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Les universités régionales et leur importance pour le Canada

Les universités régionales et leur importance pour le Canada

L’honorable Jane Cordy : 

Honorables sénateurs, c’est avec plaisir que je prends la parole aujourd’hui au sujet de l’interpellation de notre ancienne collègue, la sénatrice Tardif, attirant l’attention du Sénat sur les universités régionales et leur importance pour le Canada.

Honorables sénateurs, le Canada compte un plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Partout au Canada, des collèges et des universités offrent un éventail de programmes qui vont des diplômes généraux en arts et lettres aux diplômes plus spécialisés dans les métiers et les technologies. D’un océan à l’autre, nous assurons l’éducation des chefs de file de demain parmi les plus brillants, travaillants et motivés. Nos écoles attirent aussi des étudiants du monde entier.

En décembre 2016, la sénatrice Tardif a demandé au Sénat de reconnaître les universités régionales et leur importance pour le Canada, expliquant que « ces petites et moyennes universités jouent aussi un rôle très important en ouvrant à la population qu’elles desservent l’accès des études universitaires ».

Par la suite, la sénatrice Gagné a livré un discours enflammé sur le même sujet, disant à quel point les établissements postsecondaires de langue française sont importants pour scolariser une main-d’œuvre bilingue et assurer la réussite des étudiants.

À ce moment-ci, j’aimerais ajouter à leurs observations et attirer votre attention sur le rôle que les petites universités régionales et celles de taille moyenne jouent partout au Canada.

Lorsqu’on parle d’études supérieures, on mentionne habituellement les grandes universités en négligeant la contribution des plus petits établissements. On peut attribuer cela au nombre d’étudiants qu’elles peuvent accueillir, à l’ampleur des subventions qu’elles reçoivent et à leur capacité de se faire de la publicité. En outre, à cause de leur grand nombre de diplômés, certaines universités sont maintenant reconnues dans le monde entier.

Selon le classement des campus, une petite université est un établissement qui compte moins de 10 000 étudiants. Une université de taille moyenne accueille entre 10 000 et 20 000 étudiants. De nombreuses universités de petite et moyenne taille sont très reconnues parce qu’elles offrent une meilleure expérience à leurs étudiants, ont un plus petit nombre d’étudiants par classe et décernent des bourses d’études.

Dans le Canada atlantique, la majorité des établissements d’enseignement supérieur sont considérés comme étant de petits établissements. Cela n’a pas empêché les étudiants de se rendre dans cette région pour s’instruire, au contraire. Selon une étude parue récemment dans la revue Maclean’s, cinq des dix meilleures universités de premier cycle au Canada étaient situées sur la côte Est. De plus, quatre des sept établissements les mieux classés se trouvent dans le Canada atlantique. La région est désormais considérée comme un leader en matière d’enseignement postsecondaire.

Ma province, la Nouvelle-Écosse, compte 10 universités publiques et le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse. Trois des cinq plus anciens collèges au Canada — l’Université de King’s College, l’Université St. Mary’s et l’Université Dalhousie — se trouvent à Halifax.

Les universités sont la troisième source de revenus en importance après la fabrication de pneus et la préparation et l’emballage du poisson et des fruits de mer. Dans les villes universitaires de la Nouvelle-Écosse, environ 35 p. 100 de la main-d’œuvre travaille au sein des établissements d’enseignement.

Depuis 2010, le nombre d’étudiants qui viennent d’autres provinces pour étudier en Nouvelle-Écosse a augmenté de 10 p. 100. Au cours de cette même période, soit depuis 2010, on a constaté une augmentation de 50 p. 100 du nombre d’étudiants étrangers qui fréquentent les universités et les collèges de la Nouvelle-Écosse.

Le nombre d’étudiants internationaux et de l’extérieur de la province continue d’augmenter, et la tendance devrait se maintenir au cours des prochaines années. En fait, il faudra continuer d’attirer des étudiants d’autres provinces et de l’extérieur du pays, étant donné la diminution du nombre d’inscriptions dans les établissements de la Nouvelle-Écosse. Cela s’explique par le fait que la tranche de la population des 18-29 ans est en baisse dans la province.

Si les petites universités de l’Atlantique attirent autant les étudiants des autres provinces, c’est, bien sûr, en grande partie en raison de la légendaire hospitalité des gens de l’Est, mais aussi parce que les classes y sont moins nombreuses et les campus, plus petits, ce qui veut dire que les étudiants s’y sentent moins perdus, surtout la première année.

Les étudiants étrangers, qui ont dépensé environ 291 millions de dollars rien que l’année dernière, selon ce qui a été estimé, ont d’importantes répercussions financières pour la région. À ces retombées pécuniaires s’ajoute la perspective unique dont ils font jouir les établissements d’enseignement, ce qui peut seulement se répercuter positivement sur la province.

Le plus petit établissement de la Nouvelle-Écosse, le Nova Scotia College of Art and Design, ne compte même pas 1 000 étudiants, mais cela ne l’a pas empêché de se tailler une réputation plus qu’enviable dans le monde des arts. Fondé en 1887, il a été le premier établissement du Canada à décerner un diplôme en arts.

Le Nova Scotia College of Art and Design est reconnu pour le talent de ses diplômés, la diversité de son corps étudiant et l’extraordinaire qualité de ses œuvres d’art. Ses installations actuelles étant maintenant désuètes, il a annoncé dernièrement qu’il emménagerait dans de nouveaux locaux afin qu’il puisse envisager l’avenir avec optimisme et que les étudiants aient l’espace dont ils ont besoin.

Un de nos ex-collègues, le sénateur Wilfred Moore, a reçu un doctorat honorifique du Nova Scotia College of Art and Design en 2014 pour son soutien au monde des arts. Il a notamment contribué à la mise sur pied du programme de résidence dans les studios communautaires du collège à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse.

Mon alma mater, l’Université Mount Saint Vincent, qui était à l’origine réservée aux femmes, a vu le jour il y a plus de 140 ans. Elle accepte aujourd’hui des étudiants des deux sexes et elle compte un nombre sans cesse grandissant d’étudiants étrangers. Ces jours-ci, environ 2 500 étudiants y sont inscrits. Comme de nombreuses autres universités de petite taille, Mount Saint Vincent est reconnue pour le dévouement de son personnel enseignant et la qualité de ses programmes spécialisés, comme les relations publiques, la nutrition humaine appliquée, les études sur les enfants et les jeunes et la gestion hôtelière.

Comme l’Université Mount Saint Vincent, la plupart des petits établissements proposent des programmes spécialisés qui ne sont offerts nulle part ailleurs dans la région, et c’est ce qui leur permet d’attirer des étudiants de partout en Nouvelle-Écosse et de l’extérieur de la province. Le programme d’études mi’kmaq de l’Université du Cap-Breton en est un excellent exemple. Ce programme spécialisé a pour objectif :

[…] conçue pour que les étudiants autochtones et non autochtones se familiarisent avec l’histoire, la langue, la culture, les traditions et le développement socio-économique des Mi’kmaq.

En raison de sa taille et de son emplacement, le collège Unama’ki de l’Université du Cap-Breton est en train de devenir un chef de file dans ce domaine. Beaucoup d’étudiants inscrits dans ce programme réalisent que, en apprenant à connaître la culture mi’kmaq, ils sont en mesure de tisser des liens avec une communauté importante au Cap-Breton.

De plus, l’Université du Cap-Breton a réussi à favoriser des relations avec les communautés mi’kmaq dans l’ensemble de la province. Elle a aussi les taux d’inscription et de réussite les plus élevés au Canada atlantique en ce qui concerne les étudiants autochtones, ce qui est un signe positif tant pour la communauté que pour l’université.

Malgré les améliorations, il y a encore beaucoup de travail à faire pour offrir une éducation accessible à tous les Canadiens. Actuellement, les petites universités ont 42 p. 100 moins de chances d’obtenir un financement fédéral que les établissements équivalents de plus grande taille. En tant que gouvernement, nous pouvons et devons faire plus pour nous assurer que les petits campus ont un accès adéquat à du financement.

Comme il a déjà été mentionné, les universités au Canada atlantique représentent cinq des dix meilleurs établissements d’enseignement universitaire de premier cycle à l’échelle du pays. Malheureusement, ces établissements ne se classent pas dans les 10 premiers pour ce qui est du taux d’obtention de diplôme. En fait, plusieurs font partie de la tranche de 50 p. 100 dont le taux de diplomation est le plus faible. Selon la revue Maclean’s, il existe un certain nombre de raisons qui expliquent cette situation, notamment les barrières financières et linguistiques, l’état de préparation des étudiants et l’accessibilité.

Pour le directeur de la Munk School of Global Affairs, Steven Toope, les grands et les petits établissements doivent composer avec cinq principaux défis : les écarts entre les attentes des enseignants et celles des étudiants; le désir d’une recherche de qualité supérieure; les attitudes qui évoluent; une plus grande présence d’étudiants autochtones dans les établissements; et, enfin, le besoin d’une meilleure sensibilisation interculturelle. Les deux sources expliquent que les établissements d’enseignement doivent mieux représenter les réalités du monde moderne.

Aucun de ces problèmes ne peut se régler du jour au lendemain. Il faut plutôt aider les universités et les collèges à donner aux étudiants les outils dont ils ont besoin pour réussir. Les petites universités auront peut-être besoin de plus de financement pour moderniser leurs infrastructures et mieux soutenir la concurrence avec les grandes universités. Si nous accordions plus d’importance aux petites universités et aux établissements de taille moyenne, nous pourrions constater une augmentation du taux de réussite des étudiants canadiens.

Honorables sénateurs, les petites universités régionales continuent de rencontrer des difficultés. Les tendances au chapitre des inscriptions et du soutien financier de l’État sont à la baisse, mais les établissements continuent de trouver des façons d’aller de l’avant. On ne saurait trop insister sur l’importance des universités régionales, car elles jouent un rôle inestimable dans les petites localités partout au pays. Elles emploient beaucoup de gens. Étant donné qu’elles ne sont pas situées dans les grands centres urbains du Canada, comme les grandes universités le sont habituellement, elles permettent à certains jeunes qui n’en auraient peut-être pas la possibilité autrement de faire des études universitaires. Elles attirent aussi des jeunes prometteurs du monde entier dans les petites régions du Canada, qui tendent à avoir du mal à attirer de nouveaux immigrants.

Honorables sénateurs, en tant qu’ancienne enseignante au primaire et ancien membre du conseil d’administration de l’Université Mount Saint Vincent, je connais les difficultés auxquelles se heurtent les universités régionales et je comprends la valeur d’une bonne éducation. J’ai constaté personnellement les retombées positives de ces universités sur la formation des jeunes et la réalisation de leur potentiel. Je connais aussi les retombées de ces institutions pour les collectivités. Je vous remercie.