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Hommage pour l’honorable Lillian Eva Dyck

Hommage pour l’honorable Lillian Eva Dyck

Hommage pour l’honorable Lillian Eva Dyck


Publié le 10 décembre 2020
Hansard et déclarations par l’hon. Jim Munson

L’honorable Jim Munson : Honorables sénateurs, en regardant les sénateurs qui participent au débat dans le cadre de l’interpellation sur Lillian Dyck, que ce soit dans cette Chambre ou à distance, je pense à ce qu’ils ont accompli dans leur vie professionnelle et personnelle. Cependant, je me demande combien d’entre nous ont eu la chance d’être représentés dans une pièce de théâtre. Imaginez que l’on raconte votre histoire sur la scène. Voici l’histoire de Lillian Eva Dyck.

Pendant l’été de 2017, nombre d’entre nous se sont empressés d’aller voir Café Daughter au Centre national des Arts. Nous étions emballés parce que cette histoire, c’était celle de la sénatrice Dyck, l’histoire d’une élève brillante qui travaille dans un café d’une petite ville de la Saskatchewan. L’histoire se déroule dans les années 1950. Comme dans toutes les régions du pays à cette époque, le racisme s’affichait ouvertement dans les Prairies. Pour la fille d’un Chinois et d’une Crie, les obstacles étaient omniprésents. Sa mère lui a d’ailleurs demandé de cacher ses origines cries.

Honorables sénateurs, j’ai été touché par cette pièce qui m’a rappelé mon enfance à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, dans les années 1950. Mon nouvel ami, Kit Wong, venait d’arriver de Hong Kong. Son oncle était propriétaire du Glory Café. De l’autre côté de la rivière, il y avait une réserve indienne. Je me rappelle que, dans notre enfance, Kit et de jeunes enfants autochtones se faisaient intimider par des gens de notre collectivité.

Comme l’oncle de Kit dans la ville où j’ai grandi, le père de Lillian était propriétaire d’un café, le Victory Café. Lillian était dotée d’une intelligence vive et d’une forte personnalité qui l’ont aidée à surmonter de nombreux obstacles.

Sa prise de contact avec ses racines cries l’a complètement transformée. Au lieu d’avoir honte d’être, comme elle le disait elle-même, une Indienne, elle s’est découvert une force encore inconnue. Voici ce qu’elle a dit :

À vrai dire, je ne peux m’empêcher de rire quand je repense à ce qu’une survivante des pensionnats autochtones, qui avait tout un caractère, m’a déjà dit : tu dois apprendre à faire un homme de toi. Tiens-toi debout et ne laisse pas les insultes t’atteindre.

Vous le savez comme moi, l’histoire nous a ensuite appris que la neuroscientifique Lillian Dyck a fait bien plus qu’un homme d’elle-même. Elle a fait les choses à sa façon, comme le dirait la chanson. La Dre Dyck s’est battue pour la bonne cause et elle a fait résonner sa voix chaque fois qu’elle l’a pu, que ce soit à l’université, au Sénat ou sur la route des pleurs, qui désigne la route 16, en Colombie-Britannique, où de nombreuses femmes autochtones ont été tuées.

Je vous recommande d’ailleurs le livre Highway of Tears, qui a été publié dernièrement par l’autrice Jessica McDiarmid. C’est à lire absolument, honorables sénateurs.

Ici au Sénat, nous avons tous été témoins du sens du leadership de Lillian, de sa fougue et de sa compassion. J’étais assis juste derrière et j’avais toujours une boîte de mouchoirs à portée de la main, car je savais qu’elle se laisserait gagner par l’émotion. Les sujets qu’elle abordait la touchaient personnellement. Quand quelqu’un avait mal, elle souffrait elle aussi. Elle avait aussi un côté joyeux, évidemment, et j’aimais beaucoup la faire rire. C’est la Lillian Dyck dont je veux me souvenir.

Peu après sa retraite, nous avons eu une conversation téléphonique. Elle m’a dit que cet endroit lui a manqué pendant une journée et qu’elle a même regardé les débats. Cependant, le lendemain, elle est retournée à son endroit préféré. Elle est quelque part dans la prairie en train d’observer les oiseaux. Elle observe les grues blanches. Elle était ravie de me parler de sa cachette, un endroit où l’on peut trouver la tranquillité d’esprit et un peu de temps pour réfléchir à son passé et à son présent.

La sénatrice Lillian Dyck a toujours vécu dans le moment présent. Comme elle le dit si bien, « on ne vit pas seulement pour soi-même. On vit pour ceux qui nous entourent ».

Je vous remercie, Lillian, d’avoir passé une partie de votre vie avec nous. Le Sénat s’en porte mieux, de même que le pays et votre province. En tant que Café Daughter, vous avez servi les gens, et votre service était exemplaire. Merci.

 

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