L’honorable Tracy Muggli : Honorables sénateurs, la motion de la sénatrice Burey nous demande de réfléchir à ce que signifierait réellement le fait de traiter les soins en santé mentale et en toxicomanie sur un pied d’égalité avec les soins de santé physique. J’ai immédiatement éprouvé l’envie irrépressible de m’exprimer sur cette motion. Je pense aux nombreuses mesures que nous avons prises pour déstigmatiser la maladie mentale et aux progrès que nous avons réalisés en matière de santé mentale au cours de ma vie — voire de celle de mon enfant —, mais nous sommes encore loin du but.
Lors d’une conférence au Manitoba, Michael Landsberg, qui a lancé la campagne #MaladePasFaible, a posé cette question au public. Il a dit :
Que se passerait-il si nous traitions la santé mentale de la même manière que la santé dentaire? Sans couvrir de honte ceux qui en souffrent. Sans hésitation. Juste des soins quand on en a besoin.
Les Canadiens, du moins ceux à qui je parle, semblent en grande partie d’accord sur ce point, mais je sais aussi que les intervenants du système de santé ne voient pas les choses de la même manière. Les soins de santé mentale et les soins de santé physique ne sont tout simplement pas sur un pied d’égalité.
J’ai pris le temps cet été de réfléchir à la façon dont je pourrais contribuer à ce débat. J’ai réfléchi au temps que j’ai passé dans la sphère de la santé mentale et de la consommation de substances, en tant que personne qui donne des soins, en tant qu’amie de personnes qui cherchaient des soins et en tant que fille d’un parent vieillissant. Dans cette réflexion, je pense que l’exemple le plus évident et probablement l’un des plus insidieux de cette inégalité est la façon dont nous prenons soin des personnes âgées, en particulier de celles qui ont besoin d’aide pour rester indépendantes et de celles qui ont besoin de niveaux de soins de plus en plus élevés jusqu’aux soins de longue durée.
Dans notre société, nous nous soucions naturellement de la santé physique et de la sécurité des personnes âgées. Nous surveillons régulièrement de nombreux signes et symptômes, parce qu’il est essentiel de préserver la vie. Cependant, quelle attention portons-nous à la qualité de vie et à des choses comme la dépression, l’anxiété et l’isolement social? Une personne âgée peut être stable sur le plan médical, être bien nourrie et avoir reçu ses médicaments, mais souffrir d’une profonde dépression, d’anxiété et d’autres problèmes psychologiques. La gestion de sa pression artérielle peut être excellente alors que cette personne reste coupée des autres et sans but dans la vie. Les soins de santé physique peuvent prolonger au maximum le nombre d’années qu’il reste à vivre, mais que contiennent ces années?
En 2024, un examen de 48 études menées auprès de plus de 28 000 résidants de centres de soins infirmiers a révélé qu’environ 53 % des patients font état d’une humeur dépressive et que l’incidence du trouble dépressif majeur s’élève à 27 %.
Je vais m’appuyer sur cette même étude pour illustrer mon prochain point, à savoir que la séparation entre la santé physique et la santé mentale est, pour l’essentiel, artificielle.
Cette étude a établi un lien entre la dépression chez les personnes en établissement et la douleur ainsi que le handicap fonctionnel, entre autres facteurs. Nous savons que la douleur peut aggraver la dépression. La dépression peut réduire les capacités physiques et la participation à la rééducation. L’isolement social peut nuire au bien‑être physique. Dans le cadre des soins de longue durée, ces facteurs de risque sont tous liés. Quand nous séparons le bien-être mental et le bien-être physique dans nos politiques, nous faisons fi des données scientifiques et nous nions la réalité vécue par les personnes âgées.
Si notre objectif est d’améliorer la qualité de vie des personnes en établissement de soins de longue durée, il est essentiel de prendre en charge leur santé mentale.
Je vous invite à y réfléchir sérieusement un instant. Posez-vous les questions suivantes : pourquoi semblons-nous accepter que la dépression, l’anxiété et la solitude soient des conséquences inévitables du vieillissement? Pourquoi ne faisons-nous pas davantage pour aider les personnes à surmonter ces prétendues inévitabilités, afin qu’elles ne le soient plus?
Pensez-y sous cet angle : si votre enfant perdait son conjoint ou était contraint de quitter son domicile, vous inquiéteriez-vous pour sa santé mentale? Si votre enfant perdait la capacité de marcher ou perdait plusieurs de ses amis les plus proches cette année, vous demanderiez-vous s’il serait capable de surmonter ces épreuves de manière saine?
L’âge n’est pas une excuse pour ignorer les répercussions de ces circonstances. Nous ne dirions pas que la souffrance physique d’une personne de 88 ans n’a plus d’importance parce que la douleur devient plus fréquente avec l’âge. Nous ne devrions pas tenir le même discours à propos de la souffrance psychologique, surtout, chers collègues, alors que nous savons que de nombreuses interventions non médicales peuvent aider et sont effectivement efficaces.
Une synthèse réalisée en 2025 et portant sur 182 études consacrées aux traitements de la dépression chez les aînés en établissement de soins de longue durée a mis en évidence les bienfaits pour les patients de pratiques comme la thérapie cognitivo-comportementale, l’hortithérapie, l’activité physique, la socialisation et d’autres approches ne reposant pas sur des interventions pharmaceutiques. Ces approches alternatives présentent également des risques relativement faibles et sont peu coûteuses par rapport aux traitements médicamenteux.
Voilà qui m’amène à mon dernier point. Je veux parler des soins que nous souhaitons recevoir pour nous-mêmes.
Imaginez deux personnes âgées bénéficiant des mêmes soins physiques. Je pense notamment à la gestion des médicaments, à l’alimentation, à l’aide à la toilette, au soutien à la mobilité et à la prise en charge des maladies chroniques. Une de ces personnes est livrée à elle-même, tandis que l’autre a accès à des activités qui lui donnent un but. Il peut s’agir d’un programme social en groupe, de jardinage ou de moments passés avec un travailleur social ou un conseiller pour discuter lorsque les choses deviennent difficiles.
Quelle situation préféreriez-vous? Quand on y réfléchit bien, on sait intuitivement que ces éléments influent sur la qualité de vie, car on sait que c’est ce qu’on souhaiterait pour soi-même. On sait qu’ils ont une incidence sur le bien-être et qu’on se sent mieux physiquement quand on se sent mieux psychologiquement.
La motion de la sénatrice Burey nous exhorte à demander au gouvernement fédéral d’établir un cadre juridique qui place les soins en santé mentale et en toxicomanie sur un pied d’égalité avec les soins de santé physique. C’est beaucoup demander. Il s’agit d’un idéal, mais il est également fondé sur la science et le bon sens.
Je pourrais donner des centaines d’exemples d’inégalités qui affectent les gens à tous les âges, mais il me paraît nécessaire de me concentrer sur une population qui, souvent, n’est pas entendue ou n’a pas de voix.
Qu’il reste à une personne 50 ans, 5 ans ou 5 mois à vivre, ces moments sont importants. Les Canadiens méritent un accès comparable et des traitements appropriés pour les problèmes de santé, qu’ils concernent la santé physique ou mentale, et ces traitements doivent être offerts à tout âge.
Je voudrais terminer en remerciant les personnes qui travaillent dans les établissements publics de soins de longue durée partout au pays : les incroyables aides-soignants, les infirmières auxiliaires autorisées, les infirmières autorisées, les ludothérapeutes, les diététiciens, les travailleurs sociaux, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes, les orthophonistes, les pharmaciens, les médecins, le personnel des services environnementaux, des services d’entretien et de services administratifs qui travaillent sans relâche et de manière créative pour veiller à ce que nos proches soient pris en charge.
Je tiens également à saluer tout particulièrement le foyer de soins St. Ann, à Saskatoon, où ma mère de 83 ans habite, pour les soins compatissants qu’il lui prodigue chaque jour.
J’appuie cette motion et je me joins à la sénatrice Burey pour demander au gouvernement d’agir. Merci. Meegwetch .

