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Les répercussions des changements climatiques sur les droits de la personne—Interpellation

Les répercussions des changements climatiques sur les droits de la personne—Interpellation

Les répercussions des changements climatiques sur les droits de la personne—Interpellation

Les répercussions des changements climatiques sur les droits de la personne—Interpellation


Publié le 9 mars 2016
Hansard et déclarations par l’hon. Mobina Jaffer

L’honorable Mobina S. B. Jaffer :

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui au sujet d’une enquête sur les répercussions des changements climatiques sur les droits de la personne.

Habituellement, les discussions sur les changements climatiques tournent autour de l’économie, de l’environnement et des données scientifiques. Ce sont là tous des dialogues nécessaires, mais, de plus en plus, les renseignements sur ces craintes exigent que nous demandions quelles en seront les incidences sur nous en tant qu’humains.

Des études ont déjà été réalisées à ce sujet, notamment par le Pentagone, qui a désigné les changements climatiques comme étant un enjeu de sécurité, et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui a établi de multiples liens entre les changements climatiques et la façon dont leurs effets menacent de violer les droits de la personne, en particulier les droits de ceux qui vivent déjà dans la pauvreté.

D’après les Nations Unies, les changements climatiques vont enfreindre de six façons principales les droits de la personne. Les droits en péril sont le droit à l’eau, le droit à l’alimentation, le droit à un logement adéquat, le droit à la santé, le droit à la vie et le droit à l’autodétermination. J’aimerais discuter de cela un peu plus en détail, afin que nous comprenions bien ce qui est réellement en péril.

Le premier est le droit à l’eau. L’eau est un élément essentiel à la vie, mais une personne sur dix n’a pas accès à de l’eau potable, et une personne sur trois n’a pas accès à une toilette. Plus de gens ont accès à un téléphone cellulaire qu’à une toilette.

Selon le Forum économique mondial en janvier 2015, la crise de l’eau constitue le premier facteur de risque mondial en fonction des répercussions sur la société. Les inondations, les sécheresses, les changements de température et les fluctuations extrêmes créent déjà des difficultés pour un très grand nombre de personnes dans le monde. Cela donnera lieu à une plus grande pénurie d’eau, à des contaminations et à la propagation de maladies.

Dans le monde d’aujourd’hui, près d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards de personnes ne vivent pas dans des conditions sanitaires satisfaisantes. Les changements climatiques ne feront que rendre les conditions météorologiques plus instables et menacer le droit à l’eau potable d’un plus grand nombre de personnes.

Le deuxième, le droit à l’alimentation, nécessite une attention de tous les instants et des mesures de protection constantes, notamment pour ce qui est de la production des aliments, de l’accès aux aliments, de l’utilisation des aliments et de la nutrition. Les changements climatiques auront une incidence sur tous ces aspects de la sécurité alimentaire et poseront pour eux une menace encore plus grande.

D’après la Banque mondiale, 702 millions de personnes vivent dans une pauvreté extrême. On peut lire dans L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde que 793 millions de personnes sont sous- alimentées. Ce sont les chiffres relevés après deux décennies de travail inlassable de la part de travailleurs humanitaires, qui ont aidé à mettre 200 millions de personnes à l’abri de la faim. Ces chiffres montrent que des progrès ont été réalisés, mais, au cours des deux prochaines décennies, les effets des changements climatiques pourraient défaire le travail accompli pour combattre la menace à l’égard du droit à l’alimentation et pourraient aggraver considérablement la situation pour des millions de personnes dans le monde.

Cette crise entraînera surtout des répercussions dans les régions rurales de l’Afrique, mais elle aura aussi des effets considérables au Canada. Les changements dans la topographie modifieront la façon dont les collectivités nordiques ont accès aux aliments. Les routes changeront en raison des fluctuations météorologiques et il faudra trouver de nouveaux moyens de transport.

La situation aura des effets concrets sur les Canadiens et sur la communauté internationale. Nous luttons déjà péniblement contre la rareté alimentaire. Les changements climatiques rendent les obstacles plus difficiles à surmonter.

Troisièmement, il n’est pas courant d’associer les changements climatiques à l’incidence qu’ils auront sur notre santé ou notre droit à la santé. Certains organismes tentent déjà de sensibiliser la population à ce sujet. L’Association Médecins pour la survie mondiale a affirmé ce qui suit, et je cite :

Même si peu de gens sont au fait de l’incidence des changements climatiques sur leur santé, les effets sont graves et répandus. Les catastrophes naturelles d’origine climatique, les maladies causées par la chaleur, les maladies causées par les animaux nuisibles, les maladies d’origine hydrique, la pollution de l’air et de l’eau et les dommages causés aux cultures et aux sources d’eau potable peuvent entraîner de graves maladies, des blessures et même la mort.

Les enfants, les pauvres, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées sont particulièrement vulnérables.

À quoi cela pourrait-il ressembler? Pour le comprendre, on n’a qu’à regarder ce qui se passe déjà. Le UN Chronicle a étudié l’impact des changements climatiques sur la santé et a fait valoir que dès 2000, l’Organisation mondiale de la Santé attribuait 2,4 p. 100 des cas de diarrhée et 6 p. 100 des cas de malaria aux changements climatiques. Les premiers impacts quantifiables à grande échelle sur la santé humaine seront probablement des changements dans la distribution géographique et la saisonnalité de certaines maladies infectieuses, y compris les infections transmises par des vecteurs, comme la malaria et la dengue, et les infections d’origine alimentaire, comme la salmonelle, qui atteindront un point culminant au cours des mois les plus chauds.

On a aussi commencé à comptabiliser dans les pertes attribuables aux changements climatiques les victimes de phénomènes météorologiques extrêmes, comme les 27 000 décès associés aux températures anormalement élevées en Europe, à l’été 2003. Toutefois, les conséquences futures pour la santé publique sont encore plus inquiétantes.

Quatrièmement, il y a le droit à un logement convenable. Les phénomènes climatiques extrêmes qui se produisent dans le monde ont déjà entraîné le déplacement de milliers de personnes, et leur nombre augmentera rapidement. La menace de déplacements massifs est telle que les Nations Unies ont déjà commencé à parler de réfugiés climatiques.

Ceux qui pensent qu’il y aura crise uniquement en Afrique subsaharienne se trompent complètement. Les changements climatiques auront aussi des effets sur la disponibilité de logements adéquats au Canada. Comme le montre la crise des réfugiés actuelle, ces phénomènes ont des effets dans le monde entier. La communauté mondiale sera forcée de réagir et, comme pour toutes les catastrophes que nous avons vues, la meilleure approche consiste à commencer par limiter les dommages potentiels.

Cinquièmement, il y a le droit à la vie. Il est dit à l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme que tout individu a droit à la vie…

Son Honneur le Président : Pardon, sénatrice Jaffer. Je regrette de devoir vous interrompre. Le ministre vient d’arriver. Bien entendu, vous disposerez du temps de parole qu’il vous reste pour terminer vos observations à la prochaine séance.

 

[Veuillez appuyer ici pour lire le reste du discours de la sénatrice Jaffer]