La sénatrice Miville-Dechêne : Bonsoir et bienvenue au Sénat, madame la commissaire. Je vais vous amener un peu plus loin du terrain juridique. J’aimerais savoir à quel point vous êtes inquiète ou non du déclin ou de l’épanouissement des minorités francophones au Canada.
Ce matin, une enseignante de français a écrit dans La Presse que les adolescents passent tellement de temps à lire et à écouter des vidéos en anglais sur les réseaux sociaux que la conséquence, c’est que le français est en danger, car l’acquisition d’une langue est en corrélation avec sa pratique. C’est un danger pour les francophones du Québec, bien sûr, mais n’est-ce pas pire encore pour les minorités francophones? Vous parlez beaucoup de services, de lois, d’écoles, mais là, on parle d’un vecteur incroyablement fort, qui est Internet, qui est littéralement en train d’effacer le français dans certains cas.
Mme Burke : En effet. L’univers numérique est maintenant un enjeu important dans la question du maintien du français, y compris la question de l’intelligence artificielle qui, en grande partie, offre des services en anglais. L’offre active qui se fait au sein de l’univers numérique et de l’intelligence artificielle est principalement en anglais.
C’est très préoccupant. Je n’ai pas toutes les réponses aux questions. Je pense que c’est tout nouveau pour la grande majorité d’entre nous. Le fait que cette technologie s’intègre dans la société aussi rapidement qu’elle le fait est une question importante à laquelle il faut s’attaquer dès maintenant. Idéalement, il faudrait établir un état des lieux pour comprendre l’ampleur de la situation et donner des conseils au gouvernement vis-à-vis des programmes nationaux qui pourraient répondre à certains enjeux ou du moins évaluer les conséquences de cette technologie.
La sénatrice Miville-Dechêne : Comme commissaire, vous n’avez pas forcément les outils nécessaires pour intervenir dans ce domaine, qui est la plus grande menace au français pour les francophones minoritaires.
Mme Burke : Effectivement, la technologie peut nous aider. J’ai constaté, dans le cadre de mes fonctions précédentes, qu’elle peut offrir des services en français comme en anglais. La question de l’équivalence est présente dans certains sites Web, et cela nous a beaucoup aidés à déterminer si nous aurions une main-d’œuvre qualifiée pour offrir ce service dans tous les ministères.
Les questions ne sont plus posées au préposé au comptoir, mais plutôt au moyen de la technologie. Celle-ci permet, souvent dans les deux langues officielles, de respecter les exigences des communautés anglophone et francophone, tout en offrant un service de très haute qualité.
D’un côté, il y a des enjeux; d’un autre, la technologie peut nous aider. Il s’agit de trouver le juste milieu dans tout cela.
Le président : Merci.

