{"id":20290,"date":"2026-02-05T13:36:46","date_gmt":"2026-02-05T18:36:46","guid":{"rendered":"https:\/\/theprogressives.ca\/?p=20290"},"modified":"2026-02-06T14:19:56","modified_gmt":"2026-02-06T19:19:56","slug":"deuxieme-lecture-du-projet-de-loi-s-243-loi-relative-au-cadre-national-sur-la-sante-des-femmes-au-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/au-senat\/discours\/deuxieme-lecture-du-projet-de-loi-s-243-loi-relative-au-cadre-national-sur-la-sante-des-femmes-au-canada\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me lecture du projet de loi S-243, Loi relative au cadre national sur la sant\u00e9 des femmes au Canada"},"content":{"rendered":"<p><iframe title=\"La s\u00e9natrice Henkel prend la parole \u00e0 la 2e lecture du projet de loi S-243 - 5 f\u00e9vrier 2026 (FR)\" width=\"640\" height=\"360\" data-src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/CzmQhbH2QBI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen src=\"data:image\/svg+xml;base64,PHN2ZyB3aWR0aD0iMSIgaGVpZ2h0PSIxIiB4bWxucz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMjAwMC9zdmciPjwvc3ZnPg==\" class=\"lazyload\" data-load-mode=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p><b>L\u2019honorable Dani\u00e8le Henkel<\/b><span> : <\/span>Honorables s\u00e9nateurs, je remercie ceux et celles qui sont encore l\u00e0 ce soir.<\/p>\n<p>Je souhaite vous parler des femmes, de nos m\u00e8res, de nos s\u0153urs et de nos filles, de celles qui \u00e9l\u00e8vent des enfants, de celles qui prennent soin de leurs proches, de celles qui travaillent, qui entreprennent, qui cr\u00e9ent et qui innovent, de toutes les femmes de ce pays. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, je souhaite vous parler de leur sant\u00e9.<\/p>\n<p>Parler de la sant\u00e9 des femmes au Canada, ce n\u2019est pas aborder un enjeu marginal, sectoriel ou identitaire. Ce n\u2019est pas non plus un d\u00e9bat r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques sp\u00e9cialistes. Non. C\u2019est parler de la moiti\u00e9 de la population, de la solidit\u00e9 de nos familles, de la participation au march\u00e9 du travail, de la productivit\u00e9 et, au bout du compte, de la prosp\u00e9rit\u00e9 de notre pays.<\/p>\n<p>Vous le savez, je n\u2019aborde pas ce sujet de mani\u00e8re abstraite. Pendant pr\u00e8s de 30\u00a0ans, j\u2019ai travaill\u00e9 dans un secteur qui touche directement la vie des femmes. J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 leurs histoires, leurs douleurs, leurs inqui\u00e9tudes, leurs incompr\u00e9hensions face \u00e0 un syst\u00e8me qui, trop souvent, ne les entend pas ou ne les croit pas.<\/p>\n<p>J\u2019ai moi-m\u00eame travers\u00e9 l\u2019\u00e9preuve du cancer, tout comme ma fille cadette. Comme tant d\u2019autres femmes au Canada, j\u2019ai pu constater des sympt\u00f4mes banalis\u00e9s, des diagnostics longs \u00e0 obtenir et une pr\u00e9vention insuffisante.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>Ce projet de loi est le prolongement naturel de mon parcours en tant que femme, cheffe d\u2019entreprise, m\u00e8re et immigrante qui croit fermement que la sant\u00e9 des femmes n\u2019est pas un co\u00fbt, mais une voie vers l\u2019\u00e9quit\u00e9, la dignit\u00e9 et la prosp\u00e9rit\u00e9 pour l\u2019ensemble du pays.<\/p>\n<p>Avant d\u2019aller plus loin, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que ce projet de loi n\u2019est pas le mien. Il ne m\u2019appartient pas. Il est le fruit de conversations et d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues. Il est le fruit d\u2019un travail collectif, patient et souvent invisible, r\u00e9alis\u00e9 au fil des\u00a0ans par des cliniciens, des chercheurs, des organismes communautaires, des entreprises engag\u00e9es et, surtout, des femmes qui ont eu le courage de raconter leur souffrance. Je ne fais que reprendre le flambeau que d\u2019autres ont port\u00e9 pendant trop longtemps sans qu\u2019on les \u00e9coute.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est claire depuis des ann\u00e9es, et les besoins aussi. Pourtant, rien n\u2019a chang\u00e9. Ce d\u00e9calage entre nos connaissances et nos actions devrait tous nous pr\u00e9occuper.<\/p>\n<p>Je crois fermement que le S\u00e9nat est l\u2019endroit parfait pour confronter directement ces enjeux qui passent inaper\u00e7us, \u00e0 l\u2019abri des cycles \u00e9lectoraux et des r\u00e9flexes partisans.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>Le probl\u00e8me fondamental auquel nous faisons face est que personne n\u2019est ultimement responsable de la sant\u00e9 des femmes au Canada. Le syst\u00e8me actuel est une mosa\u00efque de comp\u00e9tences fragment\u00e9es. Les provinces dispensent les soins, les ordres professionnels r\u00e9glementent les praticiens, et les soci\u00e9t\u00e9s de sp\u00e9cialit\u00e9 \u00e9tablissent les normes cliniques. Parall\u00e8lement, les universit\u00e9s forment les m\u00e9decins et contr\u00f4lent la recherche. Sant\u00e9 Canada approuve les m\u00e9dicaments, tandis que les Instituts de recherche en sant\u00e9 du Canada financent les \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Je vous pose la question\u00a0: qui est donc responsable du bon fonctionnement global du syst\u00e8me pour les patientes? La r\u00e9ponse est simple\u00a0: personne. Tout le monde travaille en silo. Il faut donc une volont\u00e9 politique ferme pour coordonner l\u2019ensemble du syst\u00e8me. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ambition du cadre national que je propose.<\/p>\n<p>Avant de d\u00e9poser ce projet de loi, j\u2019ai pris le temps d\u2019\u00e9couter. Je tiens \u00e0 remercier en particulier la Coalition pour la sant\u00e9 des femmes, une organisation qui, depuis plus de 15\u00a0ans, \u0153uvre avec constance pour faire de la sant\u00e9 des femmes une priorit\u00e9 partout au Canada. Mon bureau et moi collaborons \u00e9troitement avec cette organisation depuis plusieurs mois. La coalition rassemble d\u2019un oc\u00e9an \u00e0 l\u2019autre des universitaires, des cliniciens, des experts en donn\u00e9es, des entreprises engag\u00e9es et des organismes communautaires unis par un seul et m\u00eame objectif\u00a0: faire progresser concr\u00e8tement la sant\u00e9 des femmes. J\u2019ai \u00e9galement \u00e9chang\u00e9 avec plus de 30 coll\u00e8gues s\u00e9nateurs et s\u00e9natrices, avec une vingtaine de d\u00e9put\u00e9s ainsi qu\u2019avec des ministres de toutes sensibilit\u00e9s politiques.<\/p>\n<p>Je veux remercier tous ceux qui ont pris le temps de me guider sur ce projet de loi, et particuli\u00e8rement mon \u00e9quipe et la Biblioth\u00e8que du Parlement ainsi que tous les traducteurs et traductrices. Tout cela m\u2019a permis de nourrir ma r\u00e9flexion, d\u2019am\u00e9liorer le texte du projet de loi et de confirmer une \u00e9vidence\u00a0: l\u2019inaction n\u2019est plus une option.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>\u00c0 ce stade-ci, il est important de pr\u00e9ciser que le projet de loi ne pr\u00e9voit pas la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau programme de soins. Il n\u2019impose rien aux provinces ni aux territoires. Il ne m\u00e9dicalise pas davantage la vie des femmes. Il ne cible pas une maladie en particulier. Ce qu\u2019il propose d\u00e9coule d\u2019une vision diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Le projet de loi conf\u00e8re \u00e0 la ministre de la Sant\u00e9 le devoir pr\u00e9cis d\u2019\u00e9laborer un cadre national sur la sant\u00e9 des femmes en collaboration avec la ministre des Femmes et de l\u2019\u00c9galit\u00e9 des genres, d\u2019autres ministres concern\u00e9s, les provinces, les territoires, les peuples autochtones et, ne l\u2019oublions pas, les organismes de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui s\u2019efforcent chaque jour de faire avancer cette cause importante.<\/p>\n<p>Cette approche est fond\u00e9e sur un choix clair, celui de la collaboration. Pour am\u00e9liorer durablement la sant\u00e9 des femmes, il faut une coordination structur\u00e9e, continue et partag\u00e9e entre tous les acteurs concern\u00e9s. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que le projet de loi \u00e9tablit des m\u00e9canismes concrets de dialogue et de suivi.<\/p>\n<p>En particulier, le projet de loi exige que la ministre de la Sant\u00e9 convoque au moins une conf\u00e9rence nationale r\u00e9unissant tous les intervenants concern\u00e9s pour \u00e9laborer le cadre. Les conf\u00e9rences subs\u00e9quentes auront lieu tous les trois\u00a0ans afin de recueillir des commentaires, de rectifier les priorit\u00e9s et d\u2019\u00e9valuer l\u2019efficacit\u00e9 des mesures mises en \u0153uvre au fil du temps.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>Cette coordination ne vaut que si elle s\u2019accompagne d\u2019une v\u00e9ritable reddition de comptes. En effet, le Parlement n\u2019est pas qu\u2019un simple observateur\u00a0: il est au c\u0153ur du dispositif.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 une strat\u00e9gie administrative lanc\u00e9e et suivie exclusivement par un minist\u00e8re, ce cadre national est soumis \u00e0 un contr\u00f4le parlementaire explicite. Ainsi, dans l\u2019ann\u00e9e suivant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la loi, le ministre devra d\u00e9poser devant le Parlement un rapport pr\u00e9sentant les priorit\u00e9s retenues et la strat\u00e9gie de mise en \u0153uvre du cadre national. Cinq\u00a0ans plus tard, un second rapport devra rendre compte de son efficacit\u00e9, des progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s en mati\u00e8re de recherche et d\u2019innovation, ainsi que de la collaboration avec les provinces et les territoires. Le projet de loi pr\u00e9voit \u00e9galement que la sant\u00e9 des femmes devienne un point permanent \u00e0 l\u2019ordre du jour des r\u00e9unions des ministres de la Sant\u00e9 au pays.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces obligations inscrit enfin la sant\u00e9 des femmes dans un cycle clair et transparent de suivi, d\u2019\u00e9valuation et de responsabilit\u00e9 parlementaire, loin d\u2019une approche ponctuelle, d\u00e9claratoire ou symbolique. Concr\u00e8tement, ce projet de loi s\u2019articule autour de quatre piliers compl\u00e9mentaires\u00a0: comprendre, pr\u00e9venir, former et coordonner. C\u2019est donc autour de ces axes que j\u2019organiserai la suite de mes propos.<\/p>\n<p>Disons-le clairement\u00a0: le Canada avance aujourd\u2019hui sans v\u00e9ritable boussole en mati\u00e8re de sant\u00e9 des femmes. Selon l\u2019indice mondial de la sant\u00e9 des femmes publi\u00e9 par Hologic, le Canada se classe au 64<sup>e<\/sup><span>\u00a0<\/span>rang mondial, loin derri\u00e8re plusieurs pays comparables. Les \u00c9tats-Unis se situent au 38<sup>e<\/sup><span>\u00a0<\/span>rang et le Royaume-Uni au 41<sup>e<\/sup><span>\u00a0<\/span>rang. Quant \u00e0 l\u2019Allemagne, elle se situe au sixi\u00e8me rang. En t\u00eate du classement figurent notamment Ta\u00efwan, le Kowe\u00eft et l\u2019Autriche. Ce r\u00e9sultat devrait nous interpeller collectivement, chers coll\u00e8gues. Il r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9calage pr\u00e9occupant entre l\u2019image que nous avons de notre syst\u00e8me de sant\u00e9, qui se veut universel, accessible et \u00e9quitable, et l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te v\u00e9cue par de nombreuses femmes au pays.<\/p>\n<p>C\u2019est ce m\u00eame constat qui a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 en\u00a0novembre\u00a0dernier par le Comit\u00e9 permanent de la sant\u00e9 de l\u2019autre endroit. Dans son rapport intitul\u00e9<span>\u00a0<\/span><i>La sant\u00e9 des femmes au Canada\u00a0: combler le foss\u00e9 entre les genres<\/i>, le comit\u00e9 reconnaissait explicitement ne pas s\u2019\u00eatre pench\u00e9 sur la sant\u00e9 des femmes pendant 28\u00a0ans. Vingt-huit\u00a0ans! Ce chiffre, \u00e0 lui seul, met en lumi\u00e8re un vide institutionnel qui ne peut plus \u00eatre ignor\u00e9.<\/p>\n<p>Le dernier cadre f\u00e9d\u00e9ral en mati\u00e8re de sant\u00e9 des femmes remonte \u00e0 1999. Outre le fait qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s ax\u00e9 sur la sant\u00e9 reproductive, il ne comportait aucun objectif mesurable, aucun m\u00e9canisme de suivi et aucune exigence de reddition de comptes devant le Parlement. Ce cadre n\u2019a pas \u00e9chou\u00e9 par manque d\u2019id\u00e9es, il a \u00e9chou\u00e9 par absence de structure.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>\u00c0 ce jour, les donn\u00e9es sur la sant\u00e9 des femmes sont diss\u00e9min\u00e9es au sein des gouvernements provinciaux et territoriaux, des organismes de recherche, des \u00e9tablissements de soins de sant\u00e9 et des minist\u00e8res f\u00e9d\u00e9raux. Elles ne sont pas harmonis\u00e9es, elles ne sont pas toujours comparables et elles ne permettent pas de dresser un tableau national fiable.<\/p>\n<p>Sans donn\u00e9es fiables, il devient impossible de bien cerner les in\u00e9galit\u00e9s, d\u2019en mesurer l\u2019ampleur, de suivre l\u2019\u00e9volution de la situation et, surtout, de combler les lacunes du syst\u00e8me. Cette fragmentation se refl\u00e8te \u00e9galement dans l\u2019acc\u00e8s aux soins.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, les initiatives existantes sont trop souvent ax\u00e9es sur un moment pr\u00e9cis de la vie, \u00e0 savoir l\u2019adolescence, la grossesse ou la m\u00e9nopause, sans offrir un v\u00e9ritable continuum de soins.<\/p>\n<p>Dans les collectivit\u00e9s rurales, nordiques et \u00e9loign\u00e9es, l\u2019acc\u00e8s aux services est limit\u00e9 par la raret\u00e9 des professionnels, les grandes distances \u00e0 parcourir et les longs temps d\u2019attente. Ces contraintes donnent lieu au d\u00e9pistage tardif de maladies et \u00e0 des soins incomplets.<\/p>\n<p>Enfin, comme nous le savons tous, les probl\u00e8mes d\u2019acc\u00e8s touchent de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e les femmes autochtones, racis\u00e9es et immigrantes, ainsi que les femmes handicap\u00e9es, celles qui rencontrent des obstacles linguistiques, culturels et physiques et, parfois, qui font l\u2019objet de discrimination syst\u00e9mique. Ces in\u00e9galit\u00e9s ne font pas que s\u2019additionner\u00a0: elles sont amplifi\u00e9es.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>Toutefois, toutes ces in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s r\u00e9v\u00e8lent un probl\u00e8me plus large\u00a0: un sous-financement chronique de la recherche en mati\u00e8re de sant\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p>En 2020, moins de 5\u00a0% du financement mondial de la recherche et du d\u00e9veloppement \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 des femmes. Au Canada, cette part n\u2019atteignait encore que 7\u00a0% du financement f\u00e9d\u00e9ral en 2025.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est ni marginal, ni accidentel, ni r\u00e9cent.<\/p>\n<p>Entre 2009 et 2020, \u00e0 peine 6\u00a0% des fonds des Instituts de recherche en sant\u00e9 du Canada ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 des projets portant sur la sant\u00e9 des femmes, qui \u00e9taient le plus souvent centr\u00e9s sur le cancer.<\/p>\n<p>Selon les donn\u00e9es du Centre pour l\u2019avancement de la recherche et des soins chirurgicaux du Centre universitaire de sant\u00e9 McGill, la recherche sur l\u2019endom\u00e9triose demeure massivement sous-financ\u00e9e par rapport \u00e0 d\u2019autres affections chroniques.<\/p>\n<p>En 2022, on estimait qu\u2019environ 4 $ par patiente \u00e9taient investis annuellement dans la recherche sur l\u2019endom\u00e9triose, comparativement \u00e0 31 $ par patient pour le diab\u00e8te et \u00e0 130 $ pour la maladie de Crohn.<\/p>\n<p>Ces chiffres mettent en \u00e9vidence une lacune majeure\u00a0: l\u2019absence d\u2019un cadre national pouvant fixer des priorit\u00e9s claires et partag\u00e9es en mati\u00e8re de sant\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p>Le sous-financement n\u2019est qu\u2019une partie\u00a0du probl\u00e8me. Les femmes restent \u00e9galement sous-repr\u00e9sent\u00e9es dans la recherche elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Un exemple est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: les trois quarts des personnes atteintes de scl\u00e9rose en plaques sont des femmes.<\/p>\n<p>Pourtant, seulement quelques centaines d\u2019\u00e9tudes\u00a0\u2014 environ 350 sur plus de 100\u00a0000\u00a0\u2014 abordent des enjeux sp\u00e9cifiquement li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9ficit de connaissances est d\u2019autant plus alarmant que les maladies chroniques touchent davantage les femmes que les hommes.<\/p>\n<p>Selon l\u2019Agence de la sant\u00e9 publique du Canada, chez les 65\u00a0ans et plus, l\u2019ost\u00e9oporose est 196\u00a0% plus fr\u00e9quente chez les femmes, l\u2019arthrose, 38\u00a0% et la d\u00e9mence, 25\u00a0%.<\/p>\n<p>La sous-repr\u00e9sentation dans la recherche ne touche pas seulement les femmes en g\u00e9n\u00e9ral. Elle affecte aussi certains groupes de femmes de fa\u00e7on particuli\u00e8re, notamment celles qui \u00e9voluent dans des milieux professionnels fortement masculinis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans des secteurs comme les Forces arm\u00e9es canadiennes, les services policiers ou les services d\u2019incendie, voire dans le milieu sportif, les donn\u00e9es sur la sant\u00e9 des femmes sont encore tr\u00e8s insuffisantes.<\/p>\n<p>En tant que capitaine honoraire de la Garde c\u00f4ti\u00e8re canadienne et lieutenante-colonelle d\u2019un r\u00e9giment de r\u00e9servistes, j\u2019y suis particuli\u00e8rement sensible. Les donn\u00e9es disponibles sugg\u00e8rent notamment des enjeux accrus en mati\u00e8re de troubles de la personnalit\u00e9, de maladies sexuellement transmissibles, d\u2019incontinences, d\u2019infections urinaires ou encore d\u2019infertilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9ficit de connaissances n\u2019est pas neutre.<\/p>\n<p>Il se traduit par des traitements moins adapt\u00e9s et des r\u00e9sultats de sant\u00e9 inf\u00e9rieurs pour les femmes.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>La m\u00eame tendance s\u2019observe dans le domaine des soins contre le cancer, o\u00f9 la gravit\u00e9 des cancers gyn\u00e9cologiques contraste fortement avec les ressources limit\u00e9es qui y sont consacr\u00e9es. Par exemple, la recherche sur le cancer de l\u2019ovaire re\u00e7oit cinq fois moins de financement que la recherche sur le cancer du sein et la moiti\u00e9 du financement allou\u00e9 \u00e0 la recherche sur le cancer de la prostate. \u00c9videmment, ce manque de ressources a un prix \u00e9lev\u00e9. Le taux de survie apr\u00e8s cinq\u00a0ans pour le cancer de l\u2019ovaire est de 44\u00a0%, soit \u00e0 peine la moiti\u00e9 de celui du cancer du sein, qui est de 89\u00a0%.<\/p>\n<p>Cependant, la recherche, aussi essentielle soit-elle, ne suffit pas. Les connaissances acquises doivent se traduire par une pr\u00e9vention efficace, un d\u00e9pistage pr\u00e9coce et des pratiques cliniques qui refl\u00e8tent r\u00e9ellement les exp\u00e9riences des femmes.<\/p>\n<p>Comprendre, c\u2019est reconna\u00eetre ces faits. Cela signifie qu\u2019il faut examiner les donn\u00e9es telles qu\u2019elles sont, sans complaisance. Cependant, la compr\u00e9hension ne suffit pas non plus. Nous devons agir beaucoup plus t\u00f4t. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019objectif du deuxi\u00e8me pilier de ce projet de loi\u00a0: le d\u00e9pistage et la pr\u00e9vention.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>La pr\u00e9vention et le d\u00e9pistage figurent parmi les leviers les plus importants et les plus puissants pour am\u00e9liorer durablement la sant\u00e9 des femmes. Ce sont pourtant ceux que nous mobilisons le moins efficacement.<\/p>\n<p>Ce qui fait d\u00e9faut, c\u2019est une mise en \u0153uvre structur\u00e9e et coordonn\u00e9e des politiques de pr\u00e9vention et de d\u00e9pistage.<\/p>\n<p>Le cancer du col de l\u2019ut\u00e9rus en est une illustration particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019un des rares cancers pouvant \u00eatre d\u00e9pist\u00e9s avant l\u2019apparition des sympt\u00f4mes et c\u2019est un cancer largement \u00e9vitable, gr\u00e2ce \u00e0 la vaccination contre le virus du papillome humain.<\/p>\n<p>Toutes les provinces et tous les territoires offrent des programmes de d\u00e9pistage et de vaccination en milieu scolaire. Tous.<\/p>\n<p>Sur papier, tous les outils sont en place. Pourtant, les r\u00e9sultats ne suivent pas\u00a0: les taux de vaccination varient de 68\u00a0% en Ontario \u00e0 93\u00a0% \u00e0 Terre-Neuve-et-Labrador selon les administrations, ce qui compromet l\u2019objectif visant \u00e0 \u00e9liminer le cancer du col de l\u2019ut\u00e9rus d\u2019ici 2040.<\/p>\n<p>Le vaccin est disponible et efficace et il permet de pr\u00e9venir environ 95\u00a0% des cancers du col de l\u2019ut\u00e9rus.<\/p>\n<p>Alors, comment se fait-il qu\u2019il y ait une augmentation de cas de cancer de l\u2019ut\u00e9rus apr\u00e8s des d\u00e9cennies de recul, sachant qu\u2019il touche majoritairement des femmes \u00e2g\u00e9es de moins de 50\u00a0ans?<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que cette progression s\u2019explique notamment par une baisse de la participation aux programmes de d\u00e9pistage et de vaccination.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, sur le plan du d\u00e9pistage en g\u00e9n\u00e9ral, les chiffres sont pr\u00e9occupants.<\/p>\n<p>Au Canada, seulement 15\u00a0% des femmes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pist\u00e9es pour un cancer au cours de la derni\u00e8re ann\u00e9e. Moins d\u2019une femme sur quatre a \u00e9t\u00e9 test\u00e9e pour le diab\u00e8te. Par ailleurs, plus d\u2019un tiers d\u00e9clarent avoir renonc\u00e9 \u00e0 des soins pour des raisons \u00e9conomiques. Le d\u00e9pistage du cancer du sein illustre clairement cette d\u00e9sorganisation d\u2019ensemble.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, je dois souligner que le Qu\u00e9bec a fait le choix de l\u2019initiative. Les services de sant\u00e9 envoient directement aux femmes admissibles une lettre d\u2019invitation qui vaut pour ordonnance. Cette pratique exemplaire \u00e9limine d\u2019un seul geste les barri\u00e8res administratives et psychologiques. Les patientes n\u2019ont pas \u00e0 faire les d\u00e9marches elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Cependant, dans d\u2019autres provinces et territoires, la responsabilit\u00e9 repose encore enti\u00e8rement sur la patiente, \u00e0 qui l\u2019on demande de s\u2019informer et de faire les d\u00e9marches, parfois sans m\u00eame savoir qu\u2019elle est \u00e0 risque. Ne serait-il pas plus pertinent de passer d\u2019un syst\u00e8me qui attend que les femmes tombent malades \u00e0 un syst\u00e8me qui va au-devant d\u2019elles, de fa\u00e7on syst\u00e9matique et proactive?<\/p>\n<p>Ici encore, ce n\u2019est pas une question de technologie, mais d\u2019organisation, de coordination et de volont\u00e9 politique. La pr\u00e9vention ne suffit pas si, une fois devant le m\u00e9decin, la parole de la femme n\u2019est pas entendue. C\u2019est ici qu\u2019intervient notre troisi\u00e8me pilier\u00a0: mieux former et rompre avec la banalisation trop souvent fr\u00e9quente de la douleur f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Comprendre est essentiel, pr\u00e9venir est indispensable. Toutefois, entre la production du savoir et son application concr\u00e8te, il existe un maillon d\u00e9cisif\u00a0: la formation et les pratiques cliniques. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau que persistent des biais profonds qui continuent d\u2019influencer concr\u00e8tement la mani\u00e8re dont les femmes sont diagnostiqu\u00e9es et soign\u00e9es. Ces biais ne sont ni anecdotiques ni accidentels. Ils s\u2019enracinent dans l\u2019histoire m\u00eame de notre syst\u00e8me de sant\u00e9, longtemps construit autour d\u2019un mod\u00e8le implicite\u00a0: celui du corps masculin comme norme de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>On le voit, la sant\u00e9 des femmes n\u2019y a pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e en tant que telle. Elle a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e progressivement, par ajustements successifs.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>En clair, le traitement des femmes n\u2019est pas le m\u00eame que celui des hommes, et il ne devrait pas \u00eatre le m\u00eame. Pourtant, trop souvent, les outils, les protocoles et les r\u00e9flexes cliniques sont encore bas\u00e9s sur des mod\u00e8les masculins.<\/p>\n<p>Cette situation se manifeste d\u00e8s la formation m\u00e9dicale. Dans les facult\u00e9s de m\u00e9decine canadiennes, moins de 10\u00a0% des programmes comportent un volet consacr\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 des femmes. Les cons\u00e9quences de ce manque de formation sp\u00e9cialis\u00e9e sont bien connues.<\/p>\n<p>Prenons l\u2019exemple des maladies cardiovasculaires. Dans le cas des femmes, les sympt\u00f4mes sont souvent moins \u00e9vidents, moins caract\u00e9ristiques et moins visibles. Par cons\u00e9quent, on les reconna\u00eet beaucoup plus tard.<\/p>\n<p>En cas de crise cardiaque, seules 29\u00a0% des femmes ont droit \u00e0 un \u00e9lectrocardiogramme dans les d\u00e9lais recommand\u00e9s, contre 38\u00a0% des hommes. Seules 32\u00a0% des femmes re\u00e7oivent rapidement une th\u00e9rapie de reperfusion, contre 59\u00a0% des hommes. En outre, les signes pr\u00e9coces d\u2019une crise cardiaque sont ignor\u00e9s pour 78\u00a0% des femmes, ce qui en retarde la d\u00e9tection et le traitement.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es canadiennes montrent que les taux de mortalit\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 la suite d\u2019une crise cardiaque sont globalement plus \u00e9lev\u00e9s pour les femmes\u00a0\u2014 6,50\u00a0%\u00a0\u2014 que pour les hommes\u00a0\u2014 4,34\u00a0%.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne va bien au-del\u00e0 de la sant\u00e9 cardiovasculaire. Aujourd\u2019hui, pr\u00e8s de 70\u00a0% des patients qui pr\u00e9sentent des sympt\u00f4mes dits m\u00e9dicalement inexplicables sont des femmes. Plus de 1\u00a0000 maladies courantes sont diagnostiqu\u00e9es en moyenne 3\u00a0ans plus tard parmi les femmes, par rapport aux hommes.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte des ann\u00e9es de souffrance non reconnue et des ann\u00e9es \u00e0 douter de son corps. Cette in\u00e9galit\u00e9 est encore plus prononc\u00e9e lorsqu\u2019il s\u2019agit des maladies propres au corps f\u00e9minin.<\/p>\n<p>L\u2019endom\u00e9triose en est l\u2019exemple le plus frappant. \u00c9coutez ceci\u00a0: il faut en moyenne de 7 \u00e0 10\u00a0ans pour obtenir un diagnostic. Selon EndoAct Canada, m\u00eame apr\u00e8s le diagnostic, les femmes attendent entre 6 et 18 mois pour consulter un sp\u00e9cialiste, puis encore 6 \u00e0 24 mois avant d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce probl\u00e8me touche une partie\u00a0importante de la population\u00a0: au moins 1 femme sur 10 en \u00e2ge de procr\u00e9er.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>Certaines populations sont encore plus expos\u00e9es\u00a0: les femmes vivant dans les r\u00e9gions rurales ou \u00e9loign\u00e9es, les femmes autochtones ou issues de minorit\u00e9s ou les femmes \u00e0 faible revenu.<\/p>\n<p>On constate aussi les cons\u00e9quences de cette m\u00e9connaissance du corps f\u00e9minin dans les erreurs m\u00e9dicamenteuses. Ainsi, les femmes pr\u00e9sentent davantage d\u2019effets ind\u00e9sirables provoqu\u00e9s par les m\u00e9dicaments et des taux d\u2019hospitalisation plus \u00e9lev\u00e9s li\u00e9s \u00e0 ces effets.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude publi\u00e9e en 2025 dans le journal de la Soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne de cardiologie montre ainsi que les b\u00eata-bloquants, largement utilis\u00e9s dans le traitement de l\u2019insuffisance cardiaque, sont moins efficaces chez les femmes et peuvent m\u00eame \u00eatre associ\u00e9s \u00e0 une augmentation de leur mortalit\u00e9.<\/p>\n<p>Voici un autre exemple\u00a0: la posologie du Zolpidem, un hypnotique, n\u2019a \u00e9t\u00e9 ajust\u00e9e pour les femmes qu\u2019en 2013, soit 21\u00a0ans apr\u00e8s que le produit a \u00e9t\u00e9 mis sur le march\u00e9. Nous voyons bien que tout cela r\u00e9sulte d\u2019un syst\u00e8me qui a longtemps pens\u00e9 la sant\u00e9 au masculin. C\u2019est sans compter que la sant\u00e9 des femmes est encore trop souvent r\u00e9duite aux seins et aux organes reproducteurs, invisibilisant de nombreuses pathologies, comme le lip\u0153d\u00e8me, qui touche presque exclusivement les femmes.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9calage entre la physiologie f\u00e9minine et certaines prises en charge m\u00e9dicales, je l\u2019ai v\u00e9cu personnellement. Il y a quelques ann\u00e9es, ma fille a\u00een\u00e9e pr\u00e9sentait des troubles cardiaques inqui\u00e9tants. Les examens se succ\u00e9daient et tr\u00e8s vite, un diagnostic s\u2019est impos\u00e9\u00a0: elle avait besoin de m\u00e9dication lourde, voire d\u2019une chirurgie cardiaque. Toute la famille a travers\u00e9 une p\u00e9riode de tr\u00e8s grande angoisse.<\/p>\n<p>C\u2019est en cherchant des r\u00e9ponses au Canada, en France et aux \u00c9tats-Unis que nous avons d\u00e9couvert que le probl\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas d\u2019abord cardiaque, mais hormonal. Un simple r\u00e9\u00e9quilibrage hormonal a permis d\u2019\u00e9viter une intervention au c\u0153ur. Cette histoire est loin d\u2019\u00eatre unique. Elle r\u00e9v\u00e8le \u00e9videmment un probl\u00e8me syst\u00e9mique\u00a0: un corps f\u00e9minin encore trop souvent \u00e9tudi\u00e9 en silo, soit le c\u0153ur d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les hormones de l\u2019autre.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>Ces in\u00e9galit\u00e9s ne s\u2019arr\u00eatent pas au diagnostic ou au traitement. Ils s\u2019\u00e9tendent \u00e0 l\u2019organisation m\u00eame des soins. Un exemple particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur concerne le mode de r\u00e9mun\u00e9ration des actes m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude publi\u00e9e en 2023 dans le<span>\u00a0<\/span><i>Journal canadien de chirurgie<\/i><span>\u00a0<\/span>montre que, dans huit provinces et territoires, la r\u00e9mun\u00e9ration des chirurgiens qui traitent principalement des femmes est en moyenne 28\u00a0% inf\u00e9rieure \u00e0 celle des chirurgiens qui pratiquent des interventions de complexit\u00e9 comparable sur des hommes.<\/p>\n<p>Par exemple, une hyst\u00e9rectomie entra\u00eene une r\u00e9mun\u00e9ration moins \u00e9lev\u00e9e qu\u2019une prostatectomie, malgr\u00e9 une complexit\u00e9 technique \u00e9quivalente. En cons\u00e9quence, lorsque les proc\u00e9dures sont sous-valoris\u00e9es, les sp\u00e9cialit\u00e9s deviennent moins attrayantes, les volumes diminuent, les temps d\u2019attente s\u2019allongent et la qualit\u00e9 des soins en p\u00e2tit.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>N\u2019oublions pas, par ailleurs, que les d\u00e9s\u00e9quilibres ne concernent pas uniquement la sant\u00e9 physique. Les femmes sont davantage touch\u00e9es par l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et la d\u00e9pression, et bien plus expos\u00e9es aux violences physiques, psychologiques et sexuelles, ce qui accro\u00eet les risques de troubles de sant\u00e9 mentale. Il ne s\u2019agit pas de fragilit\u00e9s individuelles, mais de m\u00e9canismes structurels.<\/p>\n<p>Il existe aussi un ph\u00e9nom\u00e8ne plus discret, mais tout aussi d\u00e9terminant\u00a0: la banalisation de la douleur des femmes, celle-ci \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e comme une fatalit\u00e9 li\u00e9e au fait d\u2019\u00eatre une femme. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des facteurs culturels et sociaux souvent invisibles. Le rapport au corps, \u00e0 la douleur et \u00e0 la parole varie fortement selon les contextes. Dans certaines cultures, la douleur se tait par pudeur. Lorsque la parole ne circule pas, le syst\u00e8me ne peut pas r\u00e9pondre. Les sympt\u00f4mes sont minimis\u00e9s, les diagnostics retard\u00e9s et les in\u00e9galit\u00e9s se creusent.<\/p>\n<p>Ces m\u00e9canismes ont tous un point commun\u00a0: ils ne rel\u00e8vent pas d\u2019un manque de bonne volont\u00e9\u00a0\u2014 loin de l\u00e0\u00a0\u2014 mais d\u2019un d\u00e9ficit de formation et de compr\u00e9hension. Lorsque la douleur est banalis\u00e9e, lorsque les codes culturels ne sont pas compris, le syst\u00e8me m\u00e9dical passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des signaux d\u2019alerte. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau que la formation des professionnels devient un levier central de pr\u00e9vention.<\/p>\n<p>Chers coll\u00e8gues, toutes ces r\u00e9alit\u00e9s ont un co\u00fbt collectif. Les Canadiennes passent 24\u00a0% plus de temps que les hommes en mauvaise sant\u00e9 ou \u00e0 divers degr\u00e9s d\u2019invalidit\u00e9. Former les praticiens est donc essentiel, non seulement sur le plan m\u00e9dical, mais aussi sur les plans humain, culturel et relationnel. C\u2019est l\u2019un des piliers fondamentaux de ce projet de loi.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces donn\u00e9es, une question s\u2019impose avec force\u00a0: comment peut-on rester sourds \u00e0 une insatisfaction aussi massive, exprim\u00e9e depuis si longtemps par celles qui vivent le syst\u00e8me au quotidien?<\/p>\n<p>Deux enqu\u00eates distinctes, l\u2019une men\u00e9e par la Fondation Izaac Walton Killam\u00a0\u2014 plus connue sous le nom Fondation IWK\u00a0\u2014 et l\u2019autre par la plateforme de t\u00e9l\u00e9m\u00e9decine Maple, convergent vers le m\u00eame r\u00e9sultat\u00a0: plus de trois quarts des r\u00e9pondantes estiment que le syst\u00e8me actuel ne r\u00e9pond pas du tout \u00e0 leurs besoins.<\/p>\n<p>Chers coll\u00e8gues, lorsque la majorit\u00e9 des citoyennes dit clairement \u00ab cela ne fonctionne pas pour nous \u00bb, il ne s\u2019agit plus d\u2019un malaise individuel, c\u2019est un signal d\u2019alarme pour les d\u00e9cideurs publics. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que le r\u00f4le du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral prend tout son sens, non pas pour se substituer aux provinces, mais pour faire ce qu\u2019aucun ordre de gouvernement ne peut accomplir seul\u00a0: donner de la coh\u00e9rence; harmoniser les donn\u00e9es; relier la recherche, la pr\u00e9vention et les soins; et assurer une vision pancanadienne \u00e9quitable. C\u2019est exactement l\u2019objet de ce projet de loi.<\/p>\n[<i>Traduction<\/i>]\n<p>En tant que femme d\u2019affaires, je tiens \u00e9galement \u00e0 souligner le co\u00fbt \u00e9conomique d\u2019un syst\u00e8me qui ne respecte pas la sant\u00e9 des femmes comme il le devrait. Le Forum \u00e9conomique mondial nous montre que combler cet \u00e9cart pourrait g\u00e9n\u00e9rer, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, jusqu\u2019\u00e0 1 billion de dollars am\u00e9ricains par an d\u2019ici 2040.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le Canada est aux prises avec un paradoxe troublant. Malgr\u00e9 son syst\u00e8me de sant\u00e9 universel et son appartenance au G7, notre pays figure parmi ceux o\u00f9 le co\u00fbt \u00e9conomique de la mauvaise sant\u00e9 des femmes sera le plus \u00e9lev\u00e9 par rapport au PIB pr\u00e9vu d\u2019ici 2040. Autrement dit, nous avons les outils n\u00e9cessaires, mais nous payons le prix de notre inaction.<\/p>\n<p>Par exemple, selon la Fondation canadienne de la m\u00e9nopause, les effets non trait\u00e9s de la m\u00e9nopause co\u00fbteraient, \u00e0 eux seuls, environ 3,5 milliards de dollars par ann\u00e9e. Cela comprend 237 millions de dollars en perte de productivit\u00e9 et pr\u00e8s de 540\u00a0000 jours de travail perdus chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019endom\u00e9triose et selon l\u2019organisme EndoAct Canada, la mauvaise gestion de cette maladie entra\u00eenerait des pertes \u00e9conomiques estim\u00e9es \u00e0 2,5 milliards de dollars par ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Selon les chiffres du Forum \u00e9conomique mondial, \u00e9liminer les in\u00e9galit\u00e9s et combler les lacunes en mati\u00e8re de sant\u00e9 des femmes pourrait r\u00e9duire de pr\u00e8s des deux tiers le temps que celles-ci passent en mauvaise sant\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, cela pourrait ajouter en moyenne sept jours de vie en sant\u00e9 par femme et par ann\u00e9e. Cela repr\u00e9sente un total de plus de 500 jours au cours de la vie d\u2019une femme.<\/p>\n<p>Toujours selon le Forum \u00e9conomique mondial, cela pourrait \u00e9galement injecter 37 milliards de dollars par ann\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie canadienne d\u2019ici 2040. Au-del\u00e0 du co\u00fbt \u00e9conomique, il y a un co\u00fbt humain qui est support\u00e9 par les femmes partout au pays et qui est trop souvent ignor\u00e9. C\u2019est intol\u00e9rable.<\/p>\n[<i>Fran\u00e7ais<\/i>]\n<p>Chers coll\u00e8gues, investir dans la sant\u00e9 des femmes, ce n\u2019est pas alourdir la d\u00e9pense publique, c\u2019est renforcer nos familles, notre tissu social et notre \u00e9conomie. Le Canada se veut et se dit un leader en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quit\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de diversit\u00e9. Voici donc l\u2019occasion de traduire cette ambition en d\u00e9cisions concr\u00e8tes. Nous ne devons jamais oublier que derri\u00e8re tous ces chiffres, il y a des parcours de vie, il y a des femmes.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9p\u00f4t de ce projet de loi, elles sont nombreuses \u00e0 nous avoir \u00e9crit pour d\u00e9crire des soins difficiles, des douleurs insoutenables et un profond sentiment d\u2019abandon. Certaines racontent des interventions jug\u00e9es banales, dont les cons\u00e9quences ont pourtant boulevers\u00e9 leur vie\u00a0: douleurs chroniques, perte de mobilit\u00e9, atteinte \u00e0 l\u2019intimit\u00e9, impossibilit\u00e9 de travailler.<\/p>\n<p>Chers coll\u00e8gues, le projet de loi\u00a0S-243 ne pr\u00e9tend pas tout r\u00e9gler. Il propose les conditions n\u00e9cessaires pour faire mieux. Mieux, parce que plus \u00e9quitable et plus rigoureux. Je vous invite donc \u00e0 l\u2019appuyer, non par r\u00e9flexe partisan, non par id\u00e9ologie, mais parce que le statu quo n\u2019est absolument plus tenable.<\/p>\n<p>Avant de conclure, je tiens encore \u00e0 remercier tous ceux et celles qui, chaque jour, font avancer la sant\u00e9 des femmes, souvent dans l\u2019ombre, souvent sans reconnaissance. Ce projet de loi leur doit beaucoup. Je veux prendre un moment pour remercier les femmes qui ont t\u00e9moign\u00e9, celles qui ont mis des mots sur des douleurs longtemps ignor\u00e9es. Il faut du courage pour dire que quelque chose ne fonctionne pas, surtout lorsqu\u2019on a trop souvent appris \u00e0 se taire.<\/p>\n<p>Il est plus que temps d\u2019envoyer enfin un message clair \u00e0 toutes ces femmes. Je vous demande donc d\u2019appuyer ce projet de loi et de l\u2019envoyer au plus vite en comit\u00e9. C\u2019est urgent. En faisant cela, nous disons simplement, mais fermement \u00e0 toutes ces femmes\u00a0: nous vous voyons, nous vous entendons, et nous agissons pour vous avec vous.<\/p>\n<p>Je vous remercie.<span>\u00a0<\/span><i>Meegwetch<\/i>.<\/p>\n<p><b>Des voix :<span>\u00a0<\/span><\/b>Bravo!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019honorable Dani\u00e8le Henkel : Honorables s\u00e9nateurs, je remercie ceux et celles qui sont encore l\u00e0 ce soir. Je souhaite vous parler des femmes, de nos m\u00e8res, de nos s\u0153urs et de nos filles, de celles qui \u00e9l\u00e8vent des enfants, de celles qui prennent soin de leurs proches, de celles qui travaillent, qui entreprennent, qui cr\u00e9ent&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1924,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"wds_primary_category":0,"footnotes":""},"categories":[98],"tags":[],"senator_posts":[194],"class_list":["post-20290","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-discours","senator_posts-l-hon-daniele-henkel"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20290","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20290"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20290\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1924"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20290"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20290"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20290"},{"taxonomy":"senator_posts","embeddable":true,"href":"https:\/\/theprogressives.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/senator_posts?post=20290"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}