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Accorder à la GRC les ressources nécessaires

Accorder à la GRC les ressources nécessaires

Accorder à la GRC les ressources nécessaires


Publié le 3 avril 2017
Publication @fr par l’hon. Colin Kenny (retraité)

L’année dernière, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a autorisé un ensemble de primes annuelles pour les hauts dirigeants de la GRC qui totalisait plus de 1,7 million de dollars. Les primes ont été versées à 96 officiers supérieurs, et six sous-commissaires ont reçu au total 295 514 $ – soit une augmentation de neuf pour cent par rapport à leurs primes de 2015.

Les six sous-commissaires occupent des postes difficiles et, ensemble, ils gèrent environ 30 000 membres réguliers et civils. Je ne doute pas que ces primes étaient méritées, mais il faut se rappeler que les simples agents de la GRC n’ont pas touché d’augmentation depuis plus de trois ans.

Selon une enquête menée en 2017, la GRC arrive au 72e rang sur 82 services de police canadiens pour ce qui est de la rémunération. Un agent de première classe du Service de police de Toronto touche 94 949 $ par année, tandis que son homologue à la GRC ne reçoit que 82 108 $.

Il s’agit d’un écart de près de 16 %.

Cet écart salarial entraîne des répercussions directes sur le recrutement et le maintien en poste des membres de la GRC. J’ai récemment posé la question au sous‑commissaire Dan Dubeau dans le cadre d’une audience du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et la défense, et il a reconnu que «  d’autres forces de police font des démarches auprès de nos membres et leur offrent des primes d’embauche » et « les agents citent actuellement le salaire comme problème ».

J’ai également posé des questions au commissaire Paulson au sujet de la paie. Il a dit au Comité que lorsqu’il a abordé la question avec le gouvernement, celui-ci lui a répondu qu’il fallait attendre.

Une période d’« attente » de trois ans constitue un long délai après l’expiration d’un contrat.

Les disparités au chapitre de la paie ont de lourdes répercussions sur le moral et le recrutement. Or, la rémunération n’est pas le seul problème à la GRC. Les longues périodes d’attente pour obtenir de l’aide constituent un très grave problème de santé et de sécurité. À Toronto, si les agents sont en difficulté, les secours se trouvent habituellement à seulement quelques coins de rue et peuvent leur prêter assistance assez rapidement.

En revanche, les policiers de la GRC travaillent souvent dans des détachements isolés ou de petite taille. Ils doivent souvent attendre des heures, sinon des jours, pour obtenir de l’aide. Et la GRC n’a pas de politiques prévoyants deux agents par voiture.

Les taux de postes vacants constituent un autre problème.

Particulièrement dans les petits détachements de moins de 10 personnes – qui se comptent par dizaines au sein de la GRC partout au pays – les pénuries de personnel constituent un problème majeur.

Un grand nombre de détachements ont un taux d’absence de 30 % en raison des postes vacants, d’employés malades ou blessés, de la formation ou de congés annuels. Ce taux est souvent plus élevé dans les plus petits détachements.

Quelle que soit la raison, ces absences signifient plus de travail pour le reste de l’équipe et elles sont souvent citées comme une cause importante de stress pour les agents.

La Charte a également occasionné une hausse du temps consacré à la préparation des cas. Une étude de trente ans réalisée par l’Université de Fraser Valley montrait une croissance exponentielle de la documentation que les agents doivent produire.

De nouvelles lois et de nouvelles décisions judiciaires alourdissent le travail de la force, mais le gouvernement n’a pas jugé bon de lui fournir les ressources correspondantes nécessaires. Le budget pour l’exercice en cours est d’un peu moins de 2,78 milliards de dollars, ce qui est bien en deçà des 3,12 milliards de dollars d’il y a quatre ans.

La GRC ne deviendra pas un employeur de choix tant et aussi longtemps que le gouvernement ne réglera pas les problèmes fondamentaux liés à la paie et à la charge de travail. Cette situation est ironique, puisque même les estimations les plus prudentes prévoient que la force connaîtra une hausse de 1 500 membres au cours des quatre prochaines années.

La GRC est le seul corps policier du Canada à ne pas être syndiqué. En janvier 2015, la Cour suprême du Canada a déterminé que les agents de la GRC avaient le droit de négocier collectivement. Le gouvernement a répondu en présentant le projet de loi C‑7 qui permettrait de mettre en place un régime de relations de travail au sein de la GRC. Cependant, le texte était mal rédigé et était déphasé par rapport aux services de police du pays.

Le Comité sénatorial de la sécurité nationale et la défense a apporté d’importantes améliorations au texte. Le Sénat a approuvé à l’unanimité les amendements et renvoyé le projet de loi à la Chambre des communes.

C’était il y a neuf mois.

Depuis, le gouvernement n’a rien fait dans ce dossier.

Il est grand temps que le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale assume la responsabilité directe de cette situation ridicule et accablante.