Malheureusement, la Chine, comme beaucoup d’autres partenaires commerciaux potentiels, a un bilan très préoccupant en matière de droits de la personne, notamment en ce qui concerne la pratique odieuse du travail forcé, une forme d’esclavage moderne.
Il y a trois ans, le Parlement canadien a adopté, à notre initiative, la Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement (projet de loi S-211). Depuis lors, environ 5000 entreprises et entités gouvernementales ont fait rapport, comme le leur demande la loi, et une tendance préoccupante se dessine déjà.
Parmi les entreprises, 83 % ont identifié des risques d’esclavage moderne dans leurs chaînes d’approvisionnement. Près de la moitié de nos entités gouvernementales rapportent également des risques de travail forcé. C’est énorme.
On ne sait pas si les consommateurs qui achètent sur Amazon, font leur épicerie ou renouvellent leur garde-robe comprennent le risque d’esclavage dans les chaînes d’approvisionnement. Ce qui est clair, c’est que ce risque est bien plus élevé que ce que nous, les auteurs du projet de loi S-211, avions imaginé. Le fait que 83 % des entreprises privées et 47 % des institutions étatiques reconnaissent le risque d’exposition au travail forcé est un chiffre alarmant.
Que l’on soit consommateur, importateur ou producteur, tirer profit du travail d’un esclave est répréhensible à bien des égards. Quelle sera la stratégie du premier ministre durant sa visite en Chine ? On mettra sans doute de côté les opérations insidieuses d’influence et d’intimidation menées sur notre territoire. On peut aussi se demander si le premier ministre abordera ou non la question du travail forcé des Ouïghours.
Les moyens de mettre la loi en œuvre
Les États-Unis ont déjà renvoyé des milliers de conteneurs de produits issus du travail forcé parvenus à leur frontière, la plupart provenant de Chine. Le Canada n’en a pratiquement renvoyé aucun, faute de moyens consacrés à la mise en œuvre de la loi.
Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas investi davantage dans cette lutte. Le budget 2025 ne prévoit aucune mesure visant à renforcer l’interdiction d’importer des produits issus du travail forcé, malgré l’engagement précédent du gouvernement Trudeau de dépenser 25 millions de dollars supplémentaires à cette fin.
Il est encourageant de voir les Canadiens se mobiliser et boycotter les produits américains et les voyages aux États-Unis. Il est également encourageant de voir les Canadiens exiger davantage d’informations sur leurs achats, au-delà de l’étiquetage.
Si un code-barres peut informer un consommateur sur les calories, le sucre, les gras, les additifs et fournir une certification de qualité, il pourrait certainement aussi révéler le risque de travail forcé dans la fabrication du produit.
Bien que nous n’ayons pas beaucoup d’espoir que le premier ministre parvienne à convaincre le gouvernement chinois de changer ses politiques, les Canadiens devraient pouvoir s’attendre à ce que leur gouvernement mette tout en œuvre pour empêcher l’entrée ici de produits soupçonnés d’être issus du travail forcé, renforcer les obligations de transparence des entreprises canadiennes et permettre aux consommateurs d’identifier facilement les produits provenant de zones à haut risque.
Le Canada a bien peu de pouvoir de négociation face à la Chine. Conclure de nouvelles relations commerciales avec des pays partageant les mêmes valeurs est un processus fastidieux, même dans les meilleures circonstances. Cependant, les sondages montrent que les Canadiens ne veulent pas de produits fabriqués par des esclaves, point final.
Non seulement c’est la bonne chose à faire, mais c’est aussi avantageux pour nos entreprises qui respectent les droits du travail. Augmenter nos échanges commerciaux, quand ils permettent à nos partenaires d’asservir des millions de travailleurs, nuit évidemment à nos entreprises qui ne peuvent plus être concurrentielles.
Fermer les yeux ne peut durer éternellement. Le Canada a besoin de politiques efficaces pour lutter contre le travail forcé.
Cet article a été publié par La Presse le 14 janvier 2026.

