L’honorable Brian Francis : Honorables sénateurs, c’est le cœur lourd que je prends la parole aujourd’hui depuis le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine anishinaabe.
Le 13 janvier, Darrell Augustine de la Première Nation de Sipekne’katik, en Nouvelle-Écosse, a été abattu par la Gendarmerie royale du Canada.
Le 18 janvier, Bronson Paul de la Première Nation de Neqotkuk, au Nouveau-Brunswick, est décédé dans des circonstances semblables.
Aujourd’hui, je veux leur rendre hommage en tant qu’êtres humains, en tant que fils, frères, pères, proches et bien plus encore, dont l’absence crée un vide qui ne pourra jamais être comblé. Je suis de tout cœur avec les familles, en particulier les enfants, qui ont perdu des êtres chers, et avec les communautés qui les soutiennent dans leur deuil et dans la recherche de réponses.
Ces décès récents font suite à des pertes comparables au Canada atlantique, y compris les décès de Chantel Moore et de Rodney Levi en 2020 et le décès de Steven Dedam en 2024.
Ces tragédies s’ajoutent au nombre croissant de membres des Premières Nations qui meurent lors d’interactions avec la GRC et d’autres forces de l’ordre au Canada. Chaque perte ravive des blessures qui persistent dans toutes les générations, qui sont déjà marquées par des traumatismes, des pertes et des deuils découlant en grande partie de la colonisation. Ces rencontres mortelles avec la police ne peuvent être séparées de la longue et douloureuse histoire de préjudices où nos communautés ont fait l’objet d’une surveillance policière excessive et n’ont pas été suffisamment protégées pendant des générations.
Les institutions chargées de la sécurité publique avaient autrefois pour mission d’imposer le contrôle colonial par l’asservissement, les déplacements et l’assimilation. Par conséquent, la présence de la police inspire trop souvent des craintes plutôt qu’un sentiment de sécurité. Cet héritage façonne les interactions d’aujourd’hui et leur dénouement, ce qui crée des conditions où les membres des Premières Nations sont plus susceptibles d’être soumis à la force et, trop souvent, d’être tués.
À cause des taux plus élevés de problèmes de santé mentale dans les communautés des Premières Nations, de nombreux incidents mortels impliquent des personnes en situation de crise. Voilà qui montre la nécessité de renforcer le contrôle exercé par la communauté et d’adopter des solutions adaptées à la culture. Pendant des décennies, nous avons documenté cette situation et formulé des recommandations, mais rien n’a été fait, entraînant plus de méfaits, plus de morts et plus de souffrances.
Chers collègues, je suis solidaire des familles, des membres et des dirigeants des nations mi’kmaq et wolastoqey, entre autres, qui réclament des mesures urgentes et des changements significatifs.
En ce moment, les condoléances ne suffisent pas. Tous les ordres de gouvernement doivent nous écouter et agir de toute urgence pour protéger des vies et prévenir de futures tragédies.
Msit No’kmaq. Merci. Wela’lin.

