La valeur du tourisme pour l’édification du pays—Interpellation

Par: L'hon. Peter Harder

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L’honorable Peter Harder : Honorables sénateurs, je prends la parole pour participer à l’interpellation lancée par notre collègue, la sénatrice Sorensen, sur la valeur du tourisme pour l’édification du pays. Je le fais en fin de journée, alors que je sais que vous êtes impatients de partir faire du tourisme vous aussi. Je voudrais vous parler de ma région, la péninsule du Niagara, car elle mérite d’être mentionnée dans toute réflexion sur le tourisme au Canada. Bien entendu, vous connaissez tous les chutes Niagara.

Une chose qui m’a étonné au fil des ans, c’est le manque de connaissances géographiques concernant l’emplacement des chutes Niagara. Vous vous souvenez peut-être que, lors de la campagne électorale de 2000, le chef de l’opposition de l’époque avait organisé une rencontre devant les chutes et avait déclaré que ces chutes magnifiques se jetaient du lac Ontario vers le lac Érié, c’est‑à-dire exactement dans la direction opposée.

La péninsule du Niagara est bel et bien une péninsule, comme son nom l’indique. Au sud se trouve le lac Érié, au nord le lac Ontario et à l’est la rivière Niagara. Il faut se diriger vers l’est pour se rendre aux États-Unis. Ce territoire a joué un rôle prépondérant dans les événements déterminants de notre pays.

La Révolution américaine a entraîné un exode important des loyalistes de l’Empire-Uni, d’abord vers la péninsule du Niagara, puis vers ce qu’on appelait Berlin, qui est maintenant Waterloo-Kitchener. La péninsule du Niagara a été le théâtre de combats durant la guerre de 1812. C’est là que se trouvent le monument Brock ainsi que le fort George, qui en était le bastion stratégique. C’est également là que se situe le sentier emprunté par Laura Secord qui, faisant marcher sa vache devant elle pour franchir les lignes ennemies américaines, était allée alerter les Britanniques venus protéger notre pays. Nous savons donc très bien situer cet endroit, sans pour autant toujours comprendre tout ce qui l’entoure.

Je suis sûr que vous êtes tous déjà allés à Niagara-on-the-Lake, et certains d’entre vous ont assisté au Festival Shaw. Vous avez visité les chutes et avez peut-être embarqué à bord du Maid of the Mist, et vous avez pris part à diverses visites guidées et autres activités du même genre.

Je tiens à vous dire que cette région accueille plus de 13 millions de visiteurs chaque année, ce qui génère près de 4 milliards de dollars de dépenses touristiques et contribue à hauteur d’environ 1,4 milliard de dollars au PIB. Le tourisme représente 6,5 % de l’économie régionale. Il soutient près de 4 400 entreprises liées au tourisme et 36 000 emplois. Le tourisme n’est pas seulement une économie liée aux visiteurs. C’est un moteur pour l’emploi, les petites entreprises, la durabilité de l’agriculture et la prospérité rurale.

Aussi importante que soit la partie est de la région du Niagara — avec comme points d’ancrage Niagara Falls et Niagara-on-the-Lake —, je vous invite à quitter le Queen Elizabeth Way un peu plus tôt. Empruntez la rue Christie à Grimsby, Ontario Street à Beamsville ou, mieux encore, Victoria Avenue à Vineland. Traversez les zones rurales de mon coin de pays, Lincoln.

Lincoln n’a qu’une cinquantaine d’années en tant que ville, mais elle compte certainement parmi les plus anciennes colonies du Haut-Canada. Elle comprend les petits hameaux de Vineland, où j’ai grandi, et de Jordan, célèbre pour son secteur touristique en plein essor, dont je parlerai plus tard. Elle comprend également la ville de Beamsville et le petit hameau de Campden. Ces localités ont été regroupées il y a environ 52 ans pour former la ville de Lincoln. Pourquoi Lincoln? Parce qu’il s’agit en fait du nom hérité du comté de Lincoln, qui était le comté historique couvrant la moitié nord de la péninsule du Niagara.

La ville de Lincoln s’est également repositionnée en quelque sorte comme destination touristique au sein de ce qu’on appelle la région de Niagara Benchlands, dont le nom fait référence à son relief caractéristique en terrasses. En parcourant la péninsule en automobile, on aperçoit l’escarpement au sud et une série de terrasses où l’on cultive des fruits de plus en plus délicats et où l’on produit du vin. Les Benchlands comptent la plus grande concentration de producteurs de boissons artisanales au Canada, notamment des brasseries, des cidreries, des distilleries et, bien sûr, des vignobles.

La ville de Lincoln, qui compte quelque 23 000 habitants répartis sur ce territoire situé entre Grimsby et St. Catharines, compte plus de 50 vignobles distincts, dont la plupart sont des entreprises familiales. Leurs vins sont réputés tant à l’échelle régionale qu’internationale. On y trouve des vins primés, dont trois de mes préférés, dans les vignobles Hidden Bench Estate, Westcott Vineyards et Vineland Estates. Je vous invite à vous rendre au restaurant du vignoble Vineland Estates, qui surplombe le lac. Par une journée claire, vous pourrez siroter un verre de vin en admirant la vue sur Toronto de l’autre côté du lac, et vous dire : « Ne suis-je pas content d’être ici plutôt que dans les embouteillages là-bas? »

Ces vins ne sont pas les mêmes que ceux de la région de Niagara-on-the-Lake, située plus à l’est. Les vins issus de ce microclimat sont influencés par des roches calcaires anciennes et des dépôts glaciaires, ce qui leur confère leur minéralité et leur complexité caractéristiques, idéales pour les rieslings, les cabernets francs, les chardonnays et les vins de glace.

Après une longue journée à déguster des vins de la région, un souper au restaurant Pearl Morissette serait peut-être de mise si vous avez une réservation. L’extraordinaire expérience de la haute gastronomie qui y est offerte a obtenu une reconnaissance internationale. L’établissement a décroché deux étoiles Michelin, ce qui en fait l’un des deux seuls restaurants au Canada à avoir obtenu cette distinction. Il a aussi une étoile verte Michelin, une récompense relativement nouvelle réservée aux restaurants détenteurs d’une étoile Michelin, qui sont également à l’avant-garde de la durabilité et de la gastronomie écoresponsable. Le restaurant Pearl Morissette est le seul au pays à détenir deux étoiles et une étoile verte Michelin.

Selon le Guide Michelin, la distinction deux étoiles signifie une cuisine d’exception qui « vaut le détour ». Alors, quittez l’autoroute Queen-Elizabeth et faites ce détour.

Le tourisme et l’hôtellerie assurent plus de 1 700 emplois dans la région de Niagara Benchlands. Ces emplois sont créés par les producteurs de boissons artisanales et les propriétaires de restaurants, mais aussi par les employeurs des secteurs de l’hébergement, de l’agrotourisme, de la culture, du tourisme et du plein air, par exemple le sentier Bruce.

Le tourisme est essentiel à la prospérité de la municipalité rurale de Lincoln, puisque l’argent dépensé par les visiteurs soutient les entreprises de la région, les exploitations agricoles, les vignobles et les producteurs locaux. Le tourisme contribue à préserver le patrimoine agricole local et à protéger les paysages champêtres qui définissent ma collectivité.

Comme je l’ai mentionné, pour comprendre comment le tourisme contribue à l’édification du pays, nous devons également comprendre une partie de notre histoire et de nos origines. Grâce au Lincoln Museum and Cultural Centre du village de Jordan, les témoignages liés au patrimoine culturel, social et agricole de Lincoln sont préservés au moyen d’expositions, de programmes éducatifs et d’archives de renommée mondiale conservées au sous-sol. Le Lincoln Museum and Cultural Centre sert de centre patrimonial à la ville de Lincoln et offre des visites intimes de la Fry House et de la Jordan Schoolhouse.

La Fry House est une maison en bois rond de deux étages qui a été construite vers 1815 par deux colons mennonites germanophones originaires de Pennsylvanie. Ce fut une maison familiale jusqu’en 1892. Plus tard, la maison a servi de poulailler et de théâtre. Initialement située à Vineland, la maison a été déplacée avec soin à son emplacement actuel en 1959, sur le terrain du Lincoln Museum and Cultural Centre. Ce bâtiment est l’un des rares exemples subsistants de l’architecture traditionnelle néerlandaise de la Pennsylvanie au Canada.

L’école de rang de Jordan, qui comptait une seule classe, a été fréquentée par les enfants du village pendant près de 90 ans. Les élèves pouvaient y apprendre la morale et des compétences pratiques, ainsi qu’à lire, à écrire et à compter. Un instituteur avait une classe qui pouvait compter jusqu’à 60 élèves âgés de 6 à 16, ce qui fait bien mal paraître les classes en Ontario et leur taille d’aujourd’hui. L’école de rang, qui a fermé ses portes en 1948, a été rachetée et confiée à la localité. Celle-ci en a fait le premier musée de Jordan. L’école a par la suite été restaurée pour montrer ce qu’était une classe en 1908.

Outre Jordan, la municipalité de Lincoln abrite un ensemble de villages et hameaux historiques, dont j’ai déjà parlé. Je sais que le sénateur Black y était de passage la fin de semaine dernière. Toute la ville en parlait. Le sénateur a assisté au dévoilement d’une statue en l’honneur des agricultrices appelées « Farmerettes », qui témoignent des racines agricoles de la municipalité. J’ai fréquenté l’école secondaire de Beamsville, une collectivité qui recèle de richesses culturelles et patrimoniales, et qui a su tirer parti des grandes vagues d’immigration au fil du temps.

Je tiens aussi à souligner que Lincoln célèbre et honore l’histoire d’Attawandaron, alias la nation neutre, les premiers habitants connus du territoire. Aménagé en collaboration avec des partenaires autochtones, le parc Sho’aríshon, qui a récemment été inauguré, accueille des œuvres d’art publiques de façon permanente et temporaire, un jardin de pluie avec des espèces indigènes, des éléments d’interprétation et des lieux de rassemblement favorisant l’apprentissage, la réflexion et une connexion avec le patrimoine autochtone de la région. La collectivité tient à rendre hommage à son héritage autochtone. La tradition orale et les données archéologiques indiquent que des Autochtones sont présents dans la région de Niagara depuis au moins 13 000 ans. On croit que le nom de l’une des nations neutres, Onguiaahra, est en partie à l’origine du mot « Niagara ».

Par l’entremise de ses musées, de ses parcs, de ses propriétés patrimoniales et de ses programmes culturels, la merveilleuse ville de Lincoln rend hommage aux récits de tous ses habitants. L’agriculture et les collectivités définissent la région de Niagara Benchlands depuis des générations. L’édification du pays n’est pas seulement une philosophie moderne; c’est ce que les humains ont toujours fait. À Niagara et dans la ville de Lincoln, l’édification nationale que nous avons faite dans le passé a contribué à jeter les bases pour l’édification nationale actuelle, qui aidera les prochaines générations à établir d’autres bases pour l’avenir.

Il ne faut pas sous-estimer l’importance du tourisme pour la région de Niagara. C’est grâce au tourisme que les Canadiens en apprennent davantage sur leur pays, leur histoire et la façon de protéger leur pays, sa splendeur et ses aspects régionaux.

J’invite les Canadiens à en apprendre davantage sur toutes les régions du Canada. Lorsque vous songez à vous rendre aux chutes Niagara, allez vous promener sur la rue Christie, la rue Ontario ou, mieux encore, sur l’avenue Vineland et l’avenue Victoria. Merci, chers collègues.

Des voix : Bravo!

L’honorable Peter M. Boehm : Le sénateur accepterait-il de répondre à une question?

Le sénateur Harder : Absolument.

Le sénateur Boehm : Merci beaucoup. Merci pour cette intervention intéressante, sénateur Harder. Je vous demande s’il y a une part de vérité dans le fait que Beamsville s’appelait à l’origine Boehmsville, conformément à la meilleure orthographe sénatoriale, et qu’elle aurait été fondée par Jacob Boehme — Beam —, qui était un cousin de James — Jim — Beam, le distillateur du Kentucky dont on ne boit plus les produits aujourd’hui. Est-ce vrai?

Le sénateur Harder : Merci, sénateur Boehm. C’est vrai, mais les Beam ont été beaucoup plus prompts que vous à simplifier l’orthographe de leur nom et à faire entériner ce changement.

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