L’honorable Julie Miville-Dechêne : Ma question s’adresse au sénateur Moreau.
Notre sommité en intelligence artificielle, le chercheur québécois Yoshua Bengio, a récemment fait de sérieuses mises en garde au Conseil de sécurité des Nations unies et à une émission de grande écoute, Tout le monde en parle.
M. Bengio presse le gouvernement canadien, et les autres d’ailleurs, de mettre des balises pour que la superintelligence ne devienne pas dangereuse pour la planète en lançant des cyberattaques de façon autonome, comme ce fut le cas récemment.
Je suis consciente que vous venez de financer les travaux de LoiZéro, la compagnie de Yoshua Bengio. Toutefois, qu’envisagez-vous comme balises, comme règlements ou licences pour que les intérêts commerciaux derrière l’intelligence artificielle ne fassent pas ce qu’ils veulent, quels que soient les dangers pour l’humanité?
L’honorable Pierre Moreau (représentant du gouvernement au Sénat) : Sénatrice Miville-Dechêne, je suis très heureux de vous retrouver.
Le gouvernement prend très au sérieux les menaces que peut représenter l’intelligence artificielle et particulièrement la superintelligence.
Avec le projet de loi C-34 que notre collègue la sénatrice Hay a gentiment accepté de parrainer, la Loi sur les médias sociaux sécuritaires, le gouvernement souhaite imputer aux compagnies d’intelligence artificielle la responsabilité d’identifier et de prévenir les risques associés aux contenus insidieux et dangereux. D’ailleurs, nous saluons aujourd’hui l’arrivée d’un nouveau collègue qui s’y connaît très bien en matière d’intelligence artificielle et qui viendra certainement aider le Sénat dans ses travaux.
Le gouvernement a aussi investi 50 millions de dollars pour que l’Institut canadien de la sécurité de l’intelligence artificielle ait l’habileté ainsi que la capacité de déceler les facteurs de risque et de mener des enquêtes de transparence auprès des modèles les plus avancés du monde.
La sénatrice Miville-Dechêne : Est-ce que c’est suffisant?
Au Royaume-Uni, un député travailliste a présenté au début du mois au Parlement un projet de loi visant à interdire carrément le développement de la superintelligence artificielle sur le sol britannique afin de supprimer les risques catastrophiques. Soixante-dix parlementaires, ex-ministres et experts réunis dans ControlAI appuient cette démarche.
Que pensez-vous de cette approche ?
Le sénateur Moreau : Dans le domaine de l’intelligence artificielle, ma compréhension est que l’on construit l’avion en plein vol.
J’aimerais souligner l’intervention du premier ministre à cet égard. Il a rappelé que notre planète est un petit monde, et il a invité la communauté internationale à créer un organisme international pour encadrer le développement et les avancées de l’intelligence artificielle. Le gouvernement estime que cela prend une approche globale de concertation de plusieurs pays plutôt que de voir —
Son Honneur la Présidente : Merci, sénateur Moreau.

