L’honorable Peter Harder : Honorables sénateurs, c’est en compagnie de mes collègues de l’autre côté de la salle que je souhaite souligner aujourd’hui la Journée de l’ourson témoin. Le dimanche 10 mai marquera le 10e anniversaire de la décision par laquelle le Tribunal canadien des droits de la personne ordonnait au gouvernement du Canada d’appliquer intégralement le principe de Jordan.
Ce principe doit son nom à Jordan River Anderson, un jeune garçon de la Nation crie de Norway House. Dès sa naissance, Jordan a eu besoin de soins médicaux complexes et il a passé la totalité de sa vie à l’hôpital, pendant que les gouvernements chicanaient sur l’instance qui devait payer ses soins. Il est mort à l’âge de 5 ans sans jamais avoir eu la chance de vivre dans un foyer aimant.
Son histoire est un rappel brutal de ce qui peut se produire quand on fait passer le processus avant l’intérêt de l’enfant.
Le principe de Jordan prévoit que les enfants des Premières Nations doivent avoir accès aux services dont ils ont besoin — que ce soit en santé, en éducation ou dans les domaines social et culturel — sans en être empêchés et sans que ces services soient retardés ou perturbés par un conflit ou différend. En principe, il s’agit d’un engagement assez simple : l’enfant avant tout le reste.
En février, grâce au leadership du sénateur Francis, le Sénat a fait du 10 mai la Journée de l’ourson témoin, c’est-à-dire une journée nationale d’action visant à honorer cet engagement. L’expression « ourson témoin » renvoie à l’amour que Jordan vouait aux oursons en peluche et elle est devenue un symbole de solidarité.
Cela dit, la Journée de l’ourson témoin va au-delà du symbolisme et du souvenir. Elle nous incite à agir. Elle a été créée pour que les choses changent pour vrai et que plus personne ne vive ce que Jordan a vécu.
Malgré les promesses du principe de Jordan, les enfants et les familles des Premières Nations continuent de se heurter à des obstacles systémiques : complexité des rapports entre les différentes instances, manque d’uniformité dans la mise en œuvre et longueur des délais administratifs.
Les récents changements au palier fédéral qui ont restreint l’admissibilité, combinés à un arriéré sans cesse croissant, ne font que rendre ces obstacles plus imposants. On force les enfants à attendre, ce qui est exactement l’inverse de l’objectif du principe de Jordan.
La Journée de l’ourson témoin est le moment pour nous de nous attaquer à cette disparité entre les promesses et la réalité. C’est le moment pour les gouvernements de voir si les mesures qu’ils prennent répondent vraiment aux besoins des enfants des Premières Nations. Elle nous rappelle à nous, législateurs, que nous devons écouter attentivement les dirigeants, les familles et les défenseurs des droits des Premières Nations qui continuent de poser des questions.
Souligner la date du 10 mai est important, mais cela ne suffit pas. Le principe de Jordan est plus qu’une simple politique. C’est une question de droits de la personne et une obligation à l’égard de la réconciliation et de la dignité de chaque enfant des Premières Nations.
Souligner la Journée de l’ourson témoin est l’occasion de rendre hommage à Jordan et à sa famille, de soutenir les enfants et les familles des Premières Nations de l’ensemble du pays et de réaffirmer le principe qui devrait tous nous unir : aucun enfant ne devrait souffrir parce que le système est incapable d’agir.
Merci.
Des voix : Bravo!

