateurs, vous faites partie intégrante de cette histoire, car c’est ici, au Sénat du Canada, que j’ai découvert des penseurs et des chefs de file inspirés, forgé de nouvelles amitiés, trouvé des mentors et acquis une passion pour l’altruisme. C’est ici, au Sénat, que j’ai compris le sens réel du service à la population, où j’ai eu le privilège de faire partie d’une institution vouée à bâtir un Canada meilleur, ce à quoi chacun de vous contribue en mettant à profit votre vécu. Je le crois profondément et sincèrement.

Honorables sénateurs, ce que nous faisons ici a de l’importance, car nous consacrons notre temps à améliorer les projets de loi, à étudier et à analyser les enjeux de l’heure en comité dans une optique collective éclairée par les conseils et l’expérience d’experts. Notre travail a de l’importance parce que nous travaillons en collaboration et avons le temps de le faire.

J’ai toujours été un homme pressé. Or, le Sénat m’a appris que, ici, on peut en fait s’arrêter, apprendre à réellement écouter les autres et saisir l’essentiel d’une question avant de s’y engager à fond.

Comme vous tous, j’ai néanmoins eu une vie avant le Sénat. Je suis arrivé au Sénat avec un bagage d’expériences dont j’avais tiré des leçons. En tant que correspondant à l’étranger pour le réseau d’actualités national de la CTV, j’ai été témoin des pires aspects de l’humanité et des meilleurs aspects de l’humanité. J’ai vu de l’amour et j’ai vu de la haine. C’est le meilleur de l’humanité qui m’inspire et c’est parfois le pire de l’humanité qui me fait passer à l’action.

Durant mon enfance dans le nord du Nouveau-Brunswick, dans les années 1950, j’ai nourri mon imagination et ma curiosité. Je me demandais comment était le monde au-delà des frontières de ma ville natale, Campbellton. J’étais aventureux et espiègle. J’adorais le hockey et j’étais un fier rat de patinoire. La radio et les journaux étaient pour moi des sources de connaissances et de rêves. Nous n’avions pas de télévision. En fait, il y avait très peu de télévisions dans ma ville. Nous avions toutefois des enseignants qui donnaient vie au monde en dehors de ma petite ville et qui savaient satisfaire la curiosité d’un jeune enfant au sujet du Canada et du monde entier.

En septième année, une enseignante suppléante a passé une année entière à nous enseigner la Chine, où elle avait vécu pendant un an. J’étais loin de me douter que, 30 ans plus tard, je vivrais à Pékin et que je découvrirais tous les coins d’un pays qui avait captivé mon imagination à l’âge de 12 ans.

Mon autre façon de découvrir le monde se trouvait devant chez moi, sur la plateforme de la gare ferroviaire de Campbellton, où arrivait le train de l’après-midi. J’ai vraiment l’impression que je vais avoir 75 ans maintenant. Alors que je regardais à travers la vapeur s’exhalant de la locomotive, je pouvais voir une pile de journaux — ma pile. Avant de livrer les journaux à mes clients, je dévorais chaque mot du Telegraph-Journal de Saint John. Mes clients étaient peut-être parfois agacés de recevoir leur journal tardivement, mais je satisfaisais ma curiosité de notre grand monde pour la journée.

À l’époque, une gare ferroviaire était le point d’entrée et de sortie du monde. Il permettait d’en prendre conscience. À un moment donné, il était question de politique. Imaginez un garçon de 12 ans emmitouflé dans des vêtements d’hiver en 1958, lors d’une année électorale, qui accompagne son père à la gare pour attendre l’arrivée du train de campagne. Imaginez la scène : la locomotive à vapeur et les banderoles politiques aux couleurs du parti qui recouvrent le dernier wagon. Qui est sorti du train? John Diefenbaker. J’ai essayé de lui serrer la main. J’ai vraiment essayé de lui serrer la main après son discours. Il ne m’a pas remarqué et ne m’a pas serré la main, peut-être à cause de ma taille, qui a fait l’objet de nombreux commentaires. Mon père a tenté de me consoler. Toutefois, quelques jours plus tard — et je regrette d’avoir à le dire, sénateur Plett —, un scénario semblable s’est reproduit avec Lester Pearson. Après son discours électoral, je lui ai présenté ma main. Cette fois-ci, le politicien l’a serrée. On m’a dit que je suis un libéral depuis ce temps.

Des voix : Oh, oh!

Le sénateur Munson : La politique est entrée dans ma vie et elle a été un nouveau moyen de captiver ma curiosité et mon imagination. J’avais maintenant 19 ans et, comme on l’a dit, j’étais annonceur de radio à la station classique de 250 watts de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. Une fois de plus, John Diefenbaker a joué un rôle dans la réalisation de mon rêve de travailler un jour sur la Colline du Parlement à titre de reporter national. Il y avait une élection partielle. C’était en 1965 et Diefenbaker était en ville pour aider le candidat local — je n’ai jamais oublié son nom — John O. Bower. Il a gagné. Là, devant la station de radio, se trouvaient les journalistes dans leur imperméable, fumant leurs cigarettes et attendant l’arrivée du chef. Je me suis dit : « Peut-être que si je fais une bonne entrevue, quelqu’un le remarquera et m’offrira un emploi sur la Colline du Parlement? »

Ce n’est pas ce qui s’est produit, du moins, pas ce jour-là, ni à cette époque.

J’ai commencé mon entrevue en souhaitant la bienvenue à Yarmouth à M. Diefenbaker. J’ai terminé l’entrevue en le remerciant. En l’espace de 30 minutes, je ne lui avais posé aucune question. Avais-je eu le trac? Pensez-en ce que vous voulez, mais ce fut la meilleure entrevue de toute ma carrière. Mes auditeurs ont bien ri, et j’ai eu une leçon d’humilité.

En passant, mon vocabulaire et ma compréhension de la politique et de l’économie n’étaient pas très élaborés à l’époque. Je me préoccupais plus d’économiser suffisamment sur ma paie hebdomadaire de 36 $ pour pouvoir m’acheter quelques bières le vendredi soir.

Un jour, en lisant le bulletin de nouvelles du midi, je me suis buté à un mot que je n’avais jamais vu auparavant. Rappelez-vous, nous étions en 1965. J’ai dit : « Le premier ministre Lester B. Pearson a déclaré aujourd’hui que les Canadiens pourraient devoir se serrer la ceinture parce que nous allons probablement tous souffrir d’une grave in-fa-la-tion. » Je n’ai pas dit « inflation », mais « infalation ». Je pensais qu’il s’agissait d’un trouble de la digestion. Je n’avais aucune idée de ce que je lisais et ce n’est pas la dernière fois où cela m’est arrivé dans la vie. Ce jour-là, les auditeurs ont bien rigolé et j’ai eu une autre leçon d’humilité.

Pendant ces années de radio, j’ai découvert des mentors et des copains fantastiques. J’ai découvert des communautés accueillantes et des gestes de générosité. J’ai vu des gestes d’amour et j’ai rencontré l’amour de ma vie, Ginette.

Ce long chemin a aussi été marqué par la mort d’un enfant et la naissance de deux autres fils. La vie semblait vraiment cruelle dans les années 1960, lorsque Timothy James Alexander Munson est décédé à l’âge de neuf mois. Comme on l’a déjà dit, il était atteint du syndrome de Down et souffrait d’une pneumonie. Sa courte vie m’a inspiré et a guidé tout ce que j’ai fait pour défendre les droits des enfants, des enfants handicapés, de ceux qui vivent dans le monde unique et spécial de l’autisme et, bien sûr, de ceux qui s’épanouissent dans l’organisation qui a été au cœur de toute ma vie au Sénat, les Jeux olympiques spéciaux.

Pendant 17 ans, j’ai souvent côtoyé les athlètes des Jeux olympiques spéciaux. Peu importe si nous étions près de Navan, en Ontario, ou à Nagano, au Japon, chaque fois qu’un athlète me serrait dans ses bras, c’était un moment rempli d’amour, rempli de la joie du moment présent et de la devise des Jeux olympiques spéciaux : « Donnez-moi l’occasion de gagner. Mais si je n’y arrive pas, donnez-moi la chance de concourir avec courage ».

Dans le monde inclusif des Jeux olympiques spéciaux, c’est ce qu’on appelle être un vrai gagnant.

Honorables sénateurs, je sais que chacun d’entre vous a une histoire à raconter. Vos expériences de vie continuent de guider mon propre parcours et mon engagement envers les personnes qui vivent avec l’autisme. Vous, sénatrice Wanda Bernard, ainsi que votre petit-fils; vous, sénateur Peter Boehm, ainsi que votre fils; vous, sénateur Cotter, ainsi que votre fille; et vous, sénateur Leo Housakos, qui travaillez auprès de l’école À pas de géant, à Montréal, vous êtes tous mes guides. Je pense à tous ceux d’entre vous qui ont un proche ou un voisin qui vit avec l’autisme. Je pense aux gestes qui sont posés au quotidien pour aider ces personnes.

Ces efforts m’ont permis de créer des liens avec vous et avec presque tous les organismes du pays qui viennent en aide aux personnes qui vivent avec l’autisme, en particulier l’Alliance canadienne des troubles du spectre autistique, ainsi que l’organisme QuickStart Autism, qui se trouve ici même, à Ottawa. Merci. Chaque année, nous avons pris la Colline d’assaut pour livrer notre message, et je pense que les politiciens nous ont enfin écoutés.

Grâce à notre volonté collective, nous sommes sur le point de mettre en œuvre une stratégie nationale pour l’autisme. Cette initiative est maintenant entre les mains du gouvernement. Par ailleurs, le rapport Payer maintenant ou payer plus tard : Les familles d’enfants autistes en crise, auquel j’ai collaboré avec fierté, a alimenté la discussion et a servi de modèle pour les personnes qui vivent avec l’autisme. Il a jeté des bases sur lesquelles nous pouvons prendre appui.

Les droits de la personne et l’inclusion dans notre société sont des idées puissantes porteuses de changement, de transformation et d’action. C’est pourquoi je suis fier de mon projet de loi d’initiative parlementaire, qui est devenu une loi il y a quelques années. La reconnaissance de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, soulignée le 2 avril, a non seulement fait connaître le milieu de l’autisme, mais je crois qu’elle a contribué à la création d’un milieu accueillant pour ceux qui sont atteints d’autisme.

À vous, amis de l’Alliance canadienne des troubles du spectre autistique, aux autres organisations sur l’autisme, ainsi qu’aux défenseurs de l’autisme et des familles, vous avez été le moteur de la vision, de la connaissance, de l’expertise et de la sagesse qui nous ont permis d’arriver ensemble à ces réalisations. Je vous remercie humblement.

L’inclusion mène à des vies productives pour tous les Canadiens. Nous ne devons jamais oublier que 6,2 millions de Canadiens vivent avec au moins un handicap. Cela représente 22 % de notre population; un Canadien sur cinq vit avec un handicap.

Je crois qu’un des épisodes dont je suis le plus fier au Sénat du Canada, c’est d’avoir contribué à piloter la Loi canadienne sur l’accessibilité au Sénat, afin d’en faire une loi. Souvenez-vous, sénateurs, que nous y avons apporté des amendements pour transformer un bon projet de loi en une loi encore meilleure.

Bien entendu, il reste encore beaucoup à faire. Toutefois, comme je l’ai dit au début de mon discours, vous disposez des connaissances, de la sagesse, de l’expérience et du temps nécessaires pour rendre le pays plus inclusif, et pour en faire un pays où les personnes qui vivent avec une différence sont en mesure de participer pleinement à la société.

Pendant ma carrière de journaliste, j’ai été témoin du bon comme du mauvais et j’en ai fait des reportages. La plupart du temps, mon travail me remplissait d’énergie. Parfois, j’avais peur. Le plus souvent, j’étais conscient que je voyais l’histoire s’écrire. J’ai été stupéfié par l’instinct de survie et la force de l’être humain. Je pense à des événements qui se sont déroulés à Belfast, à Beyrouth et à Pékin, à l’assassinat du ministre du Québec Pierre Laporte pendant la crise du FLQ, à l’assassinat d’Indira Gandhi, à la première guerre du Golfe, à la guerre entre l’Iran et l’Irak, et à la couverture de nombreuses campagnes électorales brutales. J’ai eu le privilège d’avoir cette fenêtre sur le monde.

Les questions qui me venaient à l’esprit portaient toujours sur les gens : quelles sont les répercussions de ces événements sur la vie des gens ordinaires? Je me posais cette question tous les jours alors que je préparais un reportage. Pendant ces 35 années, où j’ai côtoyé de véritables professionnels à la radio et à CTV, j’ai appris à travailler fort et j’ai développé les compétences essentielles d’un journaliste.

Je tiens à saluer un vieil ami, Sidney Margles, de Montréal. Après nos débuts à la radio à Montréal, nous avons travaillé ensemble à Standard Broadcast News, à Ottawa. Il m’a montré les premières étapes à franchir : devenir un peu plus dur, devenir un peu plus percutant et respecter l’heure de tombée. On ne peut pas dépasser l’heure de tombée. Les bulletins de nouvelles ne sont pas diffusés à 23 h 5, mais bien à 23 heures précises.

Parmi les professionnels de l’information qui m’ont profondément influencé, je tiens à saluer Tim Kotcheff, Lloyd Robertson, Craig Oliver et tant d’autres. Et vous, Pamela, ainsi que le sénateur Duffy. Il est si important de rendre hommage aux autres. Merci pour le travail que vous avez accompli dans le monde du journalisme.

Vous savez qui vous êtes. Je ne peux pas nommer tout le monde. Je voudrais remercier les producteurs et les équipes qui travaillent dur dans les bureaux et les principales salles de rédaction de Toronto. Je tiens particulièrement à remercier John Konig, François Bisson et Mike Nolan, le producteur et les cameramen qui ont été mes yeux, sur la route. Vous m’avez aidé à écrire les histoires et à les montrer. Vous m’avez façonné.

Il y a une personne spéciale dans ma vie et c’est Roger Smith, mon ancien collègue du réseau CTV. Merci, Roger, d’avoir toujours été de mon côté, dans la vie et sur la patinoire.

Pendant les cinq années où j’ai vécu et travaillé en Chine, notre famille n’aurait pas pu survivre sans les conseils et le soutien de notre interprète sur place, Zhao Feng Yu, aujourd’hui Frank Zhao. Aujourd’hui, il est canadien et les choses vont plutôt bien pour lui. J’apprécie vraiment M. Zhao. Lorsque je suis arrivé, avec Ginette, à l’aéroport, en Chine — d’autres reporters s’étaient présentés en même temps : Dennis Macintosh, Tom Clark, Roger et d’autres — il m’a dit, après m’avoir regardé et que je lui ai rendu son regard : « Enfin, un journaliste à qui je peux parler face à face. » Il voulait dire que nous étions de la même taille. Il était tellement heureux de me rencontrer.

En parlant de Canadiens et des personnes merveilleuses avec qui j’entretiens une amitié profonde et éternelle, j’aimerais saluer Don Connolly, Kevin Ryan, Ron MacIsaac, Steven Boyd et Robert McKelvie, qui nous manquera toujours. Je salue ces amis de la Nouvelle-Écosse et des Maritimes, des amis qui m’ont appuyé tout au long de ma vie et qui ont vécu avec moi tant d’aventures.

Dans les années 1970, au début des années 1980 et plus tard, vers la fin des années 1990, en compagnie de mes collègues de la tribune de la presse sur la Colline du Parlement — soit dit en passant, nous n’avions pas de dîners prolongés, mais nous avions des soirées prolongées le vendredi — à l’insu du Cercle des journalistes, j’ai mis à l’essai mes aptitudes de commando des couloirs, pourchassant et interceptant des politiciens afin d’obtenir une déclaration ou un extrait vidéo. J’ai appris l’histoire sur le pouce ou History on the Run, pour reprendre le titre d’un documentaire de Peter Raymont, parrainé par l’Office national du film, concernant l’élection générale de 1979 et la dynamique entre quatre journalistes, y compris moi-même, et Pierre Elliott Trudeau et Joe Clark. C’est ce qu’on appelle apprendre sa profession sur le tas. Bien des histoires colorées ont vu le jour à cette époque. Un jour, elles figureront peut-être dans un livre.

Plus tard, à titre de correspondant à l’étranger, respecter les heures de tombée et composer avec la mort était un défi en soi, mais une question est demeurée sans réponse : qu’advient-il le lendemain pour les personnes qui ne font pas les manchettes? Je vous raconte une histoire qui m’a particulièrement touché.

Transportons-nous à Phnom Penh, au Cambodge, au début des années 1990, dans les ruelles de cette ville torturée où des êtres humains luttaient pour leur survie. Des bébés orphelins, dont bon nombre étaient manifestement atteints d’un handicap étaient jetés dans des poubelles. Une Canadienne nommée Naomi Bronstein, qui venait de Montréal, dirigeait un orphelinat au cœur de cette ville assiégée. Elle sauvait des vies. J’ai raconté son histoire et celle des bébés à la télévision. Qui adopterait ces bébés? Vivraient-ils assez longtemps pour être adoptés? Est-ce quelqu’un se souciait de leur sort? C’est l’histoire qui m’a le plus touchée et a influencé tout le reste de ma vie. Je m’étais dit que, si plus tard dans ma vie, j’étais en mesure de faire plus que raconter des histoires, je ferais quelque chose pour l’amour des enfants.

Après huit ans à l’étranger, CTV m’a ramené au Canada. Premièrement à Halifax, où je travaillais avec les membres de mon équipe, Gord Danielson et Charlie MacDonald, puis de nouveau à Ottawa. Un jour, j’étais en train de travailler d’arrache-pied à la préparation de mon prochain reportage sur la Colline sans savoir que j’allais y trouver bientôt une autre vie que celle de journaliste. Par sa nature même, le milieu de l’information peut être cruel parfois. En 2001, j’ai perdu mon emploi. À 55 ans, qu’est-ce qui pouvait m’attendre?

Je n’oublierai jamais l’appel du premier ministre qui a changé ma vie. Comme je l’ai dit, au début, il y a eu John Diefenbaker et Lester Pearson et, avant d’aller à l’étranger, il y a eu Pierre Trudeau, Joe Clark et Brian Mulroney, dont j’ai couvert les campagnes électorales et les gouvernements en tant que journaliste. J’aimais la politique — je ne voulais pas être un politicien, mais j’ai toujours été fasciné par le rôle que jouent les politiciens et les partis politiques dans nos vies. J’aimais les histoires et j’aimais les raconter dans mon journalisme.

Un matin, j’ai reçu un appel du Cabinet du premier ministre. Je n’oublierai jamais sa voix : « Jimmy! » Parfois, m’a-t-il dit, t’étais un bon gars, et d’autres fois pas mal moins, mais je t’aime bien. Aimerais-tu venir travailler pour moi? J’ai hésité. J’étais au chômage à 55 ans. Pourquoi irais-je travailler, comme on dit dans le milieu journalistique, pour les forces obscures? Sans la sagesse de mon épouse, j’aurais peut-être été au chômage pendant longtemps.

C’est à ce moment-là que j’ai eu une illumination. Travailler avec le premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, a été le plus grand privilège de ma vie. Il m’a redonné une vie que je croyais avoir perdue. Il a donné un sens à ma vie et, pendant près de deux ans, j’ai évolué dans un monde où les décisions prises comptaient pour tous les Canadiens et bien d’autres gens à l’étranger. J’étais dans la salle où on a pris la décision de ne pas participer à la guerre en Iraq. Jean Chrétien était un homme de décision : humble, très intelligent, fier et acharné. C’est l’un des grands premiers ministres que le Canada a eus. M. Chrétien a bien servi son pays, et j’ai eu l’honneur de travailler pour lui, de concert avec l’équipe incroyable qui dirigeait son Cabinet. Depuis lors, beaucoup sont demeurés de bons amis. Vous savez qui vous êtes, et je vous remercie de votre amitié. Surtout, je tiens à saluer mes trois amigos, Bruce Hartley, Stephen Hogue et Paul Genest.

Pour en revenir au Sénat, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Ma nomination au Sénat m’a offert une tribune dont je n’aurais jamais cru pouvoir disposer. Honorables sénateurs, vous souvenez-vous de votre première journée au Sénat, de l’énervement, de l’attente et même de fébrilité? Vous êtes entouré des membres de votre famille, qui vous aiment. Comme le veut la tradition, un sénateur d’expérience vous escorte, un sénateur que vous respectez ou que vous connaissez. Vous regardez autour de vous et vous vous demandez — cela m’arrive encore — : comment suis-je arrivé ici? Comme je vous l’ai dit, c’est l’ex-sénatrice Landon Pearson qui a agrippé mon bras pour me faire entrer dans le Sénat. C’était tout simplement mon héroïne, une défenseure des droits des enfants. Elle était intelligente, chaleureuse et gentille, et elle était pour moi l’exemple de ce qu’on pouvait accomplir ici. Grande défenseure des droits des enfants bien avant son arrivée au Sénat, elle n’a pas perdu de temps avant de faire la promotion des droits des enfants énoncés dans la Convention des Nations unies. J’ai pensé encore une fois aux enfants avec qui j’avais grandi et qui avaient vécu dans la pauvreté. J’ai pensé aux bébés orphelins au Cambodge. J’ai pensé à un nourrisson décédé il y a longtemps. Ensuite, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour essayer de changer la vie des enfants.

Comme cela a été dit, après Mme Pearson, nous avons pris la relève pour encadrer chaque année les célébrations de la Journée nationale de l’enfant. Imaginez l’ancienne salle du Sénat remplie d’enfants le 20 novembre. C’était l’occasion d’exprimer leur voix et de nous montrer la voie et, pour nous, de se porter à leur défense. Comme le disait Mme Pearson, chaque enfant est une nouvelle chance pour l’humanité. Alors que je m’apprête à partir, j’espère que l’un d’entre vous — ou plutôt une personne de chaque groupe ou caucus — se joindra à l’effort déployé pour raviver cette célébration et la reconnaissance de l’enfant. Il reste toutefois du travail à faire.

D’abord, en collaboration avec l’incomparable ancienne sénatrice Raynell Andreychuk, il y a eu le rapport Les enfants : des citoyens sans voix et l’appel en vue de créer un poste de commissaire national à l’enfance. Aujourd’hui, grâce au travail de la sénatrice Rosemary Moodie, j’espère, sénateurs, que cet appel sera entendu. J’espère que le gouvernement écoutera vraiment. Nous l’avons dit et répété : le pays a besoin d’un commissaire national à l’enfance.

Je vais continuer de regarder le monde avec les yeux d’un enfant. Si Landon Pearson, par le biais de son centre d’étude de l’enfance et des droits des enfants à l’Université Carleton, peut continuer de le faire à l’âge de 90 ans, pourquoi pas moi? Tout ce qu’il faut, c’est un peu de temps.

Cela me rappelle une anecdote avec M. Chrétien, dans le nord du Nouveau-Brunswick, après un événement tenu à Bathurst. Nous étions sur une route de campagne, en chemin vers l’aéroport. Il a demandé que l’on arrête la voiture. Il voulait rencontrer des gens qui se tenaient debout près d’une clôture. C’était une journée d’un froid cinglant typique du nord du Nouveau-Brunswick, mais il insistait pour sortir. J’avais froid et j’ai choisi de demeurer dans la voiture. Il s’est entretenu avec eux pendant environ 25 minutes, sans caméra autour. Je lui ai dit : « M. Chrétien, c’est un beau geste que vous venez de poser. C’est aimable de votre part. » Il m’a regardé et il m’a répondu : « Qu’est-ce que cela m’a coûté, Jimmy? Du temps. » J’ai conservé cette leçon dans mon cœur. Tout ce qu’il faut, c’est un peu de temps — s’arrêter, écouter et prêter attention aux autres. C’est un conseil que j’ai adopté.

J’ai beaucoup appris au Sénat, mais je dois maintenant parler franchement. Malgré toutes les possibilités que j’ai eues de me renseigner sur le monde et mon pays, malgré toutes les occasions de montrer davantage de curiosité et d’intérêt envers les Premières Nations et leurs communautés, je ne leur ai pas prêté suffisamment attention. Imaginez : j’étais un journaliste plein de curiosité et de questions, et je n’ai jamais assez prêté attention.

Au milieu des années 1990, j’ai couvert une nouvelle majeure à Davis Inlet, au Labrador. Des enfants innus de Davis Inlet étaient devenus accrocs en respirant des vapeurs d’essence. J’étais très empathique. J’ai écrit de nombreux articles sur la question, mais je n’avais pas vraiment compris ce qui sous-tendait ce drame : le racisme systémique et le fait que tout un système avait volé la vie de familles, de communautés et d’enfants autochtones. Je ne connaissais pas bien l’histoire de mon pays.

Ce n’est qu’en 2004, lorsque je suis entré au Sénat, que j’ai vraiment commencé à écouter. J’ai rencontré les anciens sénateurs Charlie Watt et Willie Adams, et la sénatrice Lovelace Nicholas. Je suis également devenu membre du Comité des peuples autochtones. Lillian Dyck — mon Dieu, elle me manque — a été un mentor et une conseillère. J’ai acquis une meilleure compréhension des questions autochtones.

En fait, la connaissance est le fondement de la compréhension. Grâce à l’aide de la sénatrice Dyck et d’autres sénateurs autochtones, j’ai découvert les droits des peuples autochtones et la véritable histoire du Canada. J’ose espérer que les sénateurs autochtones dans cette enceinte me pardonnent de ne pas avoir été mieux informé plus tôt dans la vie.

Mais on n’est jamais trop vieux pour apprendre, n’est-ce pas? Je suis reconnaissant envers mes collègues du Sénat pour ce qu’ils m’ont enseigné. Aujourd’hui, nous sommes tous en état de choc, et je vais avoir du mal à en parler. Je croyais que ce serait facile, mais c’est tout le contraire. Il est vraiment difficile d’exprimer le choc que nous avons ressenti à la découverte des tombes de 215 enfants du pensionnat autochtone de Kamloops.

Les enfants autochtones de Kamloops font éclater la vérité. Leur esprit est vivant, et il nous parle. Le Canada est en état de choc. L’ensemble de la population réalise enfin le traitement injuste qui a été réservé aux Premières Nations. Tout le monde parle de notre histoire avec tristesse et colère.

Je crois que la réconciliation est la responsabilité de tous les Canadiens. Je dis bien la responsabilité de tous. Nous devons réapprendre notre histoire. Nous devons apprendre cette histoire.

Notre ancien collègue Murray Sinclair compte parmi les éminents sénateurs dont les enseignements ont eu une grande importance pour nous. Il a présidé la Commission de vérité et réconciliation. Les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation contiennent une invitation à agir qui nous est tous destinée. En présentant les conclusions de la commission, le sénateur Sinclair a dit ceci :

[…] nous vous avons décrit une montagne, nous vous avons montré comment vous rendre au sommet et nous vous demandons maintenant de la gravir.

Honorables sénateurs, comment peut-il y avoir une réconciliation alors que nous sommes encore nombreux à en savoir peu sur l’histoire des Premières Nations?

Les Premières Nations du Québec ont perdu dernièrement un grand sage et un communicateur formidable en la personne de l’anthropologue et écrivain Serge Bouchard. Il n’est pas tellement connu dans le Canada anglais mais, si vous souhaitez voir la version anglaise de ses documentaires, vous pouvez chercher le nom « Serge Bouchard » sur Internet et écouter ce qu’il avait à dire. Pendant 30 ans, il a partagé ses connaissances avec son auditoire le dimanche soir, à Radio-Canada, à propos du Nord, des Premières Nations et de la vie en général. C’était un grand ami des peuples autochtones et il avait un vaste public. La leçon qu’il nous a transmise, c’est d’être curieux, d’écouter et de traiter chaque personne avec respect et bienveillance, comme un être bel et bien unique. C’était un vulgarisateur de l’histoire et de la mémoire. Ses livres sont un bon point de départ pour réapprendre notre histoire.

Pour reprendre la question que j’ai posée plus tôt, comment peut-il y avoir une réconciliation alors que nous sommes encore nombreux à en savoir peu sur l’histoire des Premières Nations? Est-ce trop nous demander, à nous, les Canadiens, de répondre individuellement et collectivement à l’appel à l’action 62 et d’apprendre à voir notre relation avec les Premières Nations autrement?

À la suite de la terrible tragédie survenue à London, en Ontario, je tiens aussi à dire à la communauté musulmane du Canada que je souffre avec elle. Nous tous au Sénat partageons sa souffrance.

Je tiens à adresser ces mots à mon honorable collègue la sénatrice Salma Ataullahjan. Salma, vous avez été pour moi une amie précieuse. N’oubliez jamais que vous ne serez jamais seule pour porter ce deuil. Nous serons là pour vous aider à vous en remettre. L’amour l’emportera toujours sur la haine.

Il y a tant de personnes à remercier. Dans mon bureau seulement, j’ai pu compter, au cours des 17 dernières années, sur la confiance et les services attentionnés de plusieurs conseillers. Je pense notamment à Alex Asselin, Amélie Crosson, Andrée Chenard, Marie Russell, Elizabeth Laforest et Christian Dicks, qui ont fait preuve d’un dévouement exceptionnel. Je suis encore accompagné de deux anges — l’une de ces personnes est assise ici — qui me guident, qui veillent sur moi et qui m’aident à rester calme — quand c’est possible — et organisé : Lisa Thibedeau et Lillian Kruzsely.

Ma chère Lisa, qui m’a accompagné pendant la plus grande partie de mon mandat au Sénat, mettra bientôt au monde une nouvelle petite personne; c’est incroyable. Comme l’a déclaré l’ancienne sénatrice Landon Pearson, chaque enfant donne une nouvelle chance à toute l’humanité. Lisa, je vous offre, ainsi qu’à Chris, tous mes vœux de bonheur. Il n’y a rien, en ce bas monde, comme l’amour d’un enfant.

Lillian, vous êtes la personne la plus talentueuse qui soit pour m’aider à tout mettre en ordre dans mon bureau avant mon départ. Nous avons deux mois, mais il nous faudra peut-être plus de temps.

Je remercie Lisa et Lillian de m’avoir accompagné à distance durant cette période très exigeante et chargée. Je ne sais pas comment je m’en sortirai sans vous.

Je m’en voudrais d’oublier les stagiaires qui ont passé leur été avec nous et qui se trouvent maintenant à l’aube d’une nouvelle carrière. Je m’adresse à eux et je leur dis : j’espère que votre séjour parmi nous vous sera utile au cours de votre vie. Je sais que votre travail avec nous vous a donné un aperçu du paysage politique et vous a permis d’appréhender sous un angle particulier la condition de citoyen canadien.

Il y a aussi Michael Trinque. Tout le monde a déjà rencontré Michael dans les corridors du Sénat. Comme vous le savez, Michael est atteint du syndrome de Down. Il fait partie de notre équipe depuis 12 ans. Michael nous a apporté de l’affection et du dévouement. Il nous a permis de comprendre que nous sommes tous dans le même bateau, comme le veut l’expression. C’est le bateau de l’inclusion. Comme l’a mentionné la sénatrice Cordy, Michael ne se retrouvera pas au chômage, car il se joindra à l’équipe de la sénatrice Coyle.

Sénatrice Coyle, je souhaite que votre exemple incite d’autres sénateurs à faire de la place à ceux qui ont la capacité — quoiqu’ils soient handicapés — d’apporter une contribution valable à ce que nous faisons.

Parlant de valeur, honorables sénateurs, il n’y a rien de plus précieux que les nouvelles amitiés que j’ai nouées au Sénat. J’ai particulièrement apprécié les cercles d’amis qui s’y créent : les amitiés au comité, les amitiés au caucus et les amitiés tout court. Je regarde la sénatrice Martin et ce que je vois, c’est une amie. Vous avez tous enrichi ma vie. Vous avez égayé ma vie.

Merci, Terry Mercer, d’être qui vous êtes. Nous sommes arrivés au Sénat le même jour. On peut dire que nous sommes des voisins de banquette pour la vie. Bien sûr, l’expérience que notre petit groupe combatif a vécue sous la direction de Jane Cordy a été intéressante. Nous verrons quelles nouvelles expériences vivront les sénateurs dans le futur.

Je veux exprimer toute ma gratitude pour le personnel de l’Administration du Sénat. Vous êtes des fonctionnaires loyaux et dévoués qui veulent assurer le bon fonctionnement du Sénat. J’ai été témoin de votre professionnalisme et de votre dévouement. Qu’il s’agisse d’un petit bonjour amical le matin, d’une conversation informelle ou de conseils donnés en tant que spécialistes, vous avez toujours été là pour m’épauler. Chaque jour, vous donnez l’exemple de ce que signifie réellement la fonction publique.

Monsieur le Président Furey, vous êtes un président gentil et attentionné et un leader sage. Vous représentez la modernisation du Sénat et vous guidez cette institution dans son évolution. J’apprécie votre amitié. Vous avez dirigé nos travaux avec respect, grâce et dignité.

Je veux dire aux pages que j’ai aimé entendre leurs histoires, leurs rêves et leurs aspirations. Je vous remercie de votre aide. Gardez toujours en vous la curiosité de savoir ce que la vie vous réserve.

Pensez à donner un peu de votre temps aux gardiens de sécurité à l’extérieur et aux chauffeurs de nos petits autobus — nous les voyons tous les jours et je sais que vous le faites parfois — et écoutez ce qu’ils ont à dire. C’est important. Ils font un travail immense pour nous protéger et nous amener là où nous devons aller.

Quant à la prochaine étape de ma vie professionnelle, je suis heureux de vous informer qu’il existe un avenir après 75 ans. En effet, le 15 juillet, le lendemain de ma date de retraite obligatoire, j’entrerai en fonction comme cadre en résidence à l’École de commerce Peter B. Gustavson de l’Université de Victoria. J’ai demandé s’il était possible de remplacer le titre de « cadre » par celui de « sage », mais on m’a dit que non. Je serai aussi conseiller spécial du Forum de Victoria. C’est ce qu’on appelle un petit boulot à temps partiel.

Je sais que vous connaissez le Forum de Victoria parce que de nombreux sénateurs ont participé par le passé à ses assemblées plénières et webinaires. Le prochain forum se déroulera du 20 au 22 avril 2022. Il portera sur le thème du territoire, de la vérité et de la confiance, et il réunira des décideurs, des chefs d’entreprise, des universitaires, des jeunes et des dirigeants de la société civile. Nous discuterons de l’ensemble des écarts et des dissensions qui existent au sein de la société canadienne, en ce qui concerne notamment l’identité, le territoire, la religion, la race, la situation économique, la culture et la politique. Le tout se terminera par la formulation de recommandations pour les dirigeants politiques.

Je suis très reconnaissant. Je sais que son père est décédé et qu’il ne peut donc pas être ici aujourd’hui, mais le sénateur Peter Boehm assurera la liaison entre le forum et le Sénat. Je ne serai donc pas complètement parti, Votre Honneur, parce que je travaillerai avec vous et Peter, et que je poursuivrai ce partenariat avec le Forum de Victoria.

Honorables sénateurs, les gens me disent : « Vous avez vécu beaucoup d’aventures et rencontré beaucoup de personnes importantes dans votre vie, comme Nelson Mandela et le Dalaï-Lama. Pourtant, il semble que ce sont les personnes les plus proches de vous, votre famille, votre communauté, vos collègues de travail, qui ont le plus d’influence sur vous, dans la vie. » C’est au sein de sa famille qu’on commence à prôner des valeurs qui nous suivront toute notre vie.

Mon père Eddie, ou Ed ou J.E., ministre de l’Église Unie, était le chef spirituel des congrégations qu’il servait. Il accompagnait les membres de ses congrégations tout au long du cycle de leur vie, du baptême des bébés au mariage des jeunes couples, en passant par le réconfort qu’il apportait aux malades à l’hôpital, et enfin le réconfort qu’il apportait aux familles lors de funérailles. C’était un homme plein d’empathie, que les graves difficultés qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse dans le petit village d’Alma, au Nouveau-Brunswick, avaient façonné. Ces valeurs s’apprennent.

Avant de parler de ma mère, j’ai un petit secret à vous confier avant de terminer. Dans la congrégation de mon père, parce que j’étais assez rebelle et que je remettais beaucoup de choses en question, un jour, un membre de la congrégation m’a dit : « Tu ne seras jamais le digne successeur de ton père. » Eh bien, sénateur, il a été dit il y a un instant que je ne serais jamais le digne successeur de mon père, mais aujourd’hui je suis ses traces. Je lui ai emboîté le pas et nos pas s’ajustent parfaitement. La piste qu’il a laissée m’a permis de bien m’ancrer dans la réalité.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ma mère, Dora, était petite, mais déterminée. Elle était ferme, mais bienveillante, et fougueuse. Elle adorait les gens et s’entendait bien avec tout le monde, et c’était réciproque.

En bons enfants de pasteur, mon frère David, ma sœur Mary et moi avons dû développer une grande résilience au fait de toujours avoir l’impression de vivre dans un bocal en verre. Tous les trois, nous avons perpétué les valeurs d’amour et de liens familiaux. Nous sommes tissés serré. Simplement dit, nous nous adorons. Nos parents seraient fiers des quatre petits-enfants et des deux arrière-petits-enfants qu’ils ont jusqu’à présent.

Ma famille comprend les sœurs de Ginette, Françoise et Denise, ainsi que mon beau-frère, André, qui fait partie de l’imposant clan des Aubut. Ils viennent de la « république » du Madawaska. Ils en parlent comme d’une république, mais c’est bel et bien au Nouveau-Brunswick, au Canada. C’est de là qu’ils viennent et ils forment une part importante de ma vie.

Je ne sais pas quelle partie choisir, car je ne serai peut-être pas capable de finir les quatre dernières pages. J’ai presque fini. Ginette, bien sûr, a été l’amour de ma vie, avec les deux garçons qui sont ici : James, mais nous l’appelons Jamie, et Claude Mathieu, que nous appelons Claude. Nous sommes tellement chanceux de recevoir le cadeau d’un enfant, de deux enfants, plus tard dans la vie après avoir perdu Timmy. À toi, Ginette, et aux garçons, je n’ai qu’une seule chose à dire : je vous aime tellement. Vous m’avez aidé à garder la tête froide. Vous avez compris mon étrange sens de l’humour. S’il y a une chose qui compte dans la vie, c’est la famille. Je voudrais dire à tous les sénateurs : chaque jour, quand vous rentrez chez vous, embrassez vos enfants. Je te fais gros câlin affectueux, Ginette.

J’éprouve une énorme gratitude pour la tribune que le Sénat m’a offerte afin de sensibiliser la population à ce qui améliore la vie des gens, mais aussi à l’égard de la déficience intellectuelle, du pouvoir des Jeux olympiques spéciaux, des familles qui vivent avec l’autisme, du pouvoir de la défense des droits, et j’en passe.

L’un des derniers grands privilèges que j’ai eus au Sénat a été de parrainer le projet de loi sur la Semaine de la gentillesse le mois dernier. Inspiré par le rabbin Reuven Bulka, un des chefs spirituels d’Ottawa et le cofondateur du Kindness Project, je suis passé à l’action et, avec l’appui unanime de la Chambre des communes et, bien sûr, celui du Sénat, c’était acquis : ce fut fait. Un projet de loi pour créer la Semaine de la gentillesse au Canada a été adopté par le Parlement, avec l’aide de Michael Barrett du Parti conservateur et de la députée libérale Emmanuella Lambropoulos.

Qu’est-ce que la Semaine de la gentillesse? Pourquoi la gentillesse est si cruciale à notre bien-être en tant qu’individus et en tant que société? Pour paraphraser les propos du Dr Brian Goldman — oui, le médecin qui anime « White Coat, Black Art » à la radio de la CBC —, la gentillesse et l’empathie sont essentielles à notre vie de tous les jours. Dr Goldman, le journaliste, a publié un ouvrage sur la gentillesse et l’empathie en 2017. Tout ce dont on a besoin pour comprendre pourquoi la gentillesse est essentielle aux individus d’une société est contenu dans ce livre.

Pour ce qui est du projet de loi, je n’étais que le messager, car c’est le rabbin Bulka qui a présenté sa vision à l’échelle nationale : une semaine consacrée à répandre les connaissances sur la gentillesse et la manière dont elle change couramment des vies. Nous l’avons fait, rabbin, nous l’avons fait — une loi sur la gentillesse au pays, qui, je l’espère, sera une source d’inspiration pour d’autres pays. Le Canada : un endroit où des actes de gentillesse suscitent d’autres actes de gentillesse.

Récemment, nous avons perdu un employé du Sénat. Il s’appelait Ismaël Ocal et il occupait les fonctions de concierge. Il avait un fils autiste. Il était toujours souriant. Il était arrivé au Sénat bien avant moi. Nous aimions discuter ensemble, souvent. Ces conversations étaient très importantes pour moi. Elles donnaient un sens à notre présence au Sénat. Elles étaient empreintes d’humanité. Ismaël était l’un des nôtres.

Je vous remercie de votre patience. Je voulais vraiment avoir la chance de m’exprimer pour vous dire comment j’ai vécu les 17 dernières années et demie.

En terminant, au fil des ans, j’ai relu des lettres du frère de mon père, mon oncle Lloyd Munson, qui a été tué durant la Deuxième Guerre mondiale. Il faisait partie de l’Aviation royale canadienne en tant que membre d’équipage d’un bombardier Lancaster. Je suis né en 1946. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai pu connaître son esprit. Chaque année, je participe aux cérémonies au Monument commémoratif de guerre pour honorer sa mémoire, mais aussi pour rendre hommage à cinq de mes oncles qui, eux, sont revenus à la maison. On m’a donné le prénom d’oncle Lloyd. Mon nom complet est James Lloyd Munson.

Chaque lettre que mon oncle envoyait à mon père durant la Deuxième Guerre mondiale — lettres qui provenaient de l’Écosse, de l’Égypte ou du pays que l’on nommait Ceylan à l’époque — se terminait avec ces mots : « Au revoir pour le moment, Lloyd. »

Alors que j’entame un nouveau chapitre de ma vie, j’espère me laisser guider par les mots de Marcel Proust, qui a dit : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »

Honorables sénateurs, au revoir pour le moment. Faites preuve de gentillesse et cultivez votre joie de vie. Merci.

Des voix : Bravo!

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