La rhétorique incendiaire et la prise de décision erratique du président Donald Trump ont dévalué, en un court temps, le leadership américain dans la zone atlantique et dans le monde. Elles ont rendu impératif que nous fonctionnions hors des leviers historiques fournis par Washington jusqu’en janvier dernier. Le Canada est exposé, en première ligne, aux hauts risques découlant de la nouvelle politique américaine. Il est devenu impératif que nous réduisions nos dépendances militaires, économiques et culturelles à l’égard des États-Unis.
Notre déception est grande. Les États-Unis ne sont plus un partenaire commercial fiable qui respecte et construit sur les acquis, des chaînes d’approvisionnement aux négociations équitables, du respect des partenaires au respect de la parole donnée entre pays voisins, entre partenaires historiques. Donald Trump a implosé ces illusions. Sa guerre commerciale avec le Canada, marquée par des tarifs douaniers exorbitants et sans motifs, ne laisse aucun doute. Elle dissout les fondements de notre relation économique.
Depuis 30 ans, je milite pour que le Canada diversifie ses marchés mondiaux en incluant le grand marché africain. Nous devons nous y engager fermement. Ce sera difficile et coûteux. Il nous faut réussir. Nous devons absolument mettre fin à cette situation qui nous lie, à hauteur de 75 % de ce que nous exportons dans le monde, avec un seul client, même s’il est la première puissance économique du monde.
Avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine, l’Afrique est à l’aube d’une transformation économique importante. L’accord crée un marché unique englobant 54 pays et plus de 1,3 milliard de personnes — 2,4 milliards dans 20 ans. Cet accord aura pour effet de stimuler le commerce intra-africain, de renforcer la compétitivité des acteurs économiques du continent et d’accroître le volume des investissements directs étrangers. Le Canada doit prendre acte et, comme la Stratégie du Canada pour l’Afrique rendue publique récemment le propose, accélérer ses liens financiers et commerciaux avec les pays du continent.
Le Canada peut s’inspirer d’autres pays du G7, comme le Japon et l’Italie, qui ont exploité de manière proactive les vastes possibilités offertes par les marchés africains émergents.
Depuis 1993, le Japon organise la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), une plateforme conçue pour favoriser la collaboration entre les entreprises japonaises et les pays africains. En 2022, la TICAD s’est réunie huit fois. Cette initiative souligne l’engagement du Japon à renforcer ses liens économiques avec l’Afrique.
L’Italie a récemment dévoilé le plan Mattei, un cadre stratégique visant à renforcer les relations économiques et les investissements du pays en Afrique. Un fonds conséquent pour la croissance et la résilience en Afrique a été créé. Doté d’un budget de 400 millions d’euros sur cinq ans (fonds de capital-investissement et de capital-risque), il cible des secteurs tels que la sécurité alimentaire, le développement des petites et moyennes entreprises, ainsi que les infrastructures durables.
Sur ces modèles et autres formules, il importe que le gouvernement fédéral aide nos entreprises à diversifier leurs marchés dans le monde. L’Afrique dispose enfin des leviers d’accueil pour le capital et l’entreprise. Ne soyons pas les seuls à nous priver de cette conjoncture favorable. Cette stratégie n’a pas de concurrence. Elle est nécessaire, urgente et impérative pour affirmer notre indépendance dans les affaires mondiales, économiques, militaires et technologiques et réduire notre vulnérabilité face aux États-Unis.
Cet article a été publié dans Le Devoir