Le discours du Trône—Motion d’adoption de l’Adresse en réponse – Sén Bernard

Par: L'hon. Wanda Thomas Bernard

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L’honorable Wanda Elaine Thomas Bernard : Honorables sénateurs, je souhaite prendre la parole aujourd’hui en réponse au discours du Trône.

L’année 2020 a été difficile, mais elle nous a aussi apporté un discours du Trône sans précédent qui porte notamment sur certaines réalités des Afro-Canadiens. C’était une première. Nous avons entendu bien des promesses en ce qui a trait à la lutte contre le racisme systémique. Maintenant que je suis au Sénat depuis un peu plus de quatre ans, j’aimerais faire des observations sur le racisme anti-Noirs dans notre institution et les efforts qui ont été faits dans la Chambre rouge.

Je vais m’appuyer sur deux principes afrocentristes pour faire des recommandations quant à l’approche que nous devrions suivre collectivement tout en faisant fond sur les réalisations des gens de tous les partis qui nous ont précédés.

Selon la Commission ontarienne des droits de la personne :

La discrimination raciale peut atteindre un niveau systémique ou institutionnel lorsqu’elle découle de règles et structures courantes qui n’ont pourtant pas été conçues pour créer une discrimination. Des comportements, des politiques et des pratiques habituels qui font partie intégrante des structures d’un organisme ou d’un secteur tout entier peuvent créer ou perpétuer des désavantages pour des groupes racialisés. Cela signifie que même si vous n’en aviez pas l’intention, vos méthodes « habituelles » peuvent avoir des répercussions négatives sur des personnes racialisées.

D’après cette définition, la question n’est pas de savoir si notre institution perpétue le racisme systémique, mais de déterminer comment pourfendre les tendances de racisme systémique. Bon nombre de personnes s’attendent à ce que les institutions fédérales tracent la voie à suivre.

L’honorable Murray Sinclair a dit qu’il considérait le Sénat comme un « conseil des aînés », et cette description me ravit. Honorables collègues, je vous exhorte vous aussi à nous considérer comme un conseil des aînés tandis que nous cherchons à trouver des solutions au sein de notre institution. Je suggère que nous adoptions une approche antiraciste conjuguée aux principes afrocentriques d’umoja, qui signifie unité, et d’ujima, qui signifie travail collectif et responsabilité.

En 2020, nous avons été témoins d’un mouvement mondial lors des manifestations de Black Lives Matter. Le discours du Trône a reconnu le racisme systémique et a promis de s’attaquer aux iniquités dans le système de justice pénale, les forces de l’ordre, la GRC et les services de police, de promouvoir l’équité et la diversité dans la fonction publique, de recueillir des données fondées sur la race et de favoriser le développement économique des communautés marginalisées.

Les lettres de mandat supplémentaires, qui ont été remises par le premier ministre en janvier 2021, reflètent les objectifs principaux énoncés dans le discours du Trône. Il y a entre autres l’engagement de soutenir la culture et le patrimoine des Noirs; de renforcer le Programme pour l’entrepreneuriat des communautés noires; d’accroître la participation des Noirs dans des rôles de direction au sein de la fonction publique; de revoir la Loi sur l’équité en matière d’emploi; et de mettre l’accent sur l’importance de prendre en compte l’analyse comparative entre les sexes plus dans tous les secteurs d’activité.

De nombreux dirigeants de tous les partis reconnaissent la présence persistante du racisme systémique. Cela dit, depuis que je siège au Sénat, je constate une absence générale d’unité, ou d’ujima. Sans cette notion d’unité, il est difficile de tracer clairement la voie à suivre et nos efforts deviennent désordonnés et isolés les uns des autres. Je suis fière de faire partie du nouveau groupe des sénateurs noirs. Nous sommes un petit groupe qui harmonise ses efforts à ceux du Caucus des parlementaires noirs. Tous les membres, quelle que soit leur allégeance politique, travaillent ensemble pour défendre les droits des Afro-Canadiens et veiller à leur avancement, tout en s’attaquant aux problèmes de racisme au Canada.

Il est temps de transformer les aspirations en actes. Je constate la bonne intention d’instaurer un changement systématique et que ce projet soulève un grand enthousiasme. Je ressens de l’espoir pour l’avenir; toutefois, à moins que des actes ne suivent ces paroles, j’entrevois un cycle répétitif d’alliances symboliques. Une alliance symbolique ou illusion d’alliance s’entend de la création d’une illusion d’alliance au moyen de paroles et de gestes non appuyés par des actes ou par un changement. Les alliances symboliques sont nuisibles puisque le travail se termine à son commencement, ce qui empêche le progrès vers un changement systémique. J’encourage les alliés à réfléchir à des actes personnels porteurs de changement et à approfondir leur compréhension des efforts antiracisme déployés par nos prédécesseurs.

Je m’appuie sur mes ancêtres, en particulier au Sénat. Deux anciens sénateurs néo-écossais d’origine africaine, feu l’honorable Calvin Ruck ainsi que l’honorable Don Oliver, ont lutté au Sénat contre le racisme bien avant juin 2020 et bien avant mon interpellation sur le racisme anti-Noirs, amorcée le 1er mai 2018. Ces anciens sénateurs ont tous deux souligné les réalisations de Canadiens noirs, notamment celles du 2e Bataillon de construction, ainsi que le Mois de l’histoire des Noirs. J’invite tous mes collègues à se familiariser avec le travail effectué par nos prédécesseurs plutôt que de réinventer la roue.

Chers collègues, il est temps d’agir. Il faut se concentrer sur les principes d’umoja et d’ujima — l’unité et le travail collectif et la responsabilité. Je vais emprunter une phrase à un autre groupe marginalisé : « Rien de ce qui nous concerne ne doit se faire sans nous. » Qu’il s’agisse des militants autochtones ou des défenseurs des droits des personnes handicapées, cette phrase met en évidence que ceux qui ont une identité marginalisée intersectionnelle ont le droit d’être consultés pour les enjeux qui les concernent directement et qu’il faut leur faire confiance. Je voudrais que nous cessions de dire que nous aspirons à un monde meilleur et de faire des déclarations pour la forme et que nous mettions en œuvre des mesures concrètes. Il faut exiger du gouvernement qu’il tienne les promesses qu’il a faites dans le discours du Trône et il faut absolument élaborer une approche unifiée qui permettra réellement de mettre fin au racisme systémique. Pour que des changements systémiques surviennent, un travail collectif est nécessaire; c’est l’ujima. Il est temps d’agir.

Merci.

Des voix : Bravo!

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