Mamadosewin (lieu de rencontre, marcher ensemble)

Tout le monde doit tirer avantage de la renégociation de l’ALENA

Tout le monde doit tirer avantage de la renégociation de l’ALENA

Tout le monde doit tirer avantage de la renégociation de l’ALENA


Publié le 1 octobre 2017
Publication @fr par l’hon. Colin Kenny (retraité)

Le premier ministre a été clair : son gouvernement prendra les moyens nécessaires pour soutenir la classe moyenne canadienne et ceux qui souhaitent en faire partie.

Alors que nous entamons le troisième tour des négociations de l’ALENA, c’est le moment ou jamais pour le Canada de décider s’il maintiendra la gestion de l’offre en faveur de 14 000 producteurs, ou s’il adoptera plutôt un accord de libre-échange plus moderne en faveur de 13 millions de familles.

Selon plusieurs études qui ont été menées par Le Conference Board du Canada, l’Institut économique de Montréal et des chercheurs de l’Université du Manitoba, un détachement graduel de la gestion de l’offre permettrait aux ménages canadiens d’économiser entre 300 et 500 $ annuellement.

La gestion de l’offre vise à fournir à un petit groupe de producteurs de cinq secteurs d’activité (dont les secteurs des produits laitiers, de la dinde, du poulet et des œufs) des prix et des profits stables, mais elle a pour effet de gonfler les prix que doivent payer les familles canadiennes pour des produits alimentaires de base.

Ce système ne peut fonctionner correctement que si le gouvernement impose d’importants droits à l’importation et que si des agences nationales de commercialisation contrôlent la production et le prix de gros.

Les producteurs aiment bien se vanter que la gestion de l’offre ne coûte rien aux contribuables. Toutefois, ils ont apparemment trouvé le moyen d’éviter l’intermédiaire du gouvernement et de piger directement dans les poches des familles de la classe moyenne.

De plus, lors de la mise en œuvre de l’Accord de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne, en août dernier, ces producteurs ont eu la chance de recevoir 350 millions de dollars du gouvernement fédéral pour les aider à moderniser leurs installations et à mettre au point de nouveaux produits et processus.

Si le Partenariat transpacifique avait été ratifié, les producteurs auraient même pu toucher une aide financière de 2,4 milliards de dollars au titre du programme de revenu garanti, qui aurait protégé la totalité de leurs revenus pendant 10 ans, et 1,5 milliard de dollars du programme de garantie de la valeur des quotas s’ils atteignaient leurs quotas de vente.

Mettons les choses au clair : la plupart des producteurs canadiens (comme les producteurs de bœuf, de porc, d’agneau, de brocolis, de navets, de céleris, de framboises et de choux-fleurs) n’ont pas accès à de tels mécanismes de protection des prix, à des garanties de revenu et à des subventions pour la modernisation. Ils ont trouvé une façon d’être concurrentiels sans que le gouvernement fédéral impose de droits à l’importation, sans pratiquer de prix abusifs et sans profiter des largesses du gouvernement.

Pour parvenir à un équilibre lors des négociations de l’ALENA, il sera important de se rappeler que le « E » dans « ALENA » signifie « échange ». Le Canada est un pays d’échange; un pays commerçant.

Si nous acceptons de nous détacher graduellement de la gestion de l’offre et d’ouvrir le marché canadien à une importation plus importante d’œufs, de produits laitiers, de poulet et de dinde, nos négociateurs devraient le faire uniquement à la condition qu’on tranche le conflit du bois d’œuvre qui perdure entre le Canada et les États-Unis et qui perturbe l’exportation depuis plus de 20 ans.

Si les négociations sont couronnées de succès, le premier ministre pourra annoncer à la population canadienne qu’il a agi dans l’intérêt de la classe moyenne afin de réduire les prix des principaux produits alimentaires (comme le lait, le fromage et même la pizza), tout en préservant des centaines d’emplois dans le secteur forestier canadien.

Les Canadiens ne seront toutefois pas les seuls à en tirer avantage.

Le président américain Donald Trump pourra annoncer une importante victoire commerciale pour avoir incité le Canada à se détacher peu à peu de la gestion de l’offre, comme le réclament des producteurs du Wisconsin, un État pivot lors des élections, où Paul Ryan, président de la Chambre des représentants et membre du Congrès, a par ailleurs vu le jour.

De plus, tous les Américains auront accès au bois d’œuvre canadien qui est moins dispendieux que celui produit ailleurs, surtout au moment où le marché de l’habitation est en pleine expansion et où la population américaine tente de reconstruire ses infrastructures dévastées par le passage des ouragans au Texas et en Floride.

Un détachement graduel de la gestion de l’offre pour s’en délivrer complètement comportera des avantages pour plusieurs parties des deux côtés de la frontière :

  • les producteurs américains auront un meilleur accès au marché canadien;
  • les consommateurs canadiens verront le prix de leur panier d’épicerie diminuer de manière considérable;
  • les producteurs de bois d’œuvre canadiens et américains pourront enfin mettre un terme à ce conflit inutile qui perdure depuis trop longtemps;
  • le nombre d’emplois dans le secteur forestier canadien connaîtra une augmentation;
  • les consommateurs américains pourront se procurer des matériaux de construction à un prix plus abordable;
  • les producteurs canadiens qui ont tiré profit de la gestion de l’offre depuis les 60 dernières années recevront une offre financière d’une valeur équivalente, voire supérieure, à celle dont il était question dans le Partenariat transpacifique.

[Colin Kenny est un ancien membre du Comité sénatorial permanent des banques et du commerce et a déjà été président du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration.]