La valeur du tourisme pour l’édification du pays—Interpellation

Par: L'hon. Amina Gerba

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L’honorable Amina Gerba : Honorables sénateurs, je profite de l’occasion pour remercier le sénateur Boehm pour ce rapport présenté et pour l’excellent résumé de ce que nous avons entendu concernant le continent africain. Merci.

Honorables sénateurs, je tiens à remercier la sénatrice Sorensen d’avoir amorcé cette interpellation sur la valeur du tourisme pour l’édification nationale.

Sa première intervention a rappelé avec justesse que le tourisme ne saurait être réduit à une activité accessoire. Il constitue un pilier économique, un levier de cohésion sociale et un puissant outil de préservation et de transmission de notre patrimoine culturel.

Les échanges qui ont suivi ont mis en lumière une réalité largement partagée. Partout au pays, le tourisme contribue à la résilience des collectivités, qu’il s’agisse de régions marquées par la transition industrielle, de territoires éloignés ou de communautés fortement identitaires. Le tourisme soutient l’emploi, stimule l’entrepreneuriat local et permet de raconter le Canada dans toute sa diversité.

J’aimerais d’abord vous faire part du point de vue du Québec, que j’ai le privilège de représenter ici.

En tant que province fondatrice du Canada en 1867, aux côtés de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, le Québec occupe une place spéciale dans l’histoire du pays. Sa langue française, son riche patrimoine bâti, ses institutions culturelles et ses paysages diversifiés font partie intégrante de l’identité canadienne et représentent une attraction majeure pour les visiteurs.

Aujourd’hui, le tourisme demeure l’un des piliers de l’économie québécoise. En 2023, selon le ministère du Tourisme du Québec, 24,1 millions de visiteurs ont généré 16,7 milliards de dollars en retombées économiques, soutenant directement ou indirectement plusieurs centaines de milliers d’emplois. Le tourisme constitue ainsi le quatrième produit d’exportation du Québec au chapitre des rentrées de devises étrangères. Ces retombées se déploient sur l’ensemble du territoire et sont vitales pour de nombreuses régions.

La Gaspésie en est un exemple éloquent. Région d’une beauté exceptionnelle, reconnue pour ses paysages, son littoral et sa richesse culturelle, le tourisme est l’un de ses principaux moteurs économiques.

Ce secteur soutient les entreprises locales, favorise l’emploi saisonnier et contribue au maintien des communautés. La région de Québec illustre également ce potentiel. Grâce à une stratégie axée sur le tourisme quatre saisons, elle a connu en 2024 la meilleure année touristique de son histoire, démontrant qu’il est possible de concilier croissance, qualité de vie et acceptabilité sociale.

Si je m’exprime aujourd’hui avec autant de conviction, c’est aussi parce que le tourisme fait partie intégrante de mon parcours. À la fin de mon baccalauréat en gestion et intervention touristique à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, j’ai effectué un stage à l’ancien Office des congrès et du tourisme du Grand Montréal inc., aujourd’hui connu sous le nom de Tourisme Montréal. Mon mandat consistait principalement à bâtir des forfaits touristiques destinés aux visiteurs américains, qui constituaient alors la clientèle dominante de la grande métropole francophone d’Amérique du Nord. Ce regard professionnel, acquis très tôt, m’amène aujourd’hui à une réflexion différente, dictée par le contexte économique, environnemental et géopolitique que nous connaissons.

Je crois qu’il est temps d’encourager davantage les Canadiens à découvrir leur propre pays, d’un océan à l’autre. Voyager au Canada, c’est investir dans nos communautés, soutenir l’achat local, renforcer les économies régionales et approfondir notre compréhension mutuelle en tant que société.

Dans cette perspective, les infrastructures de transport jouent un rôle déterminant. Le projet de train à grande vitesse représente un atout stratégique pour stimuler le tourisme intérieur, faciliter les déplacements interrégionaux et réduire l’empreinte environnementale du secteur. Il contribuerait non seulement à rapprocher nos territoires, mais aussi à rendre le tourisme plus accessible, plus durable et plus inclusif.

Plusieurs collègues l’ont souligné : la pénurie de main-d’œuvre demeure l’un des défis majeurs du secteur. L’année dernière, plus d’une entreprise québécoise sur cinq, soit 22 %, prévoyait d’embaucher une personne qui provenait d’un pays étranger. Le tourisme constitue ainsi un puissant vecteur d’intégration économique et sociale, souvent un premier point d’entrée sur le marché du travail, favorisant l’apprentissage linguistique, les échanges interculturels et l’enracinement régional.

Toutefois, l’immigration ne peut, à elle seule, répondre à ces défis. Les enjeux de logement, de transport, de reconnaissance des diplômes et de formation limitent la capacité de recrutement et de rétention, particulièrement dans les régions à forte pression touristique. À cela s’ajoutent les impacts des changements climatiques, qui modifient les saisons, fragilisent les infrastructures et augmentent les coûts d’exploitation, en particulier pour le tourisme de nature.

Face à ces constats, les solutions sont connues. Elles passent par une approche coordonnée entre les gouvernements, les collectivités et l’industrie, un meilleur arrimage entre immigration, formation et logement, la modernisation des infrastructures de transport, le développement du tourisme quatre saisons et l’accélération de la transition vers un tourisme durable et respectueux des écosystèmes.

Honorables sénateurs, je remercie encore une fois la sénatrice Sorensen d’avoir ouvert ce débat essentiel, ainsi que l’ensemble de mes collègues pour leurs contributions. Le tourisme est un véritable outil d’édification nationale.

Il soutient nos régions, favorise l’intégration, valorise nos cultures et renforce le sentiment d’appartenance. Le Québec, province fondatrice et destination touristique majeure, continue d’y jouer pleinement son rôle. Je vous remercie.

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