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Recherche et sauvetage : une priorité

Recherche et sauvetage : une priorité

Recherche et sauvetage : une priorité


Publié le 20 août 2016
Publication @fr par l’hon. Colin Kenny (retraité)

Depuis que le gouvernement est entré en fonction en décembre dernier, le ministre de la Défense nationale passe beaucoup de temps à réfléchir au rôle militaire du Canada en Irak, au remplacement des CF‑18 et à un rôle futur dans des missions de maintien de la paix.

Aussi importantes que soient ces questions, le ministre aurait intérêt à consacrer un peu de son temps à un autre dossier négligé : la recherche et le sauvetage (SAR). En vérité, les activités de recherche et sauvetage soulèvent bien peu d’attention jusqu’à ce que les choses tournent mal.

Voici une histoire que je raconte souvent lorsqu’il est question de recherche et sauvetage et dont la plupart des Canadiens se souviendront probablement. En octobre 2011, le sergent Janick Gilbert, technicien en recherche et sauvetage (tech SAR) et son équipe ont été appelés à se rendre à Igloolik, au Nunavut, pour porter secours à un jeune homme et son père échoués sur la glace. Trente minutes avant le coucher du soleil et la noirceur totale, les techniciens en recherche et sauvetage ont sauté en parachute dans des vagues de plus de trois mètres. La température était de -8 ⁰C et les rafales de vent atteignaient les 60 kilomètres-heure. Le chef de l’équipe, le sergent Gilbert, a amerri le plus loin du radeau de sauvetage. On l’a retrouvé cinq heures plus tard, flottant sans vie.

Le sergent Gilbert a reçu, à titre posthume, l’Étoile du courage pour  ses actes.

Ce n’est là qu’un seul exemple des plus de 10 000 incidents de recherche et sauvetage qui se produisent chaque année, dont environ 1 200 sont considérés comme des situations de vie ou de mort. Le nombre  même de sauvetages annuels est aggravé par la vaste étendue du territoire que les techniciens en SAR sont appelés à couvrir. Les opérations canadiennes de recherche et sauvetage se divisent trois territoires totalisant 18 millions de kilomètres carrés. Le plus vaste de ces territoires, la région de Trenton, s’étend sur plus de 10 millions de kilomètres carrés, ce qui représente 15 fois la superficie de la France.

Pour accomplir leur travail, les techniciens en SAR dépendent d’un certain nombre d’aéronefs à voilure fixe et tournante, y compris l’hélicoptère CH-149 Cormorant.

Même si les appareils Cormorant sont des aéronefs de recherche et sauvetage très efficaces, ils sont simplement en nombre insuffisant pour desservir un pays de la taille du Canada. Le parc de 14 appareils Cormorant est réparti sur les côtes est et ouest, laissant la région la plus vaste, Trenton, dépendre d’un appareil inférieur, l’hélicoptère CH-146 Griffon, pour ses activités de sauvetage.

Le problème, c’est que le Griffon est un hélicoptère civil converti qui n’a jamais été conçu pour la recherche et le sauvetage. Il est considérablement plus lent que le Cormorant, sa capacité de transport est inférieure et sa portée aéronautique équivaut à moins de la moitié de celle du Cormorant.

Pis encore, les appareils Cormorant ont maintenant près de 20 ans, ce qui signifie qu’ils approchent de leur révision générale de demi-vie, laquelle est obligatoire. Lorsque ces travaux débuteront, le parc sera encore plus démuni, et les appareils Griffon seront probablement forcés d’assumer un rôle encore plus grand dans les activités de recherche et sauvetage.

Il suffit de réfléchir à ce problème quelques minutes pour y trouver une solution rentable.

Le Canada possède neuf hélicoptères VH‑71 (lesquels ressemblent beaucoup aux Cormorant), qu’il a déjà payés et qui sont là à ne rien faire. Ces hélicoptères faisaient partie d’un parc de véhicules acquis à l’origine par les Marines américains pour transporter le président. Lorsque les Américains ont annulé le programme en 2012, l’Aviation royale canadienne a sauté dessus, ainsi que sur 800 000 pièces de rechange, pour des bouts de ficelle.

Le ministre de la Défense aurait déjà dû intervenir et obtenir les fonds nécessaires pour mettre en service ces appareils VH-71. En dépit de cette omission, il n’est pas trop tard. Les hélicoptères présidentiels n’auraient besoin que de nouvelles suites avioniques et de portes latérales pour être adaptés aux activités de recherche et sauvetage.

En adoptant cette solution, nous pourrions procéder à la révision générale des appareils Cormorant sans que cela réduise les capacités de recherche et de sauvetage. Puis, une fois la révision générale terminée, les nouveaux VH‑71 remplaceraient les appareils Griffon de sorte que les capacités soient plus uniformes et que le plus vaste territoire de recherche et sauvetage au pays soit mieux desservi.

Il est maintenant temps pour le ministre de la Défense, M. Sajjan, de se retrousser les manches et de fournir à nos pilotes et à nos techniciens en recherche et sauvetage les outils dont ils ont besoin pour faire leur travail et pour rentrer chez eux sains et saufs.