L’honorable Amina Gerba : Honorables sénatrices et sénateurs, je tiens d’abord à remercier notre collègue, l’honorable sénateur Woo, d’avoir présenté cette motion exhortant le gouvernement à élaborer une stratégie nationale d’engagement des Canadiens et Canadiennes établis à l’étranger. Cette motion soulève une question simple mais essentielle : comment le Canada peut-il mieux reconnaître, mobiliser et valoriser les millions de ses citoyens qui vivent au-delà de ses frontières?
En 2023, Statistique Canada estimait que jusqu’à 5,6 millions de Canadiens vivraient à l’étranger, soit l’équivalent de la population de la Colombie-Britannique.
Le sénateur Woo a qualifié cette vaste communauté de « province du Canada dans le monde ».
L’image est particulièrement parlante. Si cette province avait un premier ministre, il se demanderait pourquoi la fédération investit si peu dans sa relation avec ses propres citoyens d’outre-mer.
Ces Canadiens vivent aux États-Unis, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique. Ils conservent leur citoyenneté, leur droit de vote et leur droit de retour au pays.
Pourtant, nous les considérons encore trop souvent comme des citoyens à assister en période de crise, plutôt que comme des partenaires stratégiques.
Nos services consulaires accomplissent un travail remarquable lorsqu’il faut protéger et aider nos concitoyens à l’étranger. Se limiter à cette dimension revient à s’intéresser au coût de l’assurance plutôt qu’à la valeur de la maison.
[Traduction]Cette motion ne demande pas la création d’un nouveau ministère ni l’ajout d’une autre couche de bureaucratie. Elle demande plutôt une vision, de la coordination et un objectif.
[Français]Le Canada dispose déjà d’ambassades, de hauts-commissariats, de délégués commerciaux, de réseaux universitaires et de services consulaires.
Ce qu’il manque, c’est une approche cohérente permettant de maintenir des liens durables avec les Canadiens établis à l’étranger et de mobiliser leur expertise au service de nos intérêts nationaux.
D’autres pays ont compris depuis longtemps la valeur stratégique de leur diaspora.
L’Irlande s’est dotée d’un ministre responsable de la diaspora et a adopté une approche pangouvernementale pour mobiliser ses ressortissants à travers le monde. Comme l’indique sa stratégie, je cite :
[Traduction]L’Irlande est une petite île d’une portée énorme. Notre diaspora incarne notre voix, nos valeurs et notre culture dans le monde entier.
[Français]L’Inde, le Kenya, le Sénégal et Israël ont également développé des structures spécialisées, afin de tirer parti des compétences, des réseaux et du potentiel économique de leurs communautés à l’étranger.
L’expérience de ces pays démontre qu’une stratégie claire peut transformer une communauté dispersée en puissant levier économique, diplomatique et culturel.
Je prends la parole aujourd’hui non seulement comme sénatrice, mais aussi comme entrepreneure d’origine camerounaise ayant consacré une grande partie de sa vie à bâtir des relations entre le Canada et l’Afrique.
Je sais ce que vaut un lien humain.
Lorsqu’une entreprise canadienne souhaite s’implanter à Dakar, à Abidjan, à Douala ou à Nairobi, elle dispose souvent de l’expertise et des produits nécessaires. Ce qui lui manque parfois, c’est une connaissance fine du terrain : savoir vers qui se tourner, quels réseaux mobiliser et comment établir la confiance indispensable à tout partenariat durable.
[Traduction]Pourtant, cette expertise existe déjà. Elle réside dans les Canadiens qui ont étudié, travaillé ou vécu ici avant de poursuivre leur carrière professionnelle ailleurs dans le monde.
[Français]Pensons à l’ingénieur, au chercheur, à l’entrepreneur ou au professionnel qui a étudié à Montréal, Ottawa, Moncton ou Toronto et qui œuvre aujourd’hui à l’étranger.
Cette personne connaît le Canada, ses institutions et sa culture d’affaires. Elle comprend également les réalités économiques, sociales et culturelles de son pays d’accueil. Elle est donc idéalement placée pour créer des liens.
Pour nos entreprises, c’est un avantage concurrentiel incroyable. Pour nos universités, c’est une porte vers de nouveaux partenariats en recherche et en éducation.
[Traduction]Les Canadiens qui vivent à l’étranger sont un atout précieux pour le Canada. Ils contribuent à renforcer nos relations diplomatiques, nos liens avec le Commonwealth et la Francophonie et notre engagement dans le monde. Ils forment également un réseau de confiance sur lequel le Canada peut s’appuyer pour établir des partenariats internationaux plus solides.
Le gouvernement du Canada a reconnu ce potentiel dans sa Stratégie du Canada pour l’Afrique de 2025, qui souligne l’importance de renforcer les liens entre les personnes et de travailler plus étroitement avec les diasporas. S’appuyant sur cet engagement, le Canada a l’occasion de mieux utiliser ces liens pour approfondir son engagement et renforcer ses partenariats à l’échelle de l’Afrique.
[Français]À mes yeux, ces Canadiens établis à l’étranger sont ce que le sénateur Woo appelle des « ambassadeurs non officiels ». Ils ne parlent pas au nom du gouvernement du Canada, mais ils contribuent à faire connaître notre pays, à ouvrir des portes et à créer des occasions de collaboration.
Une véritable stratégie devrait également renforcer leur participation à la vie démocratique.
Trop souvent, les Canadiens vivant à l’étranger se heurtent à des obstacles administratifs qui affaiblissent leur lien avec le pays. Nous pourrions notamment faciliter l’exercice du droit de vote à partir de nos ambassades, consulats et hauts-commissariats. Plusieurs démocraties ont déjà recours à leurs missions diplomatiques pour rapprocher les citoyens expatriés de leurs institutions. Une telle mesure renforcerait à la fois la participation électorale et le sentiment d’appartenance nationale.
[Traduction]Honorables sénateurs, un pays qui veut créer des partenariats solides et durables partout dans le monde doit d’abord reconnaître la valeur de ses propres citoyens, peu importe où ils vivent. De Hong Kong à Dakar, de Dubaï à São Paulo, des millions de Canadiens comprennent les marchés locaux, les cultures et les sociétés avec lesquels le Canada cherche à renforcer ses liens.
[Français]Ces Canadiens constituent déjà un atout exceptionnel. La motion du sénateur Woo nous invite à mieux connaître, écouter et mobiliser cette communauté. Je le remercie d’avoir entrepris cette réflexion importante.
J’appuie pleinement l’objectif de cette motion. J’invite mes collègues à faire de même afin que les Canadiens établis à l’étranger deviennent pleinement ce qu’ils sont déjà : des ponts économiques, culturels et humains entre le Canada et le monde.
Merci.

